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Reconceptualiser la justice : poser les fondations d’un monde égalitaire entre les genres

Reconceptualiser la justice : poser les fondations d’un monde égalitaire entre les genres

Une déclaration de la Communauté internationale bahá’íe à la 70e session de la Commission de la condition de la femme

New York—27 February 2026

Aucune lumière ne peut être comparée à la lumière de la justice. C’est d’elle que dépendent
l’établissement de l’ordre dans le monde et la tranquillité des nations.

~ Écrits saints bahá’ís

Chaque individu aspire à vivre dans une société juste, où la dignité inhérente à tous·tes est pleinement reconnue et respectée. Au cœur des nombreux troubles qui agitent le monde d’aujourd’hui se trouvent les questions de justice et les conditions d’injustice auxquelles sont confrontées des multitudes de populations. Un nombre croissant de personnes, issues de divers horizons, expriment leur frustration face aux privilèges accordés à certains au détriment des autres, au manque de cohérence et d’impartialité dans l’application des règles, ou encore à l’idée que « le système est truqué » et n’est pas digne de confiance.  Il n’a jamais été aussi clair que la recherche de justice et l’engagement envers ses principes sont essentiels à la stabilité, à la cohésion et au progrès de notre société.

Les femmes ont longtemps subi de nombreuses formes d’injustice en raison de préjugés fondés sur le genre, allant de la discrimination au travail à la violence domestique, de l’exploitation économique à l’exclusion des postes de direction, pour n’en nommer que quelques exemples. Ainsi cette année, l’objectif de la Commission de la condition de la femme qui vise à garantir et renforcer l’accès de toutes les femmes et de toutes les filles à la justice demeure une priorité urgente. Les progrès visant cet objectif incluent des avancées spécifiques, souvent techniques, dans divers domaines, tels que ceux mentionnés dans le thème prioritaire de la Commission ou encore dans la recommandation générale de la CEDAW à ce sujet.1 De nombreux pays ont, par exemple, adopté ou renforcé des lois criminalisant la violence domestique et offrant protection aux survivantes. Un élan s’est constitué en faveur de l’abrogation des politiques discriminatoires dans des domaines tels que l’emploi, l’entrepreneuriat, l’héritage et la propriété foncière. Le nombre de femmes exerçant des fonctions judiciaires continue de croître de façon régulière, tant dans les tribunaux internationaux que nationaux.

Malheureusement, les progrès réalisés n’ont pas été uniformes, tant dans leur portée que dans leur mise en œuvre, et sont de plus en plus menacés partout dans le monde. De nombreuses avancées ont, par ailleurs, principalement été d’ordre législatif, et doivent désormais se traduire par des améliorations tangibles dans la vie quotidienne des femmes et des filles. La justice, après tout, ne se limite pas au système judiciaire ni à la législation qui, aussi bien conçue soit-elle, n’est bénéfique qu’à la mesure des actions entreprises pour l’implanter dans la société. L’expérience démontre que, si les individus n’adhèrent pas personnellement aux principes de justice et d’égalité des genres, les lois destinées à les faire respecter sont continuellement menacées d’être subverties ou ignorées. Un changement est nécessaire tant au niveau des cœurs et des esprits individuels qu’au sein de la culture collective de toute population. La tâche fondamentale qui incombe à la Commission est donc à la fois vaste et profonde : construire des sociétés justes et équitables pour tous·tes, sans distinction de genre ni de toute autre caractéristique. 

Avancer vers une telle vision implique non seulement les institutions judiciaires officielles, mais aussi les communautés locales et les individus, qui s’efforcent de promouvoir des relations justes dans leur environnement immédiat. Le mouvement dans cette direction englobe à la fois les théories conventionnelles de la justice et des conceptions plus larges qui favorisent la guérison et la restauration des liens sociaux — par exemple, la justice comprise comme un moyen de déterminer la vérité d’une situation donnée grâce à une évaluation équitable, ou comme la liberté d’une communauté de concevoir et de suivre son propre parcours de développement. Ultimement, ce qui sera nécessaire, c’est une profonde reconceptualisation de ce qu’est la justice et de la manière dont fonctionne une société juste. Car il est une chose de reconnaître en principe une valeur telle que la justice ; il en est tout autrement de l’adopter pleinement dans sa conduite personnelle, et plus encore de refaçonner les normes sociales et les institutions afin d’en assurer l’expression collective.

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Apprendre comment bâtir des sociétés justes dans chaque région et localité constitue une préoccupation centrale pour la communauté bahá’íe mondiale. À cette fin, une initiative d’inspiration bahá’íe au Brésil a réuni des centaines de participant·es issu·es du monde académique, de l’administration municipale, de communautés religieuses et de la société civile — dont plusieurs se concentrent sur les enjeux d’égalité des genres et des droits humains — afin d’explorer comment les conceptions de la justice pourraient être approfondies et élargies pour mieux promouvoir les objectifs d’égalité, d’unité et de paix.

Cette initiative, structurée sous la forme d’une série continue de discussions sur le thème « Construire une perspective pour une société plus juste »2, reconnait qu’une véritable transformation sociale exige une exploration approfondie des valeurs sous-jacentes qui favorisent ou entravent l’expression de la justice. Des qualités telles que la coopération, le souci mutuel et l’unité dans la diversité sont régulièrement soulignées par les participant·es comme étant des outils indispensables pour répondre aux injustices structurelles telles que les inégalités, le racisme et le sexisme.

Ces forums examinent également comment certaines tendances sociétales répandues — telles que la consommation excessive, l’auto-gratification et la compétition — perpétuer les divisions et freiner le véritable progrès collectif. En analysant de manière critique ces tendances et les valeurs qui les sous-tendent, les participant·es ont souvent développé de nouvelles perspectives sur des idées communes qui façonnent les relations sociales ; par exemple, la manière dont la dignité humaine dépasse les droits individuels pour englober la responsabilité collective et l’interconnexion. « La véritable dignité ne peut être atteinte dans l’isolement » précise un passage des documents de discussion, « mais par une participation significative à la vie de la communauté, où chaque individu contribue au bien-être collectif et en bénéficie. »

Une préoccupation centrale de cette initiative a été de veiller à ce que l’exploration conceptuelle soit étroitement liée à l’action concrète et à l’émergence de nouveaux modes de comportement — en particulier quant à la manière dont la justice elle-même est promue.  Cet effort a commencé par l’observation que, bien que de nombreuses initiatives au Brésil s’efforcent de faire progresser la justice sociale, les structures conventionnelles d’engagement social placent souvent les organisations en compétition les unes avec les autres pour l’accès à l’espace, à la visibilité et aux ressources. En réponse, les organisateur·ices ont structuré les forums afin d’aider les participant·es à s’éloigner des schémas de pensée et de comportement qui tendent à les diviser, et à se concentrer plutôt sur l’objectif plus profond qui inspire l’ensemble de leur travail : la construction de sociétés justes.

Le résultat a été à la fois une plus grande clarté et concentration autour des objectifs des participant·es, et des liens plus étroits de soutien et d’entraide entre eux·elles. « Ce qui change concrètement dans mon travail, c’est une plus grande compréhension du besoin de créer des espaces de dialogue et de coopération », a observé un participant. «Cela permet non seulement de poursuivre des objectifs communs, mais aussi de parler le même langage, d’adopter des stratégies concertées et de se soutenir mutuellement pour atteindre des avancées concrètes en matière de droits. »

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Les avancées que l’initiative « Fairer Society » (Une société plus juste) a été en mesure de réaliser, tant en termes de processus plus efficaces que de résultats plus probants, offrent un modèle qui pourrait être adapté de manière créative sur la scène internationale. La Commission de la condition de la femme pourrait, par exemple, créer des espaces similaires consacrés à une exploration approfondie et soutenue des fondements de la justice, de leurs impacts sur les femmes et les filles, ainsi que des contributions essentielles que celles-ci y apportent. Elle pourrait réunir un large éventail d’acteurs sociaux diversifiés de manière à minimiser la compétition, à réduire l’influence de l’allégeance institutionnelle, à promouvoir un engagement commun envers des principes moraux, à bâtir une unité de vision et à favoriser l’action collaborative. En adoptant de telles mesures, elle pourrait inspirer d’autres initiatives qui reconnaissent l’urgence d’une réforme créative du système multilatéral, telles que l’initiative UN803 et le processus de revitalisation de la Commission elle-même.

Il est malheureux de constater qu’aujourd’hui, à l’échelle mondiale, certains courants sociaux s’éloignent des valeurs fondamentales de justice, d’équité, d’honnêteté et d’intégrité dans la poursuite d’intérêts personnels ou dans la lutte pour le pouvoir. Les arguments s’opposant à ces principes fondamentaux, y compris à l’égalité des genres elle-même, refont surface et se font de plus en plus agressifs à différents niveaux du discours public. Les bouleversements et la confusion, la colère et l’indifférence, les séparations et les désaccords observés de tous côtés démontrent clairement que les vertus élevées ne peuvent être mises de côté indéfiniment. Elles constituent en effet le fondement indispensable de sociétés stables. Un ordre social fondé sur la justice — dans ses politiques et ses lois, dans sa culture et dans ses pratiques — est, ultimement, bénéfique à l’ensemble de ses membres : aux hommes comme aux femmes, aux garçons comme aux filles. Réimaginer et renforcer les fondements sociétaux de la justice est donc un besoin urgent pour tous·tes. Que toutes celles et ceux qui soutiennent l’égalité des genres, au sein de la Commission comme ailleurs, se dressent pour faire avancer ce travail vital. 

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  1. Comité pour l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes, Recommandation générale n° 33 sur l'accès des femmes à la justice, https://docstore.ohchr.org/SelfServices/FilesHandler.ashx?enc=ohZW61I8aE...
  2. Pour plus d'informations, consultez « Une initiative nationale harmonise les différentes perspectives sur la justice sociale », https://news.bahai.org/fr/story/1790/brazil-national-initiative-harmoniz...
  3. En mars 2025, le Secrétaire général des Nations Unies a lancé l'initiative UN80 visant à transformer le fonctionnement de l'Organisation des Nations Unies, en identifiant les gains d'efficacité, en examinant la manière dont les mandats sont mis en œuvre et en étudiant les changements structurels et les réajustements de programmes potentiels au sein du système des Nations Unies.
 

À l'avant-garde : Le rôle de la jeunesse dans une société mondiale en constante évolution

À l'avant-garde : Le rôle de la jeunesse dans une société mondiale en constante évolution

Déclaration de la Communauté internationale bahá'íe

 
New York—10 July 2024

Au sein de la jeunesse du monde réside une réserve de capacité à transformer la société qui attend d’être exploitée

~ La Maison universelle de justice, organe directeur mondial de la foi bahá'íe

Les jeunes du monde entier ont ce potentiel de transformer la société de manière constructive. L’expérience démontre amplement que le désir d'apporter des changements positifs et la capacité de rendre des services significatifs au bien commun sont caractéristiques de la jeunesse, indépendamment du milieu ou de la situation personnelle.

Là où ce potentiel est reconnu et où les conditions sont créées pour le libérer, de nouveaux modèles d'interaction commencent à émerger entre les générations. Cela permet aux jeunes de prendre la place qui leur revient en poursuivant l’œuvre positive de ceux qui les ont précédés. De même, ils assument le service vital de guider les plus jeunes d'entre eux à consacrer leurs précieuses énergies au progrès et à la transformation de la société.

Parler de « jeunesse » évoque une série de conceptions parfois divergentes, par exemple : un groupe d'intérêt à mobiliser, un domaine thématique à aborder, une catégorie démographique à quantifier, voire à transformer en marchandise. La « jeunesse » renvoie surtout à une période de la vie qui se distingue par des qualités et des capacités particulières, d'une part, et par des possibilités uniques de façonner l'avenir, d'autre part.

Dans cette perspective, il ne s'agit pas d'affirmer l'importance des jeunes par rapport à d'autres groupes d’âge. Il s'agit plutôt d'exploiter au maximum les potentialités de cette étape de la vie, pour le bien de tous. « Il ne s'agit pas nécessairement de créer un mouvement de jeunesse », a déclaré un jeune du Brésil. « Le but est que les jeunes soient au cœur du mouvement général. »

La reconnaissance des contributions vitales apportées par les jeunes progresse aux Nations unies et, plus largement, au sein du système multilatéral d'organisations et de processus internationaux. Cela se traduit à la fois par de petits changements et par des avancées structurelles plus importantes, telles que le lancement du bureau de l'envoyé pour la jeunesse du secrétaire général des Nations unies en 2013 ou la création de l'Office de la jeunesse des Nations unies en 2022.

Parallèlement à ces progrès, il faudra repenser plus sérieusement les attitudes et les hypothèses liées à la période de la jeunesse si l'on veut qu'une plus grande partie des jeunes du monde contribuent pleinement à l'élaboration de réponses aux défis les plus pressants de l'humanité. Les jeunes et les moins jeunes sont donc confrontés à un besoin crucial et à une opportunité sans précédent : entreprendre une exploration à grande échelle du rôle que doivent jouer les jeunes dans le progrès et la transformation de la société.

Cohérence entre le niveau mondial et le niveau local : S'appuyer sur la jeunesse à tous les niveaux

Ce que font ou ne font pas la majorité des jeunes d'une société détermine la façon dont ses éléments sont organisés, la façon dont ses communautés fonctionnent, les progrès qu'elle est capable de réaliser ou non. De manière très concrète, les possibilités futures offertes à toute population dépendent de la manière dont les jeunes perçoivent le rôle de leur génération dans la société et de l'objectif qui guide leurs actions individuelles et collectives.

~ un jeune de Jordanie, qui soutient les efforts de développement de la jeunesse dans tout le Moyen-Orient.

Alors qu'elle est souvent louée comme une promesse d'avenir, la jeunesse est aussi souvent présentée comme une menace potentielle (méfaits, protestations, violence) ou comme un problème à résoudre. Des contradictions fondamentales émergent ainsi autour de la manière dont on conçoit cette jeunesse et le rôle qu'elle doit jouer dans la société. Ces contradictions sont préjudiciables aux jeunes eux-mêmes, mais aussi aux communautés et aux institutions qui les façonnent et sont façonnées par eux.

Les Nations Unies pourraient bénéficier bien davantage des qualités vitales que possèdent les jeunes : leur altruisme et leur sens aigu de la justice, leur vitalité et leur vigueur, leur souplesse d'esprit et leur créativité, leur désir de contribuer à la construction d'un monde meilleur. Ces facultés sont largement reconnues. Pourtant, le système multilatéral a tendance à limiter l'engagement des jeunes pour certaines questions plutôt que pour des défis sociétaux plus larges, à structurer les possibilités de participation de manière plus symbolique que substantielle et à placer les jeunes dans des situations exigeantes sans la formation ou le soutien nécessaires.

Pour surmonter ces schémas, il faudra des changements fondamentaux dans la manière dont les jeunes sont compris, considérés, traités, éduqués et soutenus, à la fois au sein des institutions intergouvernementales, mais aussi au sein des sociétés et des communautés locales. Un changement significatif au niveau international dépend de processus parallèles de transformation au niveau local.

Dans le monde, plus d'un milliard de jeunes dans leur majorité apporteront leur première et immédiate contribution au bien commun en améliorant les conditions dans leur environnement local. C'est dans leur quartier, dans leur village, que la plupart d'entre eux acquerront l'expérience, les capacités et les attitudes sur lesquelles se fonderont leurs efforts ultérieurs pour façonner la société au niveau national ou international.

Il est essentiel que les dirigeants et les décideurs politiques des Nations Unies développent une vision de plus en plus détaillée du rôle que les jeunes peuvent jouer dans l'avancement de processus solides de transformation sociale. Il leur incombe en effet de favoriser, par le biais de politiques nationales et internationales, l'environnement qui permettra à ces transformations de voir le jour.

Renforcer les capacités à grande échelle : Engagement des jeunes et voie vers un développement organique

La façon dont une communauté considère les jeunes est le reflet de la communauté elle-même. Si la communauté n'a aucune vision d'elle-même et de son futur, les jeunes seront considérés comme une menace, une source de criminalité, etc. En revanche, si la communauté a un sens de l'avenir, un sens de la direction et du progrès, les jeunes sont considérés comme des ressources. Ils sont perçus comme l'énergie qui va faire avancer la communauté vers son but.

~ un jeune de Zambie, qui soutient les efforts d'action sociale axés sur la jeunesse dans toute l'Afrique australe

Pour relever les nombreux défis auxquels l'humanité est confrontée : établir des relations durables avec le monde naturel, par exemple, ou éliminer les extrêmes de richesse et de pauvreté, la communauté internationale a besoin de jeunes dirigeants compétents, non pas par dizaines, mais par centaines de milliers.

Pour les former systématiquement, année après année, il faut changer radicalement de paradigme et passer d'un modèle axé principalement sur l'individu à un modèle axé sur les groupes et les communautés entières. Comment une population dans son ensemble – et pas seulement un petit nombre d'individus exceptionnellement motivés ou très proches – peut-elle devenir actrice efficace du développement de sa société ? Et quel est le rôle spécifique que les jeunes, ainsi que d'autres tranches d’âge, peuvent jouer ?

Ce sont des questions que la communauté bahá'íe mondiale a explorées par le biais d'une série d'initiatives communautaires, dont certaines ont progressivement pris de l'ampleur et de l'impact. Dans 180 pays, un programme de responsabilisation morale des jeunes adolescents, par exemple, s'adresse à quelque 300 000 jeunes dans 35 000 groupes de quartier et de village. Un réseau de 330 instituts de formation nationaux et régionaux, qui se consacrent au développement des capacités essentielles au progrès de la civilisation, a permis aux jeunes et aux adultes de soutenir ensemble plusieurs centaines de milliers d'activités de construction communautaire. Ces activités impliquent la participation de quelque deux millions de leurs voisins, amis, membres de la famille et collègues de travail.

Ces chiffres sont indéniablement modestes par rapport à la population mondiale des villes et des nations. Néanmoins, les endroits qui ont acquis la capacité de soutenir des milliers d'activités de construction communautaire dans une zone géographique relativement petite offrent une vue des possibilités qui émergent lorsque des segments croissants d'une population se mobilisent dans une action coordonnée pour faire avancer le bien commun. La voix des jeunes et des jeunes adultes impliqués dans ces efforts sont entendues tout au long de ce document.

Les initiatives qui prennent de l'ampleur et dont l'impact augmente, en particulier celles qui s'avèrent durables dans le temps, commencent toujours par des initiatives plus petites caractérisées par certaines qualités. Il s'agit notamment de la capacité des individus à développer de nouvelles capacités et à apprendre, à expliquer l'importance de leurs efforts et à inciter d'autres personnes à les soutenir activement, à s'adapter à des niveaux de complexité croissants et à les coordonner. Souvent soutenus au départ par un noyau de quelques personnes dévouées, ces efforts commencent à une échelle modeste et se développent au fur et à mesure que les capacités de la population locale s'accroissent.

Ce type de service n'est pas nécessairement prestigieux. Les échecs ne sont pas rares et, en travaillant de ménage à ménage et de famille à famille, même les succès sont souvent limités en nombre, du moins dans les premiers temps. Pourtant, lorsqu'ils sont soutenus dans le temps, ces efforts peuvent exercer une influence significative sur l'ensemble de la population. En effet, ils peuvent inspirer un grand nombre de gens à passer à l'action, influençant ainsi des modèles plus larges de culture et de comportement. Comme l'a fait remarquer un jeune qui travaille avec des réseaux de jeunes à travers le sous-continent indien :

Les jeunes qui se réunissent et entreprennent de petits projets constructifs pour le développement de la communauté ont rapproché les gens, des gens d'origines très diverses. Ainsi, ces petits groupes de jeunes deviennent le ciment de la communauté. Ils deviennent le catalyseur qui incite les adultes à agir à leur tour.

« Comme une lumière pour les jeunes » : Des convictions qui soutiennent l'engagement

On peut parfois se sentir seul lorsqu'on travaille pour le changement. Les jeunes ont puisé beaucoup de force dans le fait d'être reliés à un noyau d'autres jeunes qui partagent les mêmes convictions et déploient des efforts similaires. Le fait d'avoir des pairs avec qui parler de leurs difficultés et explorer des questions communes leur a permis de savoir qu'ils n'étaient pas seuls et de tisser des liens qui les soutiennent dans les moments difficiles. Les rassemblements organisés dans notre quartier ont donné lieu à beaucoup de larmes, mais aussi à de très nombreuses joies.

~ un jeune Australien qui travaille avec des jeunes dans le système scolaire et dans le cadre d'initiatives communautaires.

La formation a été à la base des initiatives décrites ci-dessus. Cette formation peut inclure des éléments de compétences de base, des capacités techniques ou des ensembles particuliers de connaissances. Pourtant, d'innombrables jeunes se préoccupent leur société et, outre les défis économiques et les difficultés matérielles, ils constatent que les normes de décence élémentaire s'effritent et que les capacités de dialogue de bonne foi s'amenuisent. Ils voient des dirigeants et des institutions de toutes sortes discrédités par la corruption et l'inadéquation. Ils voient les notions de bien et de mal, de vérité et de mensonge, de plus en plus rejetées comme non pertinentes au profit de la poursuite de l'intérêt personnel et de la lutte pour le pouvoir. Et ils sont convaincus qu'aucun progrès matériel ou technologique ne pourra compenser l'absence de confiance et d'honnêteté, de générosité et de camaraderie, d'engagement envers la vérité et de sens des responsabilités.

Ces qualités sont pourtant les éléments constitutifs d'un ordre social stable. C'est pourquoi la capacité des jeunes à améliorer leur communauté a été considérablement renforcée par des programmes qui les aident à appliquer dans l'action des principes moraux et éthiques constructifs pour favoriser à la fois leur développement personnel et la transformation de la société. La participation à ce type de formation a aidé les jeunes à se protéger contre les forces qui manipuleraient leur sens de l'identité en fonction des intérêts d'autrui : par exemple, celles qui les définiraient principalement comme des consommateurs à rassasier, des électeurs à persuader ou des téléspectateurs à divertir.

Ces programmes ont également aidé les jeunes à acquérir et à approfondir des convictions sur le type d'individus qu'ils peuvent devenir et le type de sociétés qu'ils peuvent appeler à l'existence – des convictions qu'un monde pacifique et juste est possible, par exemple, qu'un changement profond pour l'amélioration de la société peut être réalisé consciemment, que la capacité de noblesse est inhérente à l'esprit humain. L'application pratique de ces idéaux est explorée par l'étude de matériel pédagogique, la discussion de concepts clés et d’actes de service concrets. La compréhension est affinée par des processus continus de consultation, où les personnes impliquées peuvent avoir des points de vue différents sans animosité et être en désaccord tout en collaborant pour trouver des points de consensus.

Reconnaître l'importance du renforcement des capacités ne signifie pas que les jeunes manquent de moyens ou qu'ils dépendent fondamentalement de leurs aînés. Au contraire, les jeunes eux-mêmes ont, dans de nombreux cas, fourni la plus grande partie du soutien décrit ci-dessus. Des milliers de jeunes ont joué le rôle d'enseignants bénévoles, de tuteurs, d'animateurs, de mentors et de formateurs auprès d'enfants plus jeunes qu'eux, de jeunes de leur âge et d'adultes parfois plus âgés qu'eux de plusieurs dizaines d'années. La relation qui émerge entre les jeunes et ces formations est donc réciproque. Les jeunes peuvent bénéficier de l’opportunité de développer leurs talents et capacités innés, tout comme les systèmes de formation en viennent souvent à dépendre fortement des capacités, de l'énergie et de la vision des jeunes.

Les objectifs ci-dessus peuvent sembler trop philosophiques, mais l'expérience a montré tout le contraire. Lorsqu'on les aide à explorer les questions d'objectifs moraux dans la durée et en profondeur, les jeunes font preuve d'une bien plus grande capacité à surmonter les échecs avec résilience, à ne pas céder au cynisme et à l'amertume face à l'adversité, à garder l'espoir et à maintenir un esprit de joie même dans les moments difficiles. Ces qualités permettent aux jeunes de soutenir les efforts de changement social, non seulement pendant un an ou deux, mais tout au long de leur vie. « Certains concepts deviennent comme une lumière pour les jeunes », a déclaré un jeune qui travaille avec des jeunes dans toute la République démocratique du Congo : L'idée que vous êtes ici dans un but particulier, que ce but est de vous développer et de contribuer au développement de votre communauté – ces principes deviennent une lumière qui éclaire tous les aspects de la vie d'un jeune. Ils les aident à naviguer dans la vie et à comprendre les défis et les conditions sociales difficiles.

Organiser les affaires de l'humanité : La jeunesse et le système multilatéral

Quelle est notre compréhension de l'importance de la période de la jeunesse dans la vie de la société ? Quels rôles et responsabilités uniques cette jeunesse a-t-elle dans la construction de communautés dynamiques et socialement solidaires ? Quels genres d'espaces communautaires et institutionnels aident les jeunes à assumer leur part dans la transformation de la société ?

~ un jeune Allemand, qui réfléchit à son travail avec les jeunes et leurs familles dans toute l'Europe

Au niveau international, il y a peu de domaines où les contributions de jeunes compétents sont plus nécessaires que dans l’organisation plus efficace et plus cohérente des affaires de l'humanité Moins attachés au statu quo qu'ils n'ont guère contribué à établir, les jeunes ont généralement plus d'imagination pour conceptualiser des alternatives aux réalités actuelles et travailler à leur réalisation. Mais comment les Nations unies et les agences qui leur sont associées peuvent-elles tirer le meilleur parti de ces atouts ?

On répond souvent à cette question en écoutant plus ces jeunes et en leur permettant ainsi d’être plus entendus. De nombreux espaces de décision bénéficieraient sans aucun doute d'un plus grand nombre de jeunes. Cependant, les besoins du moment ne seront pas satisfaits simplement en introduisant des voix jeunes dans les « anciens » systèmes. Il faut plutôt des modèles d'organisation, de communication et de gouvernance entièrement nouveaux.

Les jeunes ont une énorme capacité à développer de tels modèles, à la fois entre eux et par le biais d'interactions avec d'autres générations. Nous ne pouvons pas toujours pointer du doigt ce qui ne fonctionne pas bien, ni nous contenter de donner des recommandations aux autres, déclare un jeune homme impliqué dans divers réseaux et coalitions de jeunes aux Nations unies. Chacun d'entre nous est responsable, dans sa propre sphère d'influence, d'apporter une contribution inclusive, responsable et unificatrice.

De nombreux jeunes sur la scène internationale sont bien conscients de la nécessité d'affiner continuellement leur propre fonctionnement et de leur capacité à le faire. Par exemple, lors d'une récente série de rassemblements de jeunes au sein du système des Nations unies, les jeunes acteurs sociaux ont eux-mêmes identifié le besoin d'écouter et d'apprendre les uns des autres et des leçons générées par les générations passées, tout en promouvant leurs propres plans et projets. Ils ont souligné l'importance d'éviter les excès d'une culture de la célébrité, dont la préoccupation pour la visibilité, le suivi, le profil et le buzz, qui tendent à élever une poignée de personnes tout en privant tacitement beaucoup d'autres de leur pouvoir. Ils ont également insisté sur le fait que les espaces axés sur les jeunes doivent constamment inclure de nouveaux représentants et de nouvelles voix, et ne pas se réduire à un petit cercle d'habitués.

Sans nier l'impact significatif que les jeunes peuvent avoir à travers leurs réseaux, leurs associations et leurs initiatives, il faut également reconnaître que les organisations et espaces internationaux engagent souvent les jeunes principalement comme spectateurs que comme protagonistes. Une réforme significative de ces espaces nécessitera donc le partenariat de ceux qui, souvent à un stade plus avancé de leur carrière, occupent des positions de pouvoir et d'influence.

De nombreuses réformes axées sur la jeunesse ont été proposées par divers acteurs, qu'il s'agisse de la création d'une commission permanente sur la jeunesse, de l'amélioration de l'intégration des jeunes délégués dans les processus des Nations unies ou de la formulation par les États membres de politiques nationales en faveur de la jeunesse et d'organes consultatifs. Ces propositions ne doivent pas être considérées comme des fins en soi, mais plutôt comme des moyens d'atteindre des objectifs plus généraux – par exemple, veiller à ce que les processus d'élaboration des politiques s'appuient sur une riche variété de points de vue intergénérationnels.

Pour donner un autre exemple, les connaissances et les idées doivent être partagées entre ceux qui ont plus d'expérience dans un domaine donné et ceux qui en ont moins. Comment y parvenir, davantage et plus efficacement, au sein des Nations unies ? Ce type de soutien a tendance à suivre les schémas traditionnels des jeunes s'appuyant sur des collègues plus âgés et plus expérimentés. Pourtant, la compréhension et l'âge ne sont pas nécessairement liés. Ce système d’instruction doit donc être prêt à accueillir des cas où ce sont les jeunes qui représentent le réservoir d'expérience pratique et les collègues plus âgés qui ont besoin d'aide. Dans de tels cas, ces collègues devraient être prêts à écouter, à apprendre et à évoluer à la lumière de nouvelles réalités, comme les jeunes eux-mêmes sont souvent amenés à le faire.

Passage à la maturité : La jeunesse et le chemin à suivre

Les jeunes d'aujourd'hui héritent d'un monde en proie à des changements et à des bouleversements sans précédent. Par exemple, l'humanité n'a jamais eu autant de pouvoir pour façonner le monde physique à l'échelle planétaire, mais le changement climatique, la perte de biodiversité et la pollution environnementale constituent des menaces existentielles. Les technologies numériques évoluent à un rythme difficilement imaginable, même ces dernières années, ouvrant de vastes possibilités, mais ajoutant encore plus d'incertitude à un monde déjà déstabilisé par des inégalités flagrantes, une polarisation croissante et une fragmentation sociale.

L'ordre mondial qui a vu le jour lors de la fondation des Nations unies a permis de grandes avancées, malgré ses limites et ses inégalités évidentes. Toutefois, cet ordre vacille aujourd'hui et doit être à la fois renouvelé et amélioré. Les turbulences et l'agitation de la vie contemporaine sont révélatrices de systèmes et de structures, hérités du passé, qui se sont avérés mal préparés à répondre aux exigences de l'avenir. L'humanité est ainsi mise au défi de laisser derrière elle des modes et des habitudes qui ont cessé de répondre à ses besoins et de s'équiper pour une époque dont les défis et les possibilités exigent de plus en plus la sagesse et la responsabilité de la maturité.

Dans ce processus parallèle de passage à l'âge adulte, les jeunes ont un rôle crucial à jouer pour aider l'humanité à franchir ce passage tumultueux vers la maturité. La jeunesse ne devrait pas être plus idéalisée que n'importe quel autre groupe, et elle est loin d'être monolithique. Pourtant, les jeunes ont prouvé à maintes reprises qu'ils étaient prêts à assumer une part importante de responsabilité dans le bien-être de ceux qui les entourent et dans le progrès de leurs sociétés. De nombreuses forces, destructrices et distrayantes, peuvent constituer des obstacles. Mais elles ne peuvent tout au plus qu'obscurcir le potentiel phénoménal de la jeunesse, jamais le détruire.

Les changements nécessaires pour que l'humanité passe à son prochain stade de développement sont d'une ampleur et d'une portée civilisationnelles. Répondre à leurs exigences exigera de vastes efforts de la part de tous les peuples, de toutes les populations, les jeunes n'étant pas les moindres. Libérer les pleines capacités de chaque génération de jeunes est donc une préoccupation urgente pour tous. Comment la période de la jeunesse, pleine de possibilités, peut-elle jouer pleinement son rôle dans la grande entreprise que constitue l'avènement d'une société mondiale en perpétuel progrès ? Les perspectives proposées ci-dessus, tirées de l'expérience des communautés locales du monde entier, commencent à éclairer des questions de ce type. Continuons à apprendre ensemble.

Les jeunes […], encore une fois, sont appelés à l’avant-garde d’un mouvement dont le but n’est rien de moins que la transformation du monde.

La Maison universelle de justice, ~ organe directeur mondial de la foi bahá'íe

Déclaration de la société civile et des organisations de jeunesse africaines et européennes sur les questions clés du partenariat UA-UE

Déclaration de la société civile et des organisations de jeunesse africaines et européennes sur les questions clés du partenariat UA-UE

Addis Ababa and Brussels—8 April 2024

Un partenariat florissant entre l'Afrique et l'Europe ne peut être fondé que sur le principe fondamental de l'unité de l'humanité. Cela implique que la prospérité et le bien-être d'un continent sont inextricablement liés au bien-être de l'autre. Si beaucoup approuvent cette proposition en principe, le remodelage des structures et des relations entre les deux continents en fonction de la réalité de l'interdépendance mondiale nécessitera des efforts soutenus et sincères. La relation Afrique-Europe est souvent décrite comme un partenariat, mais les relations existantes ne reflètent pas encore cet idéal. Bon nombre des systèmes économiques et politiques actuels ont été créés à une époque où la primauté d'une partie du monde était considérée comme une donnée fondamentale. En outre, les objectifs géopolitiques européens et les intérêts économiques des grandes entreprises multinationales continuent de peser lourdement sur les relations. 

Pour surmonter les effets complexes de cette réalité, il faudra que les voix des personnes les plus touchées par les décisions soient placées au cœur de la relation. Il faudra également résister à la tendance d'une région du monde à se considérer comme un modèle à suivre. Les cadres politiques qui associent largement la prospérité et le succès à l'expérience de l'urbanisation et de l'industrialisation dans le Nord mondial, par exemple, devront être réévalués. Un partenariat significatif exige donc la reconnaissance du fait que les deux continents sont sur un chemin d'apprentissage commun, aucun n'ayant perfectionné un paradigme de prospérité qui soit durable et qui favorise la justice mondiale. Ces principes auront des implications dans tous les domaines de la politique, exigeant que l'on s'intéresse aux causes profondes des problèmes, et pas seulement à leurs symptômes superficiels. À cet égard, nous soulignons ci-dessous plusieurs domaines spécifiques qui requièrent une attention particulière et dans lesquels les contributions de la société civile peuvent apporter de la valeur et renforcer les relations entre l'Union africaine et l'Union européenne. 

Gouvernance, paix et multilatéralisme

La nécessité de se concentrer sur les causes profondes est particulièrement pertinente dans le domaine de la gouvernance et de la sécurité. Le respect de la vie et de la dignité humaine est une valeur fondamentale, profondément ancrée dans les sociétés civiles africaines et européennes et chez les jeunes. Nous notons avec une profonde inquiétude la prévalence croissante des conflits violents dans différentes parties du monde. Les dispositifs de gouvernance, des structures constitutionnelles aux politiques pratiques, doivent chercher à protéger les droits de l'homme et à respecter l'État de droit, tant au niveau national qu'international. Les instruments existants de lutte contre les conflits, tels que l'architecture africaine de paix et de sécurité, doivent être mieux utilisés à l'appui de ces objectifs. En outre, il est impératif que les jeunes, les femmes et les personnes handicapées soient systématiquement inclus dans les efforts de prévention des conflits, de médiation, de consolidation de la paix et de diplomatie, comme le soulignent les résolutions 2250, 1325 et 2475 des Nations unies et le plan d'action de l'UE en faveur de la jeunesse. 

L'absence de protection sociales et de services publics adéquats, ainsi que le manque de possibilités d'éducation et d'emploi, contribuent à la méfiance à l'égard des gouvernements et créent un terrain fertile pour la propagation des idéologies extrémistes et du terrorisme. Outre la fourniture de ces services et de ces opportunités, l'UE, l'UA et les États membres devraient donner la priorité aux efforts proactifs visant à promouvoir la cohésion sociale et à prévenir les conflits dans le cadre de partenariats inclusifs, participatifs et fondés sur la confiance avec la société civile et les communautés elles-mêmes. 

Une gouvernance multilatérale efficace et des efforts visant à promouvoir la paix et le bien-être nécessiteront des espaces permettant à une variété d'acteurs africains et européens de s'engager conjointement à différents niveaux, des espaces dans lesquels une conversation ouverte et riche sur les expériences, les besoins, les défis et les opportunités respectifs peut se dérouler. Le mécanisme d'engagement de la société civile UA-UE (CSEM) proposé est l'un de ces espaces qui peut remplir une fonction de rassemblement, en facilitant l'interaction et l'engagement entre les acteurs des deux continents. Il est particulièrement important que les acteurs de terrain aient la possibilité de s'engager avec les institutions à différents niveaux, afin de garantir que les politiques et les stratégies élaborées au niveau intercontinental favorisent les priorités communes, que les initiatives phares soient en phase avec les réalités locales et les éventuelles solutions existantes, et que personne ne soit laissé de côté. 

Systèmes alimentaires et transformation rurale

La réalisation du droit à l'alimentation pour tous nécessite des systèmes alimentaires justes, durables et résilients, définis par les populations, ancrés dans la souveraineté alimentaire et façonnés par les frontières planétaires. Les fondements de ces systèmes existent déjà, dans les modalités d'approvisionnement alimentaire familiales, territorialement ancrées, à petite échelle et diversifiées qui nourrissent la majorité de la population mondiale, en particulier en Afrique. Cependant, leur potentiel est freiné par la domination d'un modèle d'approvisionnement alimentaire corporatif et industriel mondialisé, qui bénéficie d'une attention et d'un soutien politiques disproportionnés. 

Pour repenser les systèmes alimentaires de manière à promouvoir une prospérité partagée et un équilibre écologique, il faudra soutenir la prise de décision politique démocratique ancrée dans un cadre de droits de l'homme en mettant en œuvre le mécanisme d'engagement de la société civile proposé, en renforçant le rôle du Comité des Nations unies sur la sécurité alimentaire mondiale (CSA) et en respectant les cadres internationaux fondés sur les droits, tels que la déclaration des Nations unies sur les droits des paysans. 

Nous appelons à : réorienter les financements vers la transition agroécologique et réduire la dépendance de l'Afrique à l'égard des importations de denrées alimentaires en donnant la priorité aux investissements et aux financements de l'UE en faveur de la production alimentaire agroécologique paysanne et en élaborant des modalités permettant de canaliser les financements directement vers les petits producteurs par l'intermédiaire de leurs organisations ; défendre les semences paysannes et l'accès des populations à la terre et leur contrôle sur celle-ci ; protéger les marchés alimentaires territoriaux contre les importations qui entraînent une sous- cotation des prix des produits locaux ; interdire la production et l'exportation de pesticides très dangereux et promouvoir la production d'engrais biologiques ; appliquer une perspective de genre à toutes les activités et à tous les investissements dans le domaine de l'alimentation et de l'agriculture ; et veiller à ce que les politiques et les pratiques de l'UE ne compromettent pas la sécurité alimentaire et nutritionnelle des pays partenaires, en particulier les politiques dans les domaines de la dette, du climat, du commerce, de l'agriculture et de la pêche, ainsi que le devoir de diligence des entreprises. 

Climat et énergie

Les crises du climat, de l'environnement et de la biodiversité sont mondiales, mais leurs répercussions sont locales. La lutte contre le changement climatique et la dégradation de l'environnement exige que la promotion du bien commun mondial soit considérée comme un objectif primordial, qui n'est pas moins important que la préservation des intérêts nationaux ou régionaux. L'UE et l'UA doivent respecter et dépasser les engagements internationaux afin de prévenir les pires conséquences du changement climatique. Les dirigeants et les décideurs politiques d'Afrique et d'Europe sont confrontés à une question cruciale lorsqu'ils examinent les mérites de toute action proposée en matière de climat et d'énergie, qu'elle soit nationale ou internationale : une décision fera-t-elle progresser le bien de la population des deux continents, voire du monde entier ? 

La recherche de solutions intégrées permettant de réduire la dépendance aux combustibles fossiles, de promouvoir l'adaptation au climat, de protéger la biodiversité et d'assurer une transition juste pour tous nécessitera des processus décisionnels inclusifs qui impliquent les communautés concernées et soulignent le lien entre la durabilité environnementale et l'équité sociale. Un engagement plus étroit avec la base, notamment par l'intermédiaire du CSEM, permettra une compréhension approfondie de l'impact des politiques adoptées sur un continent sur un autre. Cet engagement est nécessaire pour donner aux communautés locales, en particulier aux peuples autochtones, aux organisations de la société civile, aux femmes et aux populations rurales, les moyens de prendre en main la gouvernance de la biodiversité, les initiatives en matière de climat et leur mise en œuvre. 

Migration et mobilité

La question des migrations internationales ne peut être abordée indépendamment des relations plus larges entre les deux continents. Tout cadre prétendant aborder la question des migrations ne peut se dispenser d'examiner les disparités économiques qui ne cessent de se creuser à l'échelle mondiale, la production, la distribution et l'utilisation des richesses, l'organisation des matières premières mondiales ou la coordination des marchés. Après tout, il est impossible de minimiser les facteurs de migration tout en négligeant de reconsidérer les processus économiques qui laissent à certains pays peu de chances de prospérer. Les décideurs européens en particulier doivent réfléchir à l'effet involontaire de leurs politiques, qu'elles soient étrangères, commerciales, d'investissement ou environnementales, sur les conditions socio- économiques qui déterminent les flux d'individus à travers les frontières. 

En outre, il est impératif de recadrer le discours sur les migrants, en passant d'un discours qui les présente comme un fardeau, voire une menace, à un discours qui met l'accent sur les multiples contributions qu'ils apportent à la vie des sociétés dans lesquelles ils migrent. Ce principe exige que les Unions africaine et européenne collaborent plus étroitement pour renforcer la coopération en matière de migration et de mobilité en tant que processus légitime à fort potentiel de développement, avec des politiques européennes plus sensibles aux demandes africaines, y compris l'ouverture de nouvelles voies pour la migration régulière. L'une des conséquences pratiques de cette démarche est la nécessité de revoir les régimes de visas qui pèsent de manière disproportionnée sur les citoyens africains. L'octroi de visas universitaires, par exemple, devrait être revu afin de renforcer les programmes d'échange pour les étudiants, les professeurs et les chercheurs. L'intégration accrue de la jeunesse africaine et européenne au sein de divers réseaux, associations et plateformes de jeunesse contribuera également à faciliter les échanges culturels, à renforcer la collaboration et à cultiver le sens de la citoyenneté mondiale et de la responsabilité chez les jeunes. 

La protection et le traitement équitable des personnes dans le besoin, telles que les réfugiés et les personnes déplacées, doivent rester une priorité commune. À cet égard, les systèmes de supervision du travail des agences chargées de l'asile et des frontières doivent être renforcés afin de remédier au traitement injuste et parfois cruel des personnes qui tentent de franchir les frontières. La criminalisation de ceux qui agissent par solidarité avec les migrants doit être évitée. 

Le développement humain par la santé et l'éducation

Lors du sommet UA-UE de 2022, la santé est apparue comme une préoccupation politique majeure, notamment dans le contexte de la réponse à la pandémie de COVID-19. La santé reste un élément fondamental du développement durable, il est donc essentiel de maintenir cette priorité dans la mise en œuvre des engagements du partenariat. Des efforts ont été déployés pour stimuler la production locale de produits de santé en Afrique, mais les progrès vers la couverture sanitaire universelle (CSU) ont été lents et les investissements dans les infrastructures et le personnel qualifié dans le secteur de la santé restent désespérément nécessaires. Il est primordial de préserver la souveraineté de l'Afrique en matière de santé et de promouvoir une approche de la santé fondée sur les droits, y compris la santé et les droits sexuels et génésiques (SRHR) et l'égalité des sexes. 

L'accès à une éducation de qualité et inclusive à tous les niveaux, de la petite enfance à l'enseignement primaire, secondaire et supérieur, y compris l'enseignement et la formation techniques et professionnels, est tout aussi essentiel. Des mesures urgentes doivent être prises pour garantir l'accès universel à l'éducation, quel que soit le contexte socio-économique ou autre (par exemple, handicap, réfugiés ou migrants, minorités ethniques, femmes et filles). Il est également essentiel de décoloniser les systèmes éducatifs afin qu’ils reflètent le contexte, les réalités et les défis propres aux pays africains. L'accent doit être mis sur la fourniture d'une éducation abordable, accessible et de haute qualité qui dote la jeunesse africaine des aptitudes et des compétences nécessaires pour prospérer dans un monde en évolution rapide et le façonner. Compte tenu des pénuries actuelles et prévues, en particulier sur le continent africain, il est de la plus haute importance d'investir dans les infrastructures, la formation et le développement professionnel des éducateurs, leurs salaires et leurs conditions de travail. 

Des investissements nationaux et internationaux importants sont nécessaires pour renforcer les systèmes de santé, d'éducation publique et de protection sociale, notamment en élargissant la marge de manœuvre budgétaire des pays africains par le biais d'un allègement de la dette. 

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Les défis auxquels est confronté le partenariat UA-UE ne feront probablement qu'augmenter en gamme et en complexité. L'adoption des ajustements de la pensée et de l'action décrits ci-dessus permettra de franchir des étapes importantes vers la relation sincère et mutuellement bénéfique que les deux partenaires ont appelée de leurs vœux. 

 

Signatories / Signataires 

– ACT Alliance EU

– ActionAids

– Justice and Dignity for the Women of Sahel 

– Africa Europe Faith Justice Network AEFJN 

– African Women's Development and Communications Network (FEMNET) 

– African Youth Commission

– AfroLeadership 

– All Africa Conference of Churches

– Alliance for Food Sovereignty in Africa (AFSA) 

– Bahá´í International Community

– Biodiversity and Biosafety Association of Kenya (BIBA-K)

– Caritas Africa 

– Caritas Europa 

– Centre for Social Impact Studies (CeSIS) 

– CIDSE 

– CONCORD Europe 

– Deutsche Stiftung Weltbevölkerung (DSW) 

– Food and Agricultural Youths Institute of IAAS 

– Independent Continental Youth Advisory Council on AfCFTA (ICOYACA) 

– Network of the Independent Commission for Human Rights in North Africa (CIDH Africa) 

– Observatoire Kisal Bénin 

– One Hour for Europe ITALIA/Youth Intra Dialogue on Europe and Africa (OHFE/Y-IDEA) 

– PELUM Zambia 

– PMU Sweden 

– Red Cross EU 

– Single Mothers Association of Kenya (SMAK) 

– Symposium of Episcopal Conference of Africa and Madagascar (SECAM)

– Syndicat UMT Maroc 

– Tanzania Association of Non-Governmental Organizations TANGO 

– Vienna Institute for International Cooperation and Dialogue (VIDC)

– WaterAid 

– Wetlands International 

– West African Network of Peasants and Agricultural Producers (ROPPA)

– YEWGlobal Foundation 

– Youth Alliance for Leadership and Development in Africa (YALDA)

– Youth Senate Kenya

Innover avec des valeurs : l’engagement des femmes pour repenser les technologies numériques

Innover avec des valeurs : l’engagement des femmes pour repenser les technologies numériques

Une déclaration de la Communauté internationale bahá'íe pour la 67e session de la Commission sur la condition de la femme

New York—22 February 2023

L'évolution rapide des réalités mondiales a conduit à une meilleure reconnaissance de l'interconnexion de l'humanité et, par conséquent, à une plus grande dépendance à l'égard des technologies numériques. Pour de nombreuses femmes, notamment celles qui n'ont pas accès à ces technologies ou qui n'ont pas la capacité de déterminer l'impact qu'elles auront sur leurs communautés, cela a entraîné une augmentation des exclusions et des marginalisations. Pourtant, même si les questions liées à l'accès au numérique et autres problèmes similaires étaient résolus, un défi plus profond demeure. De nombreuses technologies, qui devraient servir d'outils pour étendre les capacités humaines et contribuer à la construction d'une civilisation prospère et solidaire reflétant les valeurs les plus élevées de l'humanité, renforcent au contraire des notions déformées sur la nature et l'identité humaines, sur le progrès et sa finalité. Souvent guidées dans leur conception par quelques privilégiés, de nombreuses technologies sont sous-tendues par des valeurs matérialistes et sont largement transposées sans tenir compte des implications sociales, éthiques et spirituelles. Chaque individu est affecté lorsque la technologie est façonnée par des visions néfastes du monde, mais pour les femmes et les filles, qui constituent une base importante d'utilisateurs et représentent dans de nombreux cas les principaux consommateurs cibles, cela représente un profond défi. Les outils numériques étant de plus en plus utilisés dans divers domaines de l'activité humaine, il devient essentiel d'examiner honnêtement les valeurs et les intentions qui sous-tendent ce processus d'innovation. Il faut placer, au cœur de cette recherche, les points de vue et les contributions que les femmes peuvent apporter pour que les outils du monde moderne, éclairés par les valeurs partagées par toute l'humanité, aident les multitudes à réaliser leur potentiel.

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La technologie peut être un instrument puissant pour développer les capacités humaines et relier les communautés entre elles. Cependant, comme tout outil, la technologie et les espaces qu'elle crée peuvent être déployés d'innombrables façons, apportant des avantages ou renforçant les inégalités existantes. D'un point de vue constructif, les réseaux et les groupes en ligne ont permis de sensibiliser le public aux nombreux défis auxquels sont confrontées les femmes et les filles, tout en élargissant les possibilités de leur participation d'une manière inimaginable auparavant. Mais lorsqu'elles sont guidées par une vision du monde étroite ou par une focalisation court-termiste sur les profits, les technologies ont également été utilisées pour exclure, harceler, exploiter, voire réprimer.

Les technologies numériques ne sont pas neutres en termes de valeur. À l’instar du paradigme traditionnel du développement, l'innovation technologique est profondément influencée par des fondements matérialistes. Les notions de base du progrès assimilent souvent la consommation de biens à des niveaux plus élevés de bien-être. Diverses formes de préjugés et d'inégalités sociales, ainsi que des points de vue sur la nature humaine et le progrès motivés par des considérations étroites de profit, sont souvent intégrés dans la conception ou l'application des technologies numériques et par conséquent promus auprès des utilisateurs, par exemple avec des algorithmes conçus pour maximiser l'utilisation de l'écran, et ce malgré des problèmes de dépendance scientifiquement prouvés. Il est donc essentiel d'examiner honnêtement les présupposés et les normes qui sous-tendent la création et l'utilisation de ces technologies. Comment exprimer de plus en plus, dans les technologies numériques, des conceptions plus complètes de la nature humaine, incluant des qualités et des attitudes telles que la fiabilité, le respect de la vérité et le sens des responsabilités comme éléments constitutifs d'un ordre mondial stable ? Comment impliquer les communautés dans le processus d'identification collective de leurs priorités et de concertation sur l’impact des technologies dans leur contexte local ?

Chaque personne, chaque communauté, est touchée de manière spécifique par les valeurs problématiques qui sous-tendent ces outils, mais l'intégration massive de ces valeurs dans les technologies a eu des effets délétères sur de nombreuses femmes et filles, en particulier dans la manière dont elles sont traitées comme des objets ou incitées à consommer une gamme toujours plus large de biens matériels au nom d'une prétendue amélioration de soi. C'est précisément en raison de ces expériences, tout autant que de l'orientation patriarcale de la culture qui existe dans les espaces décisionnels entourant l'innovation, que la participation des femmes est essentielle pour mieux comprendre comment ces technologies peuvent être conçues et employées de manière appropriée et consciente.

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Le développement de la participation des femmes devra en fin de compte se fonder sur la reconnaissance du fait que la multiplicité des points de vue est une condition préalable à la construction d'un avenir attentif à l'ensemble de l'expérience humaine. Étant donné les problèmes évidents de représentation dans un secteur traditionnellement dominé par les hommes, il faut donner la priorité à l'engagement accru des femmes dans les décisions liées à la conception, à l'utilisation et à la distribution responsables de ces technologies, ainsi que dans la création de contenu numérique. De plus, la représentation équitable, loin d'être une fin en soi, est aussi une condition qui permet aux modèles dominants de concurrence et d'inégalité de céder la place à la collaboration, à la recherche collective et au souci du bien commun. Comme dans de nombreux domaines, les plus grands efforts de changement seront exigés de ceux qui ont largement bénéficié de la culture dominante.

Au-delà du changement de culture dans les lieux et les processus liés à l'innovation technologique, l'engagement des femmes - en fait l'élargissement du point de vue humain dans les processus de recherche - peut contribuer à créer de nouveaux paradigmes pour guider le développement technologique. Bien que la capacité d'explorer les considérations éthiques associées aux technologies numériques puisse être démontrée par n'importe qui, indépendamment du sexe, les expériences de nombreuses femmes, du fait de l'imposition de visions patriarcales du monde, les placent en bonne position pour offrir des vues spécifiques sur le développement de modèles plus complets, inspirés par des qualités telles que la modération, la justice, la diversité et le souci des générations futures. Ce faisant, les femmes peuvent contribuer à ce que ces qualités soient plus systématiquement prises en compte dans le développement technologique.

À mesure qu'un plus large éventail de qualités vient enrichir la culture du secteur technologique, le potentiel de ce domaine peut être étendu. Loin d'être une barrière étouffant l'innovation et la croissance, des formes plus holistiques d'engagement et de recherche, caractérisées par un respect du principe d'égalité des sexes, pourraient débloquer des formes d'innovation reflétant davantage les valeurs collectives de l'humanité.

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Au niveau national, des politiques devront être mises en place pour garantir l'intégration d'une multiplicité de points de vue dans les espaces et les processus liés à l'innovation technologique. La technologie étend le champ d'action de l'homme ; il faut donc veiller à ce qu'elle prolonge, et non qu'elle perturbe, le cadre moral dans lequel s'épanouit la vie humaine. Cela impliquera naturellement des mécanismes visant à soutenir l'engagement réel et total des femmes. Les gouvernements devront également jouer un rôle plus volontariste pour répondre aux menaces actuelles, en veillant par exemple à ce que les femmes, les enfants et les communautés vulnérables soient, sur la toile, protégés contre les violations en ligne des droits de l'homme.

Au niveau international, il sera également indispensable de garantir la diversité des points de vue afin de promouvoir la création, l'utilisation et la distribution responsables des nouvelles technologies, étant donné leur portée et leur fonctionnement intrinsèquement mondiaux. Il sera important à cet égard de réunir les Nations unies, les gouvernements, le secteur privé et la société civile, y compris les femmes, pour analyser clairement les incidences et les valeurs qui sous-tendent le développement des technologies numériques et pour définir des politiques internationales guidées par les principes d'égalité, de justice, d'universalité, de dignité, de confiance et de recherche de la vérité. L'évolution vers le Pacte numérique mondial suggéré par le Secrétaire général des Nations unies, qui garantit que l'innovation technologique s’aligne sur les valeurs mondiales communes, est une proposition qui mérite d'être approfondie. En complément du produit intérieur brut, la conception d’indicateurs de progrès dans l'élaboration de définitions plus complètes du progrès, aidera aussi à vérifier les hypothèses qui sous-tendent la conception technologique. À ce sujet, les Nations Unies ont l’occasion unique d'établir des processus favorisant un modèle plus sain de l'innovation technologique de l'humanité. Il sera essentiel pour arriver à cette fin de donner la priorité aux points de vue des femmes, de les intégrer et de promouvoir leur participation à l'orientation du développement de la technologie numérique. L'exploration des mécanismes visant à améliorer l'éducation des femmes et des enfants, par l'utilisation des technologies numériques, ainsi qu'à assurer leur plein engagement, leur représentation, leur protection et leur bien-être en ligne, pourrait être revue périodiquement par des instances telles que cette Commission.

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Ce moment de l'histoire est l'occasion d'harmoniser l'innovation technologique avec la sagesse la plus noble de l’humanité. Les notions traditionnelles liées au progrès et à la nature humaine sont incapables de répondre à des conceptions plus complètes du bien-être humain et de créer une civilisation florissante, y compris d'inspirer et de guider le développement des technologies numériques. Il est essentiel de faire appel à un plus grand nombre de points de vue pour remettre en question ces postulats traditionnels sous-jacents, afin de tracer un avenir qui concilie le bien-être matériel avec des considérations éthiques, sociales et spirituelles. À cet égard, les voix et les points de vue des femmes, notamment celles qui ont été marginalisées par des visions du monde trop matérialistes, seront indispensables, et leur engagement significatif sera une condition préalable à la création de nouveaux modèles de culture et d’une nouvelle compréhension du développement technologique. Construire un modèle plus holistique qui fait appel à des conceptions plus élevées de la nature humaine et du progrès, et développer des outils qui peuvent être utilisés en réponse aux besoins et aux priorités de communautés spécifiques, pour l'amélioration de leurs sociétés, est une vision de l'innovation technologique qui présente des possibilités illimitées.

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Vers un système alimentaire durable

Vers un système alimentaire durable

Une déclaration du bureau de Bruxelles de la Communauté internationale bahá'íe publiée à l’occasion de la réunion informelle des ministres européens de l'agriculture et de la pêche qui aura lieu du 14 au 16 septembre.

Bruxelles—13 September 2022

 L'aggravation de l'insécurité alimentaire dans de nombreuses régions du monde fait partie des nombreuses conséquences de l'actuelle guerre en Europe. Cette situation n'est, cependant, qu'un symptôme marquant d'un ordre alimentaire mondial déficient. Ces dernières années, la difficulté que rencontre la communauté internationale à faire face à une diversité de menaces allant de maladies infectieuses au changement climatique, a amplement démontré les limites des structures politiques et économiques globales qui sous-tendent le système alimentaire actuel. Alors que l'attention est, à juste titre, accordée au besoin pressant de garantir une production alimentaire suffisante et une distribution adéquate sur le court terme, les présentes réflexions autour de la sécurité alimentaire offrent une occasion opportune pour que le discours s'élève au-delà des préoccupations liées aux causes directes et aborde les défis systémiques de l'ordre alimentaire mondial. En l'absence d'une telle conversation, l'élaboration de politiques sera vouée à basculer de crise en crise tout en se cantonnant à l'identification de solutions partielles.

      Bien que la production agricole mondiale ait connu des avancées ces dernières décennies, la nécessité d'un système alimentaire durable, qui n'exploite ni la main d'œuvre ni les ressources et qui subvient au besoin de l'ensemble de la population mondiale, se fait ressentir. Pour ce faire, une attention particulière doit être portée, outre à l'application de nouvelles technologies, aux principes et aux postulats qui sous-tendent tant la pratique agricole et que la formulation de politiques locales et internationales.

      Le principe d'unicité de l'humanité figure parmi les principes fondamentaux qui devraient régir le fonctionnement d’un système alimentaire. Chaque individu, chaque communauté, chaque nation et chaque région du monde fait partie d'une seule entité où le bien-être des parties est inséparable du bien-être de l’ensemble. Étant donné l'impact des politiques de l'Union Européenne, des initiatives telles que la politique agricole commune doivent être conçues et évaluées en tenant compte de leur impact sur les agriculteurs, les communautés rurales et les économies au-delà des frontières de l'Europe.

      L'avancée vers un système alimentaire promouvant le bien commun dépendra, dans une large mesure, de la forme et du degré d'attention portée aux différentes perspectives. Les efforts visant à réformer le système alimentaire mondial doivent s'appuyer sur la reconnaissance du fait qu'aucun groupe d'acteurs ni aucun continent ne possède à lui seul toutes les connaissances nécessaires pour asseoir la sécurité alimentaire mondiale sur des bases solides. Il faut, à cet effet, faire appel à un processus d’investigation collectif, incluant des mécanismes innovants et des structures connectant différentes parties prenantes de toutes les régions du monde avec des espaces dans lesquels les décisions conséquentes sont prises.De plus, l'élargissement de la participation doit être compris non pas comme une simple négociation visant à produire un consensus tolérable, mais comme une investigation collective sur ce en quoi consiste un système alimentaire durable ; une investigation dans laquelle tous s'engagent de manière significative et à laquelle tous contribuent.

      L'influence historique et actuelle du continent européen, offre à ce dernier à la fois l'opportunité et la responsabilité d'œuvrer au développement d'un ordre alimentaire mondial juste. Si l'ampleur du défi exigera sans aucun doute un engagement à long terme et une réévaluation constante des méthodes et des approches, l'accent mis sur la recherche d'un consensus entre un cercle toujours plus large de parties prenantes contribuera à garantir qu'un processus d'investigation mondial des fondements d'un système alimentaire durable porte des fruits.

L'unicité de l'humanité Implications pour le partenariat Afrique - Union européenne

L'unicité de l'humanité Implications pour le partenariat Afrique - Union européenne

Une déclaration de la Communauté internationale bahá'íe à l'occasion du 6e Sommet Union africaine - Union européenne.

Brussels—15 February 2022

Le sommet Union africaine (UA) - Union européenne (UE) se tient à un moment où l'humanité se trouve au cœur d'une pandémie, d'une crise climatique, de pénuries alimentaires, de conflits violents et d'une myriade d'autres défis socio-économiques et géopolitiques. Ces défis, quelle que soit la gravité de leurs effets immédiats, sont l'occasion de réexaminer les valeurs qui sous-tendent les relations entre l'Afrique et l'Europe.

Ces relations sont souvent décrites comme un partenariat. Le sommet représente une occasion importante d'examiner ce que recouvre le concept de partenariat et de renforcer ses fondements. Un partenariat florissant entre les deux continents ne peut être fondé que sur le principe fondamental que l'humanité est une. Cela implique que le progrès, la prospérité et le bien-être d'un continent sont inextricablement liés au bien-être de l'autre, voire à celui de l'humanité dans son ensemble.

Si de nombreuses personnes souscrivent à cette proposition au niveau des principes, la structure actuelle de l'ordre mondial ne lui donne pas sa pleine expression. Bon nombre des systèmes politiques et socio-économiques actuels ont été créés à une époque où la primauté d'une partie du monde sur les autres était considérée comme un fait établi. Bien que des efforts aient été faits, au cours des dernières décennies, pour surmonter certaines des expressions les plus flagrantes de ce postulat, les structures inégalitaires restent obstinément résistantes au changement. 

Remodeler les structures et les relations internationales selon le principe de l'unicité de l'humanité est une tâche difficile qui nécessitera des efforts sur plusieurs générations. Toutefois, certaines mesures initiales peuvent être prises pour atteindre cet objectif dans le cadre du partenariat. 

Premièrement, le principe d'unicité implique une réorganisation des priorités dans le processus d'élaboration des politiques et des stratégies. La promotion du bien commun mondial doit être considérée comme un objectif primordial, non moins important que la sauvegarde des intérêts nationaux ou régionaux. Les dirigeants et les responsables politiques sont confrontés à une question cruciale lorsqu'ils examinent le bien-fondé de toute action proposée, qu'elle soit nationale ou internationale : une décision fera-t-elle progresser le bien de l'humanité dans son ensemble ? Dans des domaines aussi divers que l'agriculture, le commerce et la finance, le point de départ de la conception et de l'évaluation de tout programme ou de toute politique doit être la prise en compte de son impact sur tous les segments de la société en Afrique, en Europe et dans le monde.

L'UE a mis au point un ensemble d'outils pour faciliter l'élaboration de politiques efficaces et pour évaluer l'impact de ses politiques. Les lignes directrices pour une meilleure réglementation, par exemple, expriment la nécessité d'« évaluer les impacts du point de vue de la société dans son ensemble », en précisant que « la règle de base est de consulter, largement et de manière transparente, les parties prenantes qui pourraient être concernées par l'initiative, en recherchant tout un éventail d'opinions ». Dans un monde interconnecté, les politiques et stratégies de l'UE ont des répercussions mondiales. Par conséquent, les orientations politiques devraient comporter un engagement à comprendre en profondeur l'effet des politiques européennes sur les autres continents, y compris l'Afrique, puis à agir en conséquence.

Une deuxième implication du principe d'unicité se situe au niveau des postures et des comportements. Quelles que soient les difficultés et les restrictionsactuelles auxquelles l'Afrique et l'Europe sont confrontées, une réflexion permanente, sincère et concertée sur le développement de leur relation doit être au cœur d'un engagement efficace entre les deux continents. Dans un processus consultatif qui va au-delà du marchandage et ne préconise pas de solutions préconçues ou prédéterminées, les deux parties abordent leurs interlocuteurs comme ayant la capacité d'apporter une contribution importante à l'établissement d'une relation intercontinentale juste. En fin de compte, l'humanité fait un voyage en commun dans lequel toutes les régions du monde sont des protagonistes importants. 

Pour concrétiser ces implications, il faut notamment créer des espaces qui permettent à une variété d'acteurs africains et européens de s'impliquer conjointement à différents niveaux, des espaces dans lesquels peut se dérouler une conversation ouverte et riche sur leurs besoins, défis et opportunités respectifs. Il est particulièrement important que les acteurs de terrain aient la possibilité de s'engager à différents niveaux auprès des institutions, afin de s'assurer que les politiques et les stratégies élaborées au niveau intercontinental correspondent sur le terrain à la réalité des communautés et des sociétés.Après tout, une meilleure compréhension des besoins d'un endroit particulier ne peut être obtenue qu'en incluant ceux qui, sur place, connaissent leur réalité socio-économique immédiate, apprécient les dynamiques culturelles et sont capables d'identifier des réseaux locaux existants et d’en tirer parti.

L'Afrique et l'Europe font face à des défis qui ne peuvent que gagner en complexité et, qui de fait, impliqueront souvent d'autres continents. Reconnaître et appliquer sans réserve le principe d'unicité aura des effets profonds sur les différentes composantes de la relation Afrique-UE. À cet effet, nous suggérons avec respect qu'au-delà des ajustements décrits ici, toute déclaration commune issue de ce sommet, ou de futurs sommets, fasse explicitement référence au principe d'unicité de l'humanité comme fondement d'une relation sincère et mutuellement bénéfique entre les deux partenaires.

Communauté internationale bahá'íe,

Addis Abeba, Éthiopie

Bruxelles, Belgique

Février 2022

Au cœur de la résilience : La crise climatique, catalyseur d'une culture de l'égalité

Au cœur de la résilience : La crise climatique, catalyseur d'une culture de l'égalité

Une déclaration de la Communauté internationale bahá'íe  à la 66e session de la Commission de la condition de la femme

New York—12 February 2022

Dans un monde où chaque jour les menaces du changement climatique s’accumulent, une  double réalité s’offre à nous : Alors que les femmes sont touchées de manière  disproportionnée par le changement climatique, elles sont particulièrement bien placées  pour diriger les efforts qui tentent d’y répondre. Suite à une catastrophe d'origine  climatique, les moyens de subsistance dépendent directement d'écosystèmes stables et sains  – souvent cultivés par les femmes – qui sont bouleversés. Beaucoup perdent l'accès à la  terre, au logement, ainsi qu’à un soutien financier ou à des aides. Les vulnérabilités  s'accentuent là où les sociétés ne parviennent déjà pas à valoriser pleinement les  potentialités des femmes. Pourtant, les femmes ne sont pas simplement des victimes. Leurs  points de vue rassemblent l'étendue de l'expérience humaine et permettent de construire  une image plus complète de la réalité. Souvent reliées en de vastes réseaux, les femmes  font partie intégrante de l'épanouissement collectif, des solutions communautaires et de la mobilisation des membres d’une communauté. Qu’elles soient à la pointe de la réflexion  économique, responsables politiques, militantes pour le climat, petites exploitantes  agricoles, ou au moyen d’une multitude d'autres capacités, les femmes du monde entier  apportent des contributions considérables en rapport avec l'action climatique, la gestion des  ressources naturelles, la sécurité alimentaire ou l'innovation scientifique, qui conduisent à  des solutions durables. L’expérience des femmes, jeunes ou moins jeunes, offre une vision  judicieuse de la sauvegarde de la maison de l’humanité, pour les générations présentes et  futures. Pour que ce potentiel des femmes soit pleinement exploité, il faudra agir sur au  moins deux fronts : accroître la présence des femmes dans les rôles de direction et créer les  conditions permettant aux femmes de s'engager de manière plus significative dans la vie  communautaire. 

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À tous les niveaux de la société : la famille, la communauté, le gouvernement local,  l'entreprise ou la nation, il est de plus en plus évident que l'humanité ne peut que bénéficier  de la promotion et de l'adoption du leadership des femmes devant la montée des risques  climatiques. Les qualités de leadership généralement associées au masculin : l'affirmation  de soi et la compétitivité, par exemple, trouvent souvent leurs limites lorsqu'elles ne sont  pas tempérées par celles qu’on associe généralement au féminin, telles que la tendance à la  collaboration et à l’intégration, et la disposition à prendre soin des autres et à l'altruisme.  Privilégier les intérêts à long terme, prendre en compte le bien-être des générations futures  et examiner plus largement l'impact sur les hommes des politiques décidées est une  tendance de plus en plus reconnue comme un outil nécessaire à la formulation de stratégies  et de programmes respectueux de l'environnement visant à construire des communautés  plus résilientes. Bien entendu, ces qualités peuvent être illustrées par les dirigeants indépendamment de leur sexe. Cependant, en augmentant la participation des femmes aux  postes de direction, ces qualités influenceront de manière plus cohérente la culture du  leadership et caractériseront les stratégies de mise en œuvre des projets.  

Créer des occasions pour les femmes de participer aux divers niveaux de gouvernance ainsi  que dans de multiples rôles communautaires s'avérera essentiel pour s’assurer que leur  expérience influence de plus en plus les décisions importantes. Cependant, pour que cette  participation s'exprime pleinement, il faudra intégrer intentionnellement le principe de  l’égalité des sexes dans les processus de gouvernance eux-mêmes et reconfigurer les  systèmes institutionnels pour rendre possible des relations équilibrées. La possibilité d’une  participation active des femmes à l'élaboration des prises de décision devra être garantie.  La reconnaissance du fait que la multiplicité des perspectives est une condition préalable à  un questionnement efficace sur les défis qu’affronte la société devra caractériser chaque  délibération. Cela devra faire partie du travail de transformation en environnements  inclusifs des lieux historiquement dominés par les hommes, environnements où tous se  sentiront autorisés à s'engager, et où les hommes, motivés par un esprit de compréhension,  apprendront à consulter et à agir véritablement de concert avec les femmes. À mesure que  chacun sera valorisé pour ses contributions spécifiques à l’intérêt collectif, la confiance, si  essentielle à la résilience de toute communauté, pourra se concrétiser entre les individus  mais aussi dans les institutions engagées pour le bien-être de tous. L'établissement de  relations plus matures au sein des systèmes de gouvernance deviendra donc à la fois un  processus et un résultat dans l'élaboration de politiques capables de répondre aux impacts  du changement climatique. 

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Pour que cette transformation perdure, il faudra que s’enracinent, dans l’ensemble de la  société, le concept de l'égalité des sexes et l’engagement à construire, dans tous les  domaines, une vie publique façonnée à la fois par les femmes et par les hommes, dans un  partenariat dynamique. Pour préparer le terrain à cette culture de l'égalité, des politiques  internationales, guidées par des principes de justice, d'équité et de dignité, seront  indispensables tout comme la création d'institutions mondiales chargées de systématiser les  connaissances acquises par les expériences locales. En effet, le travail de promotion de  l'égalité entre les sexes doit se faire autant dans un contexte local qu'international. Par  exemple, à Dili, au Timor oriental, les efforts déployés, six mois avant un cyclone  dévastateur, pour tisser un modèle unifié de vie communautaire ont contribué à la résilience  de la communauté. « Dans ce court laps de temps, nous avons beaucoup appris sur la façon  de servir ensemble. Chaque jour, nous agissions puis analysions nos résultats avant de  planifier le jour suivant », rapporte un membre de cette communauté. Ce mode de  collaboration, qui s'éloigne des notions préconçues de progrès, a permis de développer les  compétences et les réseaux nécessaires à la formation des structures de secours capables de  distribuer de la nourriture et d'autres produits essentiels. Sans attendre de rémunération, les  membres de cette communauté ont soutenu plus de 7 000 personnes dans 13 villages et  quartiers alors que l'aide extérieure était inaccessible. À Okcheay, au Cambodge, de jeunes  participant à des programmes moraux et spirituels leur apprenant à se mettre au service de  la société, ont conçu collectivement un projet local de plantation d'arbres qui a protégé une  partie de leurs routes de l'érosion du sol lors des graves inondations survenues un an plus  tard. Bien que simples, ces efforts offrent un aperçu de la manière dont le développement de communautés inclusives et cohésives peut contribuer non seulement à la volonté  d’affronter les catastrophes et de survivre, mais aussi de vivre au sens le plus noble du  terme. 

La communauté, élément constitutif de la société mondiale, fournit un lieu où des modes  de vie alternatifs, inclusifs et coopératifs peuvent s'exprimer, où les hommes en viennent à  considérer sans réserve les femmes comme des partenaires égales, et où tous peuvent  développer des capacités de leadership. Construits à la base, ces nouveaux modèles de vie  communautaire s'inscrivent dans une entreprise mondiale plus vaste, car les communautés  qui apprennent à appliquer le principe de l'égalité des sexes, en toutes circonstances et pour  le bien de tous, contribuent à un corpus croissant de connaissances au niveau international.  Ce processus peut prendre diverses formes. Pour sa part, la communauté bahá'íe mondiale,  avec d'autres collaborateurs, a appris à appliquer des principes spirituels à la vie de la  communauté en éliminant les obstacles préjudiciables à la participation des femmes. Grâce  à des programmes d'éducation morale, des attitudes d'unité et de camaraderie sont  inculquées dès le plus jeune âge, de sorte que les participants en viennent à se considérer  comme des alliés précieux qui travaillent au bien-être de leur communauté. Le concept de  renforcement des capacités est au cœur de ce processus : il s'agit d'améliorer la capacité des  participants à mieux comprendre les réalités matérielles, sociales et spirituelles de leurs  sociétés et à concevoir collectivement les prochaines étapes de leur propre voie de progrès,  tout en s'épanouissant en servant les autres. À cette fin, des lieux ont émergé de manière  organique pour que les individus puissent réfléchir ensemble à leurs défis, identifier des  réponses constructives et explorer des questions plus profondes liées au sens de la vie. C’est  dans ces lieux qu’en temps de difficulté, l'espoir peut s’exprimer et où les liens de solidarité  peuvent se renforcer. Les exemples susmentionnés montrent que les capacités, les attitudes  et les qualités qui caractérisent une communauté peuvent renforcer sa résilience face à des  événements extrêmes ou à des difficultés environnementales permanentes. 

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Les Nations unies sont particulièrement bien placées pour montrer à quoi pourrait  ressembler, au niveau international, une telle culture de l'égalité, en créant par exemple,  entre ses multiples agences, des lieux de délibération ouverts, en harmonisant ses divers  processus liés à l'égalité et à l'inclusion des sexes, et en étudiant comment sa structure  interne pourrait refléter de plus en plus ces principes. Les Nations unies joueront sans aucun  doute un rôle essentiel dans l'élaboration de cadres politiques internationaux et dans  l'encouragement du financement d'initiatives favorisant une meilleure appréciation de  l'impératif de l'égalité des sexes. Et elles pourraient faciliter le partage des connaissances  créées par les acteurs à chaque niveau. À ce sujet, des considérations importantes telles que  la manière dont les dispositifs institutionnels et sociétaux peuvent être reconfigurés pour  permettre une participation significative des femmes, ainsi que la manière dont des sociétés  solidaires peuvent être forgées avant même le début d'une catastrophe, pourraient être  revues périodiquement dans des cadres internationaux tels que cette Commission. 

L'état du monde met en évidence une vérité universelle : les expériences collectives de  l'humanité sont partagées et des réponses efficaces exigent que l'ensemble des perspectives  soient représentées à tous les niveaux de gouvernance. On commence à voir des exemples  où des expressions plus matures de la vie communautaire et des dispositions institutionnelles ont permis aux femmes de jouer un rôle de protagonistes efficaces face  aux difficultés locales et aux catastrophes mondiales. C'est précisément dans les périodes  de turbulence qu'il existe de profondes possibilités de redéfinir les valeurs collectives et les  hypothèses qui les sous-tendent. Les défis posés par le changement climatique devraient  servir de catalyseurs pour adopter de nouvelles approches de formes de gouvernance  inclusives ainsi que des modèles de vie communautaire équitables, capables de libérer toute  la gamme des expériences humaines. 

Source URL : https://www.bic.org/sites/default/files/211117_heart_of_resilience- _csw_66_statement.pdf 

Traduction du Bureau des affaires extérieures des bahá'ís de France

 

Leadership pour une culture de l'égalité, en temps de péril et en temps de paix

Leadership pour une culture de l'égalité, en temps de péril et en temps de paix

Une déclaration de la Communauté internationale bahá’íe  à la 65e session de la Commission des Nations unies sur le statut des femmes.

 
New York—24 February 2021

Dans le contexte d'un monde en profonde mutation, le rôle indispensable des femmes aux postes de direction est de plus en plus reconnu. Aux premiers jours de la pandémie de coronavirus, toute une série d'indicateurs à court terme montrent que les nations dans lesquelles les femmes contribuent davantage à la direction de la société ont assuré un certain degré de stabilité, notamment en termes de santé publique et de sécurité économique. Au niveau communautaire, les femmes continuent de jouer un rôle indispensable, et souvent de premier plan, dans les soins aux malades, l'éducation des jeunes, l'assistance aux nécessiteux et le maintien du tissu social et économique en général. Il n'a jamais été aussi évident qu’à tous les niveaux de la société, l'humanité bénéficie de l'adoption et de la promotion du leadership des femmes, que ce soit au sein de la famille ou du village, du quartier ou du gouvernement local, de l'entreprise ou de la nation.  Pour tirer pleinement parti de cette capacité à relever les défis contemporains, il faudra agir sur au moins deux fronts : accroître la présence des femmes dans les postes de direction et dans les affaires de la société, et appliquer plus largement et plus systématiquement les qualités que les femmes tendent à apporter aux processus de résolution des problèmes et de prise de décision.

Toute réflexion sur la participation des femmes à la vie publique doit inclure une réévaluation des modèles de leadership. Les moments de grand péril dans l’histoire de l'humanité exigent des dirigeants à l'esprit bien formé, capables d'exploiter le pouvoir de la science ainsi que les principes moraux et éthiques, et qui consultent un échantillon diversifié de personnes expérimentées dans les domaines concernés. Ces dirigeants harmoniseraient les différentes opinions et favoriseraient le sens de l'effort commun. Résistant aux attraits du pouvoir, ils se caractériseraient par leur intégrité, leur fiabilité et leur adhésion inébranlable à une action fondée sur des principes.

Ces attributs peuvent évidemment se manifester chez des dirigeants sans distinction de sexe, et les politiques féministes et d'égalité des sexes peuvent donner des résultats bénéfiques, quelle que soit la personne qui les promeut. Cependant, il devient évident que la participation accrue des femmes à la vie de la société renforce ces qualités en tant qu'aspect de la culture du leadership -    et pas seulement en tant que caractéristiques personnelles de dirigeants individuels. Les qualités de leadership souvent associées à la masculinité : affirmation de soi, esprit de décision et compétitivité par exemple, se sont révélées limitées ou contre-productives lorsqu'elles n'étaient pas tempérées par d'autres attributs traditionnellement associés à la féminité, tels que la compassion, l'humilité et une tendance à la collaboration et à l’intégration. Les dirigeants les plus efficaces favorisent des environnements dans lesquels les individus et les communautés sont capables de transcender leurs différences de mentalité, de trouver un consensus même dans les situations les plus complexes et les plus difficiles, et d’avancer à partir de ce consensus de manière patiente et délibérée, en respectant à tout moment des critères de justice. Les points de vue et les expériences particulières des femmes, dont leur tendance commune à donner la priorité au bien-être des enfants et des familles ou à considérer plus largement l'impact d’une politique sur les êtres humains, leur permettent de contribuer de manière décisive à la construction d'une telle éthique du leadership. 

Les progrès réalisés dans les aspects les plus visibles du leadership, tels que l'accession des femmes à des postes de haut niveau dans les gouvernements, les universités ou les entreprises, ainsi que dans d'autres lieux où se prennent les décisions comme au sein de la famille ou de la commune, doivent s'accompagner d'évolutions correspondantes dans les mentalités. À tous les niveaux de la société et dans tous les domaines de la vie, une transformation durable nécessitera un engagement de la société dans son ensemble en faveur de l'égalité des sexes et un engagement à construire une vie publique façonnée dans un partenariat dynamique et égalitaire entre femmes et hommes. C'est pourquoi travailler à promouvoir l'égalité entre les femmes et les hommes doit se faire dans le contexte local autant qu'international. Organiser les processus de prise de décision autour de la recherche d'une compréhension collective, solliciter une diversité de points de vue à la recherche de nouvelles perspectives sur des questions complexes, prendre des mesures qui aident une grande variété de parties prenantes à jouer un rôle plus actif dans la vie publique… Encourager de telles approches et de telles valeurs dans les quartiers et les villages contribue à créer un environnement dans lequel les barrières formelles et institutionnelles, telles que les lois discriminatoires et l'accès inégal à l'éducation, peuvent être démantelées. 

Il est tout aussi important de noter que le processus d'élaboration de modèles de vie communautaire plus équitables entre les sexes offre lui-même aux femmes des possibilités de développer leurs capacités et leur expérience en matière de leadership, de participer aux organes de décision et de jouer un rôle beaucoup plus actif et visible dans la vie publique. En s'efforçant de reconceptualiser, en particulier au niveau local, les systèmes et les structures à la lumière des qualités nécessaires associées au féminin, femmes et hommes auront l'occasion d'apprendre à surmonter les obstacles à la participation des femmes, comme leur intimidation dans les espaces majoritairement masculins ou les usages qui confinent les contributions des femmes au cadre du foyer, tous obstacles qui, en fin de compte, nuisent à la bonne gouvernance et à une paix durable. L'impact sur les hommes et les garçons peut être tout aussi important. Donner aux garçons l'occasion, dès leur plus jeune âge, de considérer les filles comme des égales et les femmes comme des dirigeantes, créera une culture de collaboration et favorisera l'apprentissage nécessaire à l'expression durable et croissante de l'égalité. Au-delà de l'effort conscient pour surmonter ces obstacles, une transformation plus poussée doit venir de la prise de conscience que, dans le choix d’une décision, l'entrave à la participation des femmes à tous les niveaux de la société prive l'humanité du potentiel que représente une diversité de perspectives.

L'établissement de relations justes à tous les niveaux de la société peut prendre diverses formes et impliquer de nombreux acteurs, et la pleine participation des femmes dans les lieux concernés s'avérera sans aucun doute indispensable pour construire des modèles de vie équitables. Pour sa part, la communauté mondiale bahá'íe étudie le rôle que l'application de principes spirituels à la vie de la société peut jouer dans l'élimination des préjugés liés au sexe et au genre. Le concept de renforcement des capacités est central à cet égard : il s'agit d'améliorer pour le bien de tous la capacité des femmes et des hommes, des filles et des garçons, à défendre et à appliquer le principe de l'égalité des sexes dans toutes sortes de circonstances et de situations. Grâce à des programmes éducatifs qui visent à faire disparaître les préjugés en leur inculquant des attitudes d'unité et de fraternité, les enfants sont formés dès leur plus jeune âge à avancer au service de leur société côte à côte avec divers acteurs. De simples réunions entre voisins, souvent organisées au domicile des participants, pour prier et pour discuter de la traduction concrète de leurs idéaux religieux, sont également devenues un lieu où les limites séculaires en matière de genre s’assouplissent. Par exemple, la directrice de l’école primaire d’un village indien a remarqué que les réunions de prière, comme on les appelle souvent, sont l'une des rares activités où la possibilité pour les femmes de sortir de chez elles est acceptée par les villageois et où le système traditionnel qui exige que les femmes se retirent et s'isolent commence à céder. Elle observe : « Ce système [culturel] n'est pas plus important que l'éducation des enfants, ou que de laisser les femmes sortir de la maison, ou que d'avoir des concertations entre elles. La façon dont nous sommes capables de nous concerter, de tendre la main à d'autres personnes et de résoudre nos problèmes ensemble est désormais devenue un aspect important de notre vie. » 

Tout au long de l'histoire, les domaines traditionnellement réservés aux hommes n’ont quasiment été ouverts aux femmes que dans des contextes de guerre, de révolution ou de dépression. En temps de crise, qu'il s'agisse de difficultés locales ou de catastrophes nationales, il est vrai que les femmes ont démontré à maintes reprises leurs capacités et leur résilience. Pourtant, lorsque des semblants de paix et de calme sont revenus, la pression sociale a trop souvent relégué les femmes dans les limites de leur foyer. Ce schéma doit être dépassé. Aucune justification rationnelle, quelle qu'elle soit, ne peut être trouvée pour renoncer aux multiples avantages que les femmes apportent à la tâche d'ordonner les affaires de la société. Par conséquent, la Commission et le système international dans son ensemble sont confrontés à cette question d'une importance capitale : En temps de paix comme en temps de crise, comment les capacités des femmes peuvent-elles être prises en compte et intégrées dans la pratique quotidienne comme dans les situations exceptionnelles ?  

Jamais peut-être les liens qui unissent les peuples du monde n'ont été aussi clairs. La reconnaissance de cette interconnexion doit s'accompagner d'une détermination à tirer parti des capacités de l'humanité dans son ensemble et dans la profusion de sa diversité. Aucune réflexion sérieuse sur les prochaines étapes du développement de l'humanité ne peut ignorer la nécessité d'étendre la participation pleine et effective des femmes aux prises de décision et à la vie publique. Ce n'est que dans la mesure où ces capacités s'exprimeront pleinement que les communautés et les sociétés disposeront de la gamme d'outils nécessaires pour relever les nombreux défis auxquels l'humanité est confrontée.

Une gouvernance qui convient L’humanité et le chemin vers un ordre mondial juste

Une gouvernance qui convient L’humanité et le chemin vers un ordre mondial juste

Une déclaration de la Communauté internationale bahá’íe à l’occasion du 75e anniversaire des Nations unies

New York—21 September 2020

Le 75e anniversaire des Nations unies intervient alors que le monde connaît des évolutions rapides qui nous invitent à prendre davantage la mesure de l’interconnexion et de l’interdépendance de l’humanité. Au milieu des perturbations engendrées et accélérées par la pandémie qui submerge la terre entière, on voit aussi apparaître de nombreuses possibilités de changements sociaux susceptibles d’apporter de la stabilité au monde et d’enrichir la vie de ses habitants. Tout au long de l’histoire, les périodes de troubles ont permis de redéfinir des valeurs collectives et les présupposés sous-jacents. C’est le cas de la situation que nous traversons actuellement. La multiplicité des domaines dans lesquels il est nécessaire de transformer radicalement les systèmes et les approches en place, suggère combien crucial sera le quart de siècle à venir — du 75e anniversaire jusqu’au centenaire des Nations unies —dans la détermination du sort de l’humanité. Des voix toujours plus nombreuses appellent à des mesures décisives pour avancer sur le chemin qui nous conduira collectivement vers une paix durable et universelle. Il faut répondre à cet appel.

L’humanité forme une seule famille. Ceci est une vérité qui a été chaleureusement accueillie par des multitudes de par le monde. Ses implications profondes pour notre comportement collectif doivent désormais nourrir un mouvement coordonné vers une unité plus forte sur les plans social et politique. Comme l’a dit Baháʼu’lláh il y a plus d’un siècle, « On n’atteindra réellement la paix et la tranquillité que lorsque chaque homme voudra le bien de tous. » Les dangers qu’encourt une communauté mondiale dressée contre elle-même sont trop grands pour que l’on s’y résigne. 

Le siècle dernier a franchi de nombreuses étapes — imparfaites, mais déterminantes — en jetant les bases d’un ordre mondial susceptible de garantir la paix internationale et la prospérité de tous. La première tentative sérieuse de l’humanité pour créer une gouvernance mondiale, la Société des Nations, a duré 25 ans. Ce qui est impressionnant c’est que les Nations unies ont déjà multiplié cette durée par trois. C’est l’unique structure qui puisse rassembler toutes les nations du monde et qui puisse servir de forum pour l’expression de la volonté commune de l’humanité. Pourtant, les événements récents montrent que le système actuel ne suffit plus à contrer un flot de menaces de plus en plus interconnectées. L’intégration et la coordination doivent aller plus loin. La seule perspective viable est celle d’un système de coopération mondiale grandissante. Cet anniversaire est un moment opportun pour commencer à construire un consensus sur la façon dont la communauté internationale peut mieux s’organiser et pour réfléchir aux critères à l’aune desquels nous mesurerons les progrès accomplis.

Ces dernières années, les critiques éclairées qui s’exprimaient à propos du multilatéralisme ont parfois été éclipsées au profit d’un rejet pur et simple de l’idée même d’un ordre international fondé sur des règles. Mais cette période de recul est ancrée dans un contexte historique plus vaste, qui mène la communauté mondiale en direction d’une plus grande unité. À chaque étape de l’histoire de l’humanité, des niveaux d’intégration plus poussés deviennent non seulement possibles, mais nécessaires. Des défis nouveaux et plus pressants se présentent et appellent le tissue politique à concevoir de nouvelles réponses aux besoins du moment qui passent par une inclusion, une cohérence et une collaboration renforcées. Or les exigences que notre actualité fait peser sur les structures qui orchestrent aujourd’hui les délibérations entre les nations et sur les systèmes de résolution des conflits dépassent leurs capacités à être effectifs. Nous avons donc une étape charnière à franchir : nous devons délibérément organiser nos affaires en ayant pleinement conscience que nous formons un seul peuple et que nous partageons une seule patrie.

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Reconnaître l’unicité de la famille humaine, ce n’est ni appeler à l’uniformité, ni renoncer à la diversité des systèmes de gouvernance en place. On ne peut vraiment apprécier l’unicité de l’humanité sans reconnaître le concept essentiel de diversité. Ce dont nous avons besoin aujourd’hui c’est d’un solide consensus qui, tout en respectant les divers systèmes et cultures de par le monde, incarne un ensemble de valeurs et principes communs qui puissent assurer le soutien de toutes les nations. Nous pouvons déjà discerner un certain accord, autour de ces normes et principes communs, dans les idéaux qui guident les programmes mondiaux tels que l’universalité des droits de l’homme, l’indispensable éradication de la pauvreté ou la nécessité de vivre dans un cadre écologiquement durable. Mais il faut aller plus loin et prendre toute la mesure des implications difficiles que ces idéaux recouvrent.

Un cadre qui accepte une palette de modalités fondées sur un engagement en faveur de l’unité et d’une éthique commune de la justice permettrait l’établissement de principes communs dans d’innombrables cas et formulations. Un tel cadre permettrait d’envisager les différences entre les structures politiques, les systèmes juridiques et l’organisation de la société, non pas comme des points de friction, mais comme des sources potentielles de réflexion pour nourrir des solutions et des approches nouvelles. Dans la mesure où les nations s’engagent à apprendre les unes des autres, les habitudes bien ancrées de contestation et d’accusation peuvent être remplacées par une culture de coopération et d’exploration, et une franche acceptation des reculs et faux pas en tant qu’éléments inévitables de tout processus d’apprentissage.

La véritable reconnaissance de l’interdépendance du monde implique une préoccupation sincère pour tous, sans distinction. D’apparence simpliste, ce principe appelle en réalité à revoir profondément les priorités. Trop souvent, l’avancement du bien commun est perçu comme un objectif de second plan, certes louable, mais qui ne saurait être poursuivi avant que d’autres intérêts nationaux, plus étroits, n’aient été atteints. Cette perception doit changer, car le bien-être de chaque composante de l’humanité est inextricablement lié au bien-être de l’ensemble de l’humanité. Toute consultation sur un programme ou sur une politique devrait commencer par une analyse de l’impact qu’ils peuvent avoir sur tous les segments de la société. À chaque fois qu’ils réfléchissent au bien-fondé d’une action, qu’elle soit locale, nationale ou internationale, les leaders et les décideurs politiques sont donc confrontés à cette question centrale : cette décision fera-t-elle progresser le bien de l’humanité dans son ensemble ?

Quels que soient les bénéfices que l’on ait pu tirer des conceptions passées de la souveraineté étatique, les conditions actuelles exigent des analyses et des processus décisionnels bien plus holistiques et plus cohérents. Quelles seront les implications mondiales des politiques nationales ? Quels choix contribuent à une prospérité partagée et à une paix durable ? Quelles sont les démarches qui cultivent la noblesse de l’être humain et préservent sa dignité ? Comme la prise de conscience de l’unicité de l’humanité devient de plus en plus une part intégrante des processus décisionnels, les nations se considéreront de plus en plus facilement comme de véritables partenaires pour gérer la planète et garantir la prospérité de ses peuples.

Lorsqu’ils considèrent l’impact de leurs politiques, les leaders doivent réfléchir à la notion que beaucoup appellent l’esprit humain — cette capacité fondamentale à rechercher le sens profond et à aspirer à la transcendance. On a tendance à penser que ces dimensions de l’existence humaine, moins tangibles, relèvent du domaine des croyances personnelles et qu’elles restent hors du champ des préoccupations des responsables politiques et des gouvernants. Mais l’expérience nous a montré que le progrès pour tous reste un objectif inatteignable tant que progrès matériel et progrès éthique et spirituel sont dissociés. Par exemple, la croissance économique à l’œuvre ces dernières décennies a, sans conteste, été une source de prospérité pour beaucoup, mais comme cette croissance n’était pas ancrée dans les principes de justice et d’équité, elle a profité de façon disproportionnée à un petit nombre tandis que la majorité vit dans la précarité. C’est d’abord sur les personnes qui vivent dans la pauvreté que pèsent les risques de ralentissement de l’économie mondiale, qui a son tour accentue les inégalités existantes et intensifie les souffrances. Tous les efforts en faveur du progrès de la société, même lorsqu’ils ne visent que les conditions matérielles, reposent sur des présupposés moraux. Toute politique est le reflet de convictions sur la nature humaine, sur les valeurs qui contribuent à la poursuite de divers objectifs sociaux et sur la façon dont les droits et les responsabilités s’articulent. Ces hypothèses de base déterminent dans quelle mesure une décision donnée bénéficiera à tous. C’est pourquoi elles doivent faire l’objet d’une analyse minutieuse et honnête. La promesse d’un monde meilleur ne peut être tenue à moins d’établir consciemment un lien étroit entre progrès matériel et progrès social et spirituel.

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L’évolution vers des relations internationales plus coordonnées et fondées sur une coopération authentique nécessitera tôt ou tard, que les leaders du monde, se rassemblent afin d’engager un processus de refonte et de reconstitution de l’ordre mondial. Car, à la lumière des défis évidents et graves auxquels l’humanité fait face, ce que l’on considérait auparavant comme une vision idéalisée de la coopération internationale s’avère être maintenant une nécessité pragmatique. Pour avancer efficacement sur ce chemin, il sera nécessaire de renoncer aux impasses et aux blocages que l’on connaît, au profit d’une éthique civique mondiale. Nous aurons besoin de processus délibératifs plus magnanimes, plus raisonnés et plus cordiaux, motivés non pas par la préservation de positions enracinées ni par la défense d’intérêts étroits, mais par la recherche collective d’une meilleure compréhension de problèmes complexes. Nous allons devoir écarter les objectifs incompatibles avec la recherche du bien commun. Tant que cette éthique ne sera pas prévalente, le progrès durable restera inaccessible. 

Cette position nourrit une approche du progrès axée sur les processus, qui s’appuie graduellement sur les points forts et répond à une réalité à caractère évolutif. À mesure que grandit la capacité collective à analyser de façon raisonnée et dépassionnée le bien-fondé des propositions quelles qu’elles soient, il devient possible de délibérer sur un éventail de réformes dignes d’intérêt. Ainsi, la mise en place d’une seconde chambre de l’Assemblée générale des Nations unies, composée de représentants élus au suffrage direct — une assemblée parlementaire mondiale en quelque sorte — pourrait contribuer à renforcer la légitimité de l’organisation mondiale et son lien avec les citoyens. Un conseil mondial des affaires futures permettrait d’institutionnaliser l’analyse de l’impact des politiques sur les générations à venir et de réfléchir à des enjeux tels que la préparation aux crises mondiales, l’utilisation des technologies émergentes ou encore l’avenir de l’éducation ou de l’emploi. Le renforcement du cadre juridique applicable à la nature apporterait plus de cohérence et de dynamisme aux régimes applicables à la biodiversité, au climat et à l’environnement et constituerait le socle d’un système commun de gestion des ressources de la planète. La réforme de l’ensemble du système de maintien et de promotion de la paix, y compris la réforme du Conseil de sécurité lui-même, permettrait de substituer aux paralysies et aux impasses que l’on connaît bien une réponse plus décisive aux menaces de conflit. De telles initiatives, ou innovations du même ordre, demanderaient beaucoup de délibérations concentrées et un consensus général en faveur de chacune d’elles serait nécessaire avant qu’elles ne soient acceptées et reconnues comme légitimes. Il est évident qu’elles ne suffiraient pas en elles-mêmes à répondre aux besoins de l’humanité ; néanmoins, dans la mesure où elles apporteraient une amélioration à la situation que nous connaissons aujourd’hui, chacune de ces initiatives serait une contribution à un processus de croissance et de développement réellement transformateur. 

Le monde que la communauté internationale s’est engagée à construire — un monde dans lequel la violence et la corruption auront laissé la place à la paix et à la bonne gouvernance, par exemple, et où l’égalité entre les femmes et les hommes imprègnera chaque aspect de la vie en société —n’a encore jamais vu le jour. Progresser en direction des buts au cœur des programmes mondiaux demande que l’on s’oriente délibérément vers l’expérimentation, la recherche, l’innovation et la créativité. À mesure que l’on avance dans cette voie, il faut respecter plus fidèlement le cadre moral déjà défini par la Charte des Nations unies. Respect du droit international, défense des droits de l’homme, adhésion aux traités et aux accords — ce n’est qu’en honorant concrètement ces engagements que les Nations unies et ses États membres démontreront la qualité de leur intégrité et de leur loyauté aux peuples du monde. À défaut, aucune réorganisation administrative ne permettra de répondre à la multitude de défis de longue durée qui nous font face. Comme l’a dit Baháʼu’lláh, « Les actes doivent suivre les mots car ils sont la vraie mesure des mots. »

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Les années qui vont clore le premier siècle d’existence des Nations unies représentent une période d’opportunité extraordinaire. Elles permettent d’envisager une collaboration à une échelle qui était jusqu’alors inimaginable et qui ouvre d’uniques perspectives de progrès. Cependant, l’échec de parvenir à un accord pour soutenir une coordination mondiale efficace engendrerait des conséquences bien plus graves — potentiellement catastrophiques — que celles découlant des perturbations récentes. La communauté des nations a donc pour tâche de garantir que l’appareil de la politique et du pouvoir sur le plan international s’engage de plus en plus en faveur de la coopération et de l’unité. 

À l’occasion du centenaire des Nations unies, ne pourrait-on envisager que tous les habitants de notre patrie commune soient certains que nous ayons enclenché un processus réaliste de construction de l’ordre mondial qui garantisse un progrès durable pour les siècles à venir ? C’est en tout cas l’espoir de la Communauté internationale bahá’íe et le but vers lequel elle travaille. Nous rappelons l’appel poignant exprimé il y a longtemps déjà par Bahá’u’lláh au sujet des leaders et des arbitres des affaires humaines : « Qu’ils méditent d’abord sur les besoins du moment, qu’ils tiennent conseil et, après avoir consciencieusement et longuement délibéré, qu’ils administrent à un monde malade et cruellement atteint, le remède qu’il requiert. »

Du manque à l’abondance : Reconnaître la capacité de toutes les populations et toutes les personnes à apporter une contribution significative

Du manque à l’abondance : Reconnaître la capacité de toutes les populations et toutes les personnes à apporter une contribution significative

Commission du développement social Cinquante-cinquième session

1er-10 février 2017

Suite donnée au Sommet mondial pour le développement social et à la vingt-quatrième session extraordinaire

de l’Assemblée générale : thème prioritaire : stratégies d’élimination de la pauvreté visant à parvenir

à un développement durable pour tous

[UN Translation]

New York—1 February 2017

« Des  personnes  peuvent  être  pauvres  individuellement  tout  en  étant, collectivement,   source   d ’une   grande   richesse   dans   la   communauté. »   (Une personne aidant des communautés d ’Afrique centrale à créer des écoles soutenues au niveau local.)

L’élimination  de  la  pauvreté  est  un  objectif  des  Nations  Unies  depuis plusieurs décennies, mais les solutions durables se font encore attendre. Tandis que des  représentants se  réunissent pour  définir  des  « stratégies d’élimination de  la pauvreté visant à parvenir à un développement durable pour tous », nous devons nous demander, avec franchise et honnêteté, pourquoi une part consi dérable de la population mondiale est encore privée de ressources matérielles de base.

L’éventail des problèmes profondément enracinés dans nos sociétés actuelles est révélateur d’un ordre économique de plus en plus dysfonctionnel. Les fléaux que  sont  la  richesse  et  la  pauvreté  extrêmes,  les  inégalités  croissantes  et  la corruption systémique déstabilisent les sociétés et déchirent le tissu social d ’un trop grand nombre de communautés. Au bout du compte, ces problèmes mettent en évidence l’absence de véritable consensus social sur des aspects fondamentaux des arrangements économiques contemporains : qu’est-ce que le travail, à quoi sert la richesse et quels sont les devoirs de chacun envers son prochain et envers la communauté? Il est donc dans l’ordre naturel des choses qu’une société qui loue sans vergogne la richesse matérielle devienne profondément inégale, ou encore que les puissances de l’argent, délestées de toute contrainte de responsabilité sociale, façonnent les lois de manière à perpétuer des for mes d’inégalité insurmontables.

Le  traitement  de  questions  structurelles  telles  que  celles -ci  exige  une approche novatrice de la part de pans de population qui n ’ont pas toujours été vus comme des sources de réponses. À cet égard, la Bahá’í International Community estime qu’il sera essentiel pour le système des Nations Unies de développer son aptitude à identifier le potentiel et la force de populations qui, dans certains cas, ont  pu  être  étiquetées  comme  « marginalisées ».  Plus  simplement,  tout  progrès durable vers l’élimination de la pauvreté passera par la transition d ’une mentalité du manque vers une mentalité de l ’abondance.

Le  progrès  en  ce  sens  est  déjà  en  marche,  ne  serait -ce  qu’au  niveau  du discours. Il ressort de plus en plus souvent des débats sur le développement que les communautés disposant de ressources financières limitées ne sont ni silencieuses ni inactives avant que n’arrivent les acteurs internationaux. Dans le même temps, les interactions avec ces populations sont souvent envisagées sous l e prisme des besoins,  des  difficultés,  des  lacunes  et  des  manques.  La  capacité  d ’action  des communautés à faible revenu est reconnue sur le plan théorique. Mais sur le plan fonctionnel, elles  sont  souvent surtout vues  comme des bénéficiaires de programmes  de  services  et  d’aide :  on  leur  demande  ce  qu’elles  pensent  et préfèrent dans une certaine mesure, mais on ne les considère que rarement comme des  interlocutrices  capables  ou  les  partenaires  d ’égal  à  égal  d’une  entreprise collaborative.

Cette  dichotomie  entrave  les  efforts  déployés  pour  s ’attaquer  aux  causes profondes  de  la  pauvreté.  Les  conjectures,  partis  pris  et  préjugés  grèvent  la capacité productive, tandis que les avancées sont sous -estimées ou dédaignées. La mise en œuvre des innovations à faible ni veau de technicité est, à ce titre, assez parlante. Les modes de vie ruraux voient émerger des progrès notables en matière d’efficacité énergétique et de production d ’énergie renouvelable. La portée de ces évolutions  est  universelle  dans  la  mesure  où  la  co nsommation  d’énergie  doit devenir plus durable que ce soit dans les pays à haut niveau de revenu ou les pays à faible niveau de revenu. Or ces innovations ne sont souvent considérées comme pertinentes que là où elles apparaissent : éventuellement approprié es dans le cadre de la coopération Sud -Sud, mais inadaptées aux besoins et réalités des sociétés industrialisées.

Au-delà de leur capacité d ’innovation technologique, les populations à faible revenu affichent aussi un potentiel en matière d ’innovation sociale. En définitive, l’élimination  de  la  pauvreté  ne  peut  se  contenter  de  la  seule  distribution  de ressources matérielles ni se limiter à des considérations comptables. La lutte réelle et durable contre la pauvreté passera par l ’élaboration de nouveaux mod èles de société  tenant  compte  de  principes  moraux  et  spirituels  tels  que  l ’équité,  la solidarité, la justice et la compassion. Il faudra imaginer de nouvelles manières d’être ensemble, de nouveaux moyens d ’envisager le rapport à l ’autre, de nouveaux modes  d’organisation  de  nos  affaires  individuelles  et  collectives.  Et  dans  ce domaine, les zones à haut revenu n ’ont pas plus de connaissances ou de savoir - faire que les zones à faible revenu. Les habitants d ’un village des steppes des hauts plateaux sont tout aussi capables d’instaurer des modes de vie sociale cohérents et dynamiques que ceux d ’un immeuble dressé au cœur d ’une métropole.

Les   difficultés   auxquelles   se   heurtent   les   communautés   pauvres   en ressources  matérielles  sont  importantes.  Ces  populations au ront  besoin,  comme toute autre, de soutien, d ’éducation, de formation et d ’assistance. Ce qui doit être clairement  admis,  toutefois,  c ’est  qu’aucun  groupe  ni  région  n’a  la  capacité d’éliminer la pauvreté dans le monde tout seul, en s ’en tenant à sa seule manière de voir et guidé par sa seule interprétation des enjeux. D ’un point de vue pratique, l’ampleur des transformations nécessaires est tout simplement trop importante. Or une réalité morale entre également en jeu, qui veut que tout progrès de l ’humanité exige des efforts de tout e l’humanité. De  même que tout membre de la famille humaine a le droit de profiter des bienfaits d ’une civilisation prospère d ’un point de vue matériel, social et spirituel, tout membre est capable de contribuer à sa construction.

Faire   siennes   les   implications   de   ce   principe   fondamental   revient   à reconnaître qu’aucun groupe n’est encore en mesure de permettre l ’avènement du monde auquel nous aspirons, collectivement, pour nous -mêmes et pour nos enfants. Pour  y  parvenir,  les  popul ations  financièrement  riches  dépendent  autant  des populations défavorisées que  l ’inverse. De  même,  le  monde  « développé »  aura autant à apprendre du monde « en développement » que vice-versa ces prochaines années. Cette manière d ’envisager l’avenir représente un défi pour certains et va à l’encontre des idéologies d ’exceptionnalité ou d’unicité. Mais une dépendance de cette nature, exprimée par des rapports de soutien et d ’aide mutuelle, est source d’une grande force, et non de faiblesse. Grâce à elle, c ’est le principe fondamental qui  veut  que  l’action  sociale  doive  s’appuyer  sur  l’idéal  de  la  participation universelle  qui  s’exprime.  Et  c’est  sur  ses  bases  que  des  domaines  longtemps

exclus ou négligés pourront être perçus comme des sources dynamiques d ’idées, d’outils, de ressources et d ’approches en tout point aussi efficaces − et nécessaires

− dans les zones à haut revenu que dans les zones à faible revenu.

Pour traduire ces idéaux en réalités concrètes, les défis devront être parfaitement identifiés, en particulier par les organes multilatéraux tels que la Commission du développement social. Or le Programme 2030 est un processus universel, et cette universalité fournit justement un puissant vecteur de reconceptualisation du rôle que les différents acte urs, notamment les populations les moins riches, jouent dans l ’élimination de la pauvreté.

La  reconnaissance  du  potentiel  constructif  de  milliers  de  communautés locales, chacune associée à un contexte et une réalité propres, passera par un processus profondément local. Ainsi, le progrès résultera moins du fait de trouver la « bonne » politique et de son application tous azimuts que d ’une compréhension approfondie du processus grâce auquel les approches efficaces sont définies, mise s en œuvre et modifiées.

Comment cela se traduirait-il dans la pratique? Les mesures susceptibles d’aider les Nations Unies et la Commission du développement social à identifier et reconnaître la capacité où elle se trouve sont les suivantes :

  • Élargir la manière de concevoir l ’expertise et les sources de solutions. Les forums internationaux cherchent souvent des solutions dans un ensemble restreint de sources possibles. Les chercheurs et spécialistes des politiques apportent  des  contributions  précieuses,  mais  la  dépendance  exce ssive  à l’égard de ces ressources peut entraîner l ’appauvrissement du discours, ce qui risque d’entraîner une fixation sur des recettes et ajustements de politiques d’ordre   strictement   technique.   Or,   il   faut   aussi   être   à   l’écoute   des communautés s’employant à  nourrir des modèles d ’interaction sociale plus humains, des personnes s’efforçant de renforcer les capacités d ’autrui et des institutions cherchant à utiliser la connaissance traditionnelle pour relever les défis  contemporains.  Les  compétences de  ce  ty pe  doivent  être  sciemment recherchées et prises en compte dans le débat mondial.
  • Solliciter  les  connaissances  des  bénéficiaires  des  politiques.  Il  n’est  que justice que les représentants des communautés touchées par les politiques participent  à   l’élaboration  de  celles-ci.  Or   « une   place  à   table »  peut facilement être perçue comme un geste purement symbolique. Les décideurs doivent donc être, si ce n’est enthousiaste à cette idée, du moins disposés à tirer  des  enseignements constructifs de  partenaires  sur  le  terrain.  Ce  n’est
  • qu’en incluant les collaborateurs locaux de cette manière qu ’il pourra être dit que leurs initiatives cherchent réellement les solutions partout où elles se trouvent.
  • Chercher des solutions universelles auprès des populations à faible revenu. Le temps où les zones à haut revenu étaient ouvertement portées aux nues en tant que modèle sociétal idéal est révolu. Il n ’est donc plus concevable que les réalisations de certaines populations soient écartées au prétexte qu ’elles ne seraient applicables qu’aux communautés dont les ressources financières sont limitées. Si la communauté internationale doit reconnaître avec sincérité le potentiel des zones à  faible revenu, elle doit se préparer à  identif ier leurs atouts, à adopter leurs réali sations et à tirer parti de leur expérience.
  • Recueillir le récit des approches qui ont fait leur s preuves. La collecte de données    numériques   est    importante,   mais    l ’apport    de    50 personnes contribuant  activement  au  débat  en  émettant  des  idées  et  en  posan t  des questions est bien plus riche que celui de 50 spectateurs passifs. Outre étudier en  détail  les  politiques  qui  ont  produit  des  résultats,  il  est  important  de recueillir  et  de  raconter  l ’histoire  qui  se  cache  derrière  chaque  succès : comment chaque initiative a été mise en œuvre, comment elle a évolué, comment les objections ont été levées et comment leurs différents aspects ont été communiqués. Ce type d’analyse quantitative contribue à concevoir la réflexion sous l’angle des leçons apprises et permet d’extraire, de regrouper et de mettre en œuvre les retours d ’expérience en vue d ’une action future.

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