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Vers une Humanité Prospère

Vers une Humanité Prospère

3 March 1995

A peine imaginable il y a seulement dix ans, l'idéal d'un monde en paix prend forme et substance. Des obstacles qui ont longtemps paru insurmontables se sont effondrés sur le chemin de l'humanité, des conflits qui semblaient insolubles commencent à céder devant un esprit de dialogue et une volonté de solution ; un désir d'opposer une action internationale unie à une agression militaire fait peu à peu son chemin. On voit ainsi s'éveiller tant parmi les peuples que parmi les dirigeants un certain espoir, espoir qui a bien failli mourir. 

A travers le monde, d'immenses énergies intellectuelles et spirituelles cherchent à s'exprimer et la pression qu'elles exercent est à la mesure des frustrations des dernières décennies. Partout, les peuples de la terre, par une multitude de signes, affirment leur désir de voir la fin des conflits, des souffrances et de la ruine dont nul pays n'est à l'abri. Il faut tirer parti de ces nouvelles aspirations au changement pour vaincre les dernières résistances à la concrétisation du rêve séculaire de paix mondiale. Cette entreprise exige un effort de volonté impossible à susciter par de simples appels à lutter contre les innombrables maux qui affligent l'humanité. Cet effort doit être stimulé par la perspective d'une humanité prospère au plein sens du terme, autrement dit, par la prise de conscience des possibilités de bien-être matériel et spirituel désormais à sa portée. Tous les habitants de la planète devront en bénéficier, sans conditions préalables qui n'ont aucun lien avec les finalités essentielles de cette réorganisation des relations entre les hommes. 

A ce jour, l'Histoire a surtout relaté le vécu de tribus, de cultures, de classes et de nations. Aujourd'hui, l'unification physique de la planète et la reconnaissance de l'interdépendance de tous ses habitants ouvrent enfin la porte à l'histoire d'un seul peuple, l'humanité. Le caractère humain lent et long à se civiliser, a suivi un processus sporadique et inégal, lequel processus, reconnaissons-le, fut souvent injuste pour répartir des avantages matériels. Néanmoins, les habitants de la terre, riches de toute la diversité génétique et culturelle acquise au cours des âges sont désormais mis au défi de puiser dans leur patrimoine commun pour assumer consciemment et méthodiquement la responsabilité de construire leur avenir. 

Comment imaginer formuler la prochaine étape de l'évolution de la civilisation sans remettre en cause les attitudes et les postulats qui sous-tendent les approches actuelles du développement économique et social ? De toute évidence, il faudra repenser les questions concrètes de politique, l'utilisation des ressources, les procédures de planification, les méthodes de mise en oeuvre et les problèmes d'organisation. Ce faisant, les questions les plus fondamentales ne tarderont pas à se poser : quels buts faut-il poursuivre à long terme ? quelles structures sociales seront nécessaires ? quels effets les principes de justice sociale auront sur le développement ? quelle sera la nature du savoir ? comment contribuera-t-il à opérer un changement durable ? Bref, cette nouvelle façon de considérer les choses conduira nécessairement à rechercher un large consensus sur le sens même de la nature humaine. 

Deux voies s'ouvrent directement à nous pour débattre de ces problèmes, conceptuels ou concrets, et c'est en empruntant ces voies que nous allons analyser dans les pages qui suivent comment élaborer une stratégie du développement global. La première voie concerne les opinions dominantes sur la nature et la finalité du développement ; la seconde porte sur les rôles attribués aux différents protagonistes. 

Les présupposés qui président à la plupart des systèmes de planification du développement sont essentiellement matérialistes. Le but du développement y est en effet défini comme la mise en oeuvre réussie, dans toutes les sociétés, des moyens d'atteindre à la prospérité matérielle ; moyens qui à travers des essais et des erreurs, caractérisent déjà, empiriquement la démarche suivie dans certaines parties du monde. Certes quelque chose est en train de changer dans le discours sur le développement pour s'adapter aux différences de cultures et de systèmes politiques et répondre aux menaces graves qui pèsent sur l'environnement, mais pour l'essentiel le matérialisme des présupposés de base n'est guère contesté. 

Au soir du vingtième siècle, il n'est plus possible de persister à croire que l'approche du développement économique et social, née de la conception matérialiste de la vie puisse répondre aux besoins de l'humanité. Les prévisions optimistes relatives aux transformations que cette approche aurait dû provoquer se sont toutes dissipées dans l'abîme qui sépare toujours plus, d'une part les niveaux de vie d'une petite minorité de la population en régression relative, et, d'autre part, la pauvreté qui afflige la grande majorité des habitants de la planète. 

Cette crise économique sans précédent, jointe à l'effondrement social qu'elle a contribué à provoquer, témoigne de la faillite d'une certaine conception de la nature humaine. En effet, les réactions des êtres humains aux stimuli liés à l'état actuel des choses se révèlent non seulement inadéquates, mais paraissent quasi dérisoires par rapport aux événements qui se déroulent dans le monde. Cela montre que, si la société ne fixe pas à son évolution un objectif qui dépasse la pure et simple amélioration des conditions de vie matérielles, elle n'atteindra même pas ce simple objectif. Ce but est à rechercher dans la dimension spirituelle de la vie et dans une motivation qui transcende le paysage économique toujours mouvant et la division des sociétés humaines artificiellement imposée comme "développées" et "en développement". 

Tout en redéfinissant l'objectif du développement, il apparaîtra nécessaire de revoir les conceptions sur la conformité des rôles à jouer par les protagonistes. Inutile de s'étendre sur celui crucial des pouvoirs publics à tous les niveaux. Les générations futures auront néanmoins du mal à comprendre qu'en une époque où l'on valorise une philosophie égalitaire et les principes démocratiques associés, la planification pour le développement n'envisage les peuples que comme de simples bénéficiaires d'aides et de formations octroyées. Même s'il est reconnu que le principe de la participation s'impose, la marge de manoeuvre laissée à la plupart des populations du monde est, au mieux, limitée à un choix d'actions formulé par des institutions qui leur sont inaccessibles et déterminée par des objectifs qui ne cadrent souvent pas avec leur perception de la réalité des faits. 

Explicitement ou non, cette approche matérialiste est également partagée par les religions établies. Alourdie par une longue tradition de paternalisme, la pensée religieuse dominante semble incapable de traduire une foi, certes affirmée, dans la dimension spirituelle de la nature humaine en un sentiment de confiance dans l'aptitude de l'ensemble de l'humanité à transcender sa condition matérielle. 

Cette attitude fait l'impasse sur ce qui est probablement le phénomène social le plus important de notre époque : s'il est vrai que les gouvernements de la planète s'efforcent, par le biais du système des Nations Unies de construire un nouvel ordre mondial, il est tout aussi vrai que cette même perspective galvanise les peuples du monde. Leur réaction a pris la forme d'une prolifération soudaine de mouvements et d'organisations oeuvrant pour un changement social aux niveaux local, national et international. Les droits de l'homme, la promotion de la condition féminine, les exigences sociales d'un développement écono- mique durable, la lutte contre les préjugés, l'éducation morale des enfants, l'alphabétisation, les soins primaires de santé, la défense d'une série d'autres intérêts vitaux, tout cela exige l'engagement d'urgence d'organisations où milite, dans toutes les parties du globe, un nombre croissant d'individus. 

Cette réponse des peuples aux besoins criants de l'époque fait écho à l'appel lancé par Bahá'u'lláh, il y a plus d'un siècle : "Soyez vigilants aux besoins de votre époque et concentrez vos délibérations sur ses nécessités et sur ses exigences." Radicale du point de vue de l'histoire de la civilisation, cette modification dans la façon dont un grand nombre de gens ordinaires en vient à se considérer soulève des questions fondamentales quant au rôle à assigner àl'ensemble de l'humanité dans la planification du devenir de notre planète. 

I. L'UNITÉ DU GENRE HUMAIN

Le principe de base d'une stratégie qui engage la population mondiale à assumer la responsabilité de son destin collectif doit se fonder sur la conscience de l'unité du genre humain. D'une simplicité trompeuse lorsqu'énoncé en termes généraux, le concept de l'humanité formant un seul peuple exprime une remise en cause fondamentale de la manière dont la plupart des institutions de la société contemporaine fonction- nent. Que ce soit sous la forme de la compétition pour l'accession au pouvoir dans les institutions publiques, du principe de l'assistanat dans la plaidoirie qui inspire presque l'ensemble du droit civil, de l'apologie de la lutte des classes et des autres groupes sociaux, ou encore de l'esprit de concurrence qui domine tant d'aspects de la vie moderne, la relation conflictuelle est partout acceptée comme le mobile principal des relations humaines. Or le conflit n'est, entre autres, que l'expression, dans l'organisation sociale, d'une interprétation matérialiste de la vie qui s'est progressivement imposée ces deux derniers siècles. 

 

Dans une lettre adressée à la Reine Victoria il y a plus d'un siècle, Bahá'u'lláh, par analogie avec le seul modèle d'organisation planétaire prometteur, compare le monde au corps humain. En effet, dans le monde phénoménal, où trouver un modèle plus convaincant pour organiser la société à l'échelle de la planète ? Certes celle-ci est composée non d'une masse de cellules à peine différenciées, mais d'assemblage d'individus pourvus, chacun, d'intelligence et de volonté ; il n'en reste pas moins que les modes de fonctionnement biologique qui caractérisent la nature de l'homme illustrent parfaitement quelques principes fondamentaux de l'existence, et notamment celui de l'unité dans la diversité. Paradoxalement c'est précisément l'intégrité et la complexité de la constitution de l'organisme humain - et l'intégration parfaite des cellules dans cet ensemble complexe - qui permettent la pleine expression des capacités particulières inhérentes à chaque composant. Aucune cellule ne peut vivre séparée du corps, tant pour son apport au fonctionnement de l'ensemble que pour recevoir sa part du bien-être général. Et ainsi le bien-être physique trouve sa raison d'être en rendant possible l'expression de la conscience humaine ; autrement dit, la finalité du développement biologique transcende la simple existence du corps et de ses éléments. 

Ce qui est vrai de l'individu l'est aussi de la société humaine. Le genre humain est un tout organique, à la pointe de l'évolution. Que la conscience humaine agisse nécessairement par l'intermédiaire d'une infinie diversité d'esprits et de motivations individuelles, ne porte en rien atteinte à son unité essentielle. En fait, c'est précisément une diversité intrinsèque qui différencie l'unité de l'homogénéité ou de l'uniformité. Ce à quoi sont confrontés les peuples du monde aujourd'hui, nous dit Bahá'u'lláh, c'est la nécessité d'entrer dans l'âge adulte. Et c'est ainsi par l'éclosion de cette maturité du genre humain que le principe de l'unité dans la diversité trouvera sa pleine expression. Depuis la consolidation de la famille, au tout début, l'organisation sociale est passée des structures simples du clan et de la tribu à la naissance de l'Etat-nation en passant par des formes plus diversifiées de sociétés urbaines, offrant, à chaque étape, aux individus une profusion d'opportunités nouvelles pour exercer leurs talents. 

Il est clair que le progrès de l'humanité ne s'est point fait au détriment de l'individualité humaine. Plus l'organisation sociale est devenue complexe et plus elle a permis aux êtres humains de développer les facultés latentes en chacun d'eux. Les relations individu-société étant réciproques, la transformation désormais nécessaire doit apparaître simultanément dans les consciences et dans la structure des institutions sociales. C'est dans les possibilités offertes par cette double transformation qu'il faudra rechercher l'objectif d'une stratégie de développement mondial. A ce stade crucial de l'histoire, cet objectif ne peut être que d'établir les fondations durables sur lesquelles bâtir progressivement une civilisation planétaire. 

Poser les bases d'une civilisation mondiale revient à créer des lois et des institutions de nature et de portée universelles. L'effort ne pourra être amorcé que lorsque le concept de l'unité de l'humanité aura été accepté sans réserves par ceux qui ont la responsabilité de prendre des décisions et lorsque les principes qui en découlent seront propagés par les systèmes d'éducation et par les moyens de communication. Une fois ce seuil franchi, le mouvement ainsi déclenché poussera les peuples de la terre à formuler des objectifs communs et à s'engager à les atteindre. De plus, seul un changement de cap aussi radical pourra les protéger des vieux démons des luttes ethniques et religieuses. Ce n'est en effet qu'en prenant conscience qu'ils ne forment qu'un seul peuple que les habitants de cette planète seront en mesure de se détourner des schémas conflictuels qui ont dominé l'organisation sociale du passé, et qu'ils commenceront à emprunter les voies de la collaboration et de la réconciliation. "Le bien-être de l'humanité, sa paix et sa sécurité ne pourront être obtenus", affirme Bahá'u'lláh, "tant que son unité n'est fermement établie". 

II. LA JUSTICE

La justice est la seule force qui puisse transformer la conscience naissante de l'unité de l'humanité en une volonté collective capable d'ériger sereinement les structures nécessaires à une vie communautaire mondiale. A une époque où il est de plus en plus facile aux peuples du monde d'avoir accès à une information multiforme et à une grande diversité d'idées, la justice s'imposera comme le principe directeur d'une organisation sociale réussie. Il faudra de plus en plus souvent soumettre le projet de développement de la planète à l'éclairage impartial de ses normes. 

 

Au niveau de l'individu, la justice est cette faculté de l'âme humaine qui permet à chacun de distinguer le vrai du faux. Bahá'u'lláh affirme qu'elle est, aux yeux de Dieu, "la chose préférée" puisqu'elle donne à tout individu les moyens de voir par ses propres yeux et non par ceux des autres, de connaître par son propre jugement plutôt que par celui de son voisin ou de son groupe. Elle exige de nous un jugement impartial, un comportement équitable envers autrui ; elle est donc une compagne constante, quoiqu' exigeante, dans chaque acte quotidien de notre vie. 

Au niveau du groupe, le souci de justice est l'indispensable repère d'une prise de décision collective, car c'est le seul moyen de parvenir à l'unité de pensée et d'action. Loin d'encourager l'esprit punitif qui lui a si souvent servi de masque par le passé, la justice est l'expression concrète de la notion, qu'en matière de progrès, les intérêts de l'individu et ceux de la société sont inextricablement liés. Dans la mesure où la justice devient la règle des relations humaines, un climat d'échange s'installe qui permet alors d'examiner, sans passion, les options en présence et d'adopter une ligne de conduite appropriée. Dans un tel climat, les éternelles tendances à la manipulation et à l'esprit partisan ont bien moins de chance d'infléchir le processus de prise de décision. 

Les conséquences pour le développement économique et social en sont profondes. Le souci de justice protège la tâche de définir le progrès de la tentation de sacrifier le bien-être de la majeure partie de l'humanité - voire de la planète elle-même - au nom de progrès technologiques dont les retombées ne bénéficient qu'à des minorités privilégiées. En matière de conception et de planification, il empêche que des ressources limitées ne soient détournées au profit de projets étrangers aux priorités économiques et sociales essentielles d'une communauté. Mais surtout, seuls les programmes de développement susceptibles de satisfaire les besoins de l'humanité et dont les objectifs sont considérés justes et équitables auront des chances de gagner l'adhésion de masses dont dépend leur mise en oeuvre. Si tous les membres de la société - voire tous les groupes qui la composent - étaient assurés que des règles les protègent et qu'ils bénéficieront tous équitablement des fruits escomptés, ils réussiraient à faire preuve de qualités d'honnêteté, d'ardeur au travail et d'esprit de coopération nécessaires à la réalisation de grands objectifs collectifs, même astreignants. 

Ainsi la question des droits de l'homme se trouve au coeur du débat sur la stratégie du développement économique et social. Concevoir une stratégie de ce type exige de se défaire de l'emprise des fausses dichotomies qui ont longtemps tenu les droits de l'homme en otage. Se préoccuper d'assurer à tous la liberté de pensée et d'action menant à l'épanouissement personnel ne justifie pas le culte de l'individualisme qui corrompt si profondément de nombreux pans de la vie contemporaine. Se soucier du bien-être de la société dans son ensemble n'implique pas non plus qu'il faille déifier l'Etat, supposé être la source du bien-être de l'humanité. Bien au contraire, l'histoire de notre siècle montre à l'évidence que ces idéologies et les démarches partisanes auxquelles elles conduisent se révèlent être les principaux obstacles à la satisfaction des intérêts qu'elles prétendent servir. Ce n'est que dans un cadre consultatif, rendu possible par la conscience de l'unité organique de l'humanité que toutes les facettes de la question des droits de l'homme peuvent trouver une expression légitime et créative. 

Aujourd'hui, l'organisme à qui revient la tâche de créer un cadre pour promouvoir les droits de l'homme et les préserver de ceux qui voudraient les exploiter est constitué par le système des institutions internationales issu de ces terribles tragédies qu'ont été les deux guerres mondiales et de l'expérience d'une crise économique planétaire. Il est révélateur que l'expression "droits de l'homme" ne soit d'emploi courant que depuis la promulgation de la Charte des Nations Unies en 1945 et l'adoption de la Déclaration universelle des droits de l'homme, trois ans plus tard. Ces documents historiques ont formellement reconnu que l'instauration de la paix dans le monde doit aller de pair avec celle de la justice sociale. Le fait que cette déclaration ait été votée en Assemblée Générale sans opposition lui a conféré d'emblée une autorité qui n'a depuis cessé de se renforcer. 

L'activité la plus intimement liée à la conscience, qui est le propre de la nature humaine, est la faculté d'explorer personnellement la réalité. La liberté de rechercher le but de l'existence et de développer des dons potentiels, qui rendraient un tel but accessible, a besoin d'être protégée. Les êtres humains ont le droit d'accéder librement au savoir. Qu'une telle liberté soit souvent dévoyée et que ce dévoiement soit, de façon flagrante encouragée par certains aspects de la société contemporaine n'enlève rien à la validité de cet élan. 

Cet élan distinctif de la conscience humaine est la justification morale de nombre des droits inscrits dans la Déclaration universelle et dans d'autres pactes y relatifs. L'éducation universelle, la liberté de mouvement, l'accès à l'information et la possibilité de participer à la vie politique sont tous des aspects de son action qui nécessitent une garantie explicite de la part de la communauté internationale. Il en est de même de la liberté de pensée et de croyance, qui inclut la liberté religieuse, ainsi que du droit d'avoir des opinions et de les exprimer correctement. 

L'humanité étant une et indivisible, chacun de ses membres est un gage qui lui est confié dès la naissance. Cette responsabilité constitue le fondement moral de la plupart des autres droits - économiques et sociaux notamment - que les textes des Nations Unies tentent de définir : droit à la sécurité de la famille et du foyer, droit à la propriété et à la vie privée. La communauté pour sa part, a, entre autres, l'obligation de fournir du travail, de pourvoir aux besoins de santé physique et mentale, d'assurer une sécurité sociale, un salaire décent, des périodes de repos et de loisirs, enfin d'offrir toute une série d'autres services que les membres d'une société peuvent légitimement attendre d'elle, à titre individuel. 

Ce principe de responsabilité collective signifie aussi que tous sont en droit d'attendre des lois nationales et internationales qu'elles préservent les éléments culturels essentiels à l'identité de chacun. A l'instar du réservoir génétique de la vie biologique de l'être humain et de son environnement, l'immense richesse de notre variété culturelle, acquise au fil de milliers d'années est vitale au développement économique et au progrès social d'une race humaine qui, dans son intégralité, atteint la maturité. Elle représente un patrimoine qui devrait pouvoir fructifier dans le cadre d'une civilisation mondiale. D'une part, il faut protéger les expressions culturelles des influences matérialistes étouffantes actuellement à l'oeuvre, d'autre part permettre aux cultures d'agir les unes sur les autres pour former des modèles de civilisation en constante mutation, libres de toute manipulation à des fins politiques partisanes. 

Bahá'u'lláh écrit : "La justice est la lumière des hommes. Ne l'étouffez pas avec les vents contraires de l'oppression et de la tyrannie. Le but de la justice est de faire naître l'unité parmi les hommes. L'océan de la sagesse divine s'enfle à l'intérieur de ce mot sublime tandis que tous les livres du monde n'en peuvent contenir le sens profond." 

III. REDÉFINITION DES RELATIONS HUMAINES

Pour que les droits de l'homme, que la communauté des nations est en phase d'élaborer, acquièrent force de normes internationales applicables, une redéfinition en profondeur des relations humaines s'impose. Les conceptions actuelles de ce qui est naturel et approprié dans les relations - entre les êtres humains, entre ceux-ci et la nature, entre l'individu et la société ou encore entre les membres de la société et ses institutions - ne sont que le reflet de niveaux de compréhension atteints par la race humaine au cours des étapes antérieures de son évolution alors qu'elle était moins mûre. S'il est vrai que l'humanité accède maintenant à l'âge adulte, que tous les habitants de la planète ne forment qu'un seul peuple et que la justice doit devenir le principe directeur de l'organisation sociale, alors les conceptions actuelles nées de l'ignorance de ces nouvelles réalités qui émergent doivent être modifiées. 

Un mouvement commence à s'ébaucher dans cette direction. Il conduira peu à peu à une nouvelle idée de la famille, des droits et des devoirs de chacun de ses membres. Il transformera totalement le rôle des femmes à tous les niveaux de la société. Il aura des effets considérables sur le réajustement du rapport de l'individu à son travail et sur la compréhension de la place que doit prendre l'activité économique dans sa vie. Il conduira à des transformations profondes de la façon de gérer les affaires humaines et les institutions créées pour assurer cette gestion. Il incitera les organisations non-gouvernementales, de plus en plus nombreuses, à rationaliser davantage leurs activités. Il permettra la création d'une législation contraignante pour la protection de l'environnement et la satisfaction des besoins de développement de tous les peuples. Enfin, la restructuration ou la transformation du système des Nations Unies que ce mouvement est déjà en train d'initier, aboutira à n'en point douter à l'établissement d'une fédération mondiale des nations disposant de ses propres organes législatif, judiciaire et exécutif. 

Au coeur de cette reformulation du système des relations humaines il y a ce que Bahá'u'lláh nomme la consultation. "En toute chose il est nécessaire de se consulter", conseille-t-il. "Le don de la compréhension des réalités ne mûrit véritablement que grâce à la consultation." 

Le type de recherche de vérité qu'exige cette consultation, est très différent des modes de négociations et de compromis qui tendent à caractériser aujourd'hui le débat actuel sur les affaires humaines. Elle ne peut s'effectuer dans une culture de contestation, autre caractéristique majeure de la société contemporaine, au risque d'en être profondément perturbée. Débats, propagande, méthode d'affrontement, tout l'appareil de la politique partisane, si longtemps l'apanage courant des actions collectives, est fondamentalement nuisible à l'objectif de cette recherche, à savoir, parvenir à un consensus sur la réalité d'une situation précise et prendre la mesure la plus sage parmi toutes les options offertes à un moment donné. 

Dans la consultation conseillée par Bahá'u'lláh, chacun s'efforce de dépasser son point de vue pour participer comme membre d'un organisme aux intérêts et buts propres. Dans cette atmosphère de franchise et de courtoisie, l'individu n'est pas propriétaire des idées qui lui sont apparues pendant la discussion, elles appartiennent au groupe, dans son ensemble qui est libre de les accepter ou non, ou encore de les repenser pour servir au mieux le but poursuivi. Une consultation ne réussit que dans la mesure où tous les participants adhèrent aux décisions finalement prises, quelle que soit l'opinion qu'ils avaient chacun au départ. Dans de telles conditions rien n'interdit de revenir sur une décision antérieure si celle-ci révèle à l'usage des imperfections. 

Vue sous cet angle, la consultation est l'expression concrète de la justice opérant dans les affaires humaines. Elle est si vitale à la réussite de toute entreprise collective qu'elle doit nécessairement devenir un élément fondamental d'une stratégie de développement économique et social qui aurait des chances d'aboutir. En fait, les individus dont l'engagement et les efforts conditionnent le succès de ce type de stratégie ne pourront y participer que si tout projet fait de la consultation son principe d'organisation. "Nul ne peut atteindre son rang véritable excepté par son sens de la justice", constate Bahá'u'lláh. "Il n'y a de force que dans l'unité. Seule la consultation peut mener à la prospérité et au bien-être." 

IV. SCIENCE ET RELIGION

L'épanouissement d'une société mondiale demande des niveaux de compétence qui dépassent tout ce que l'espèce humaine a été capable de réunir jusqu'ici. Pour y arriver, il faudra ouvrir considérablement aux individus et aux organisations sociales l'accès à la connaissance. L'éducation généralisée sera, certes, une compagne indispensable de ce processus, mais l'effort ne réussira que dans la mesure où les affaires humaines seront réorganisées de sorte qu'individus et groupe aient la possibilité d'acquérir la connaissance pour l'appliquer à la transformation de la société. 

Les chroniques de l'histoire témoignent que deux sources de connaissance ont permis à la conscience humaine d'exprimer progressivement ses potentialités: la science et la religion. Ce sont elles qui organisèrent le vécu des hommes, dessinèrent son environnement ; ce sont par elles que s'exprimèrent ses pouvoirs latents, que sa vie morale et sa vie intellectuelle furent disciplinées. Elles furent les vrais géniteurs de la civilisation. Avec le recul, il est évident que cette double structure, la science et la religion, a surtout été efficace aux temps où, chacune dans sa propre sphère, elles ont su travailler de concert. 

Le respect presque universel dont jouit aujourd'hui la science étant chose acquise, il n'est pas nécessaire d'insister sur ses titres de noblesse. Dans le cadre d'une stratégie de développement économique et social, la vraie question serait plutôt de savoir comment organiser l'activité scientifique et technologique. S'il s'agit de préserver le privilège des élites en place vivant dans un nombre restreint de pays, il est évident que l'énorme fossé qu'une telle organisation a déjà creusé entre riches et pauvres sur la planète continuera de s'élargir, avec les conséquences désastreuses pour l'économie déjà ci-dessus énoncées. Si on continue à penser la plus grande partie des peuples comme un ensemble de consommateurs de biens que la science et la technique ont produits ailleurs, on pourra difficilement baptiser "développement" des programmes soi-disant organisés pour servir les besoins de l'humanité. 

La croissance de l'activité scientifique et technique est donc un défi aussi énorme qu'important. Des instruments de transformation sociale et économique aussi puissants ne doivent plus être le patrimoine de certaines branches privilégiées de la société aux dépens des autres ; il est nécessaire de les réorganiser de telle sorte que tous puissent en bénéficier selon leurs possibilités. Réorganiser signifie créer des programmes qui mettent a la disposition de tous ceux qui peuvent en tirer profit, l'éducation nécessaire à leur participation et établir, dans le monde entier, des centres d'apprentissage viables qui permettront de développer la capacité des peuples à participer au développement et à la mise en application de la connaissance. En effet, la stratégie du développement bien que reconnaissant la grande différence d'aptitude entre individus, doit prioritairement donner les moyens à tous les peuples du monde d'accéder sur une base égale à cette science et à cette technologie auxquelles, ils ont, de naissance, droit. Les arguments habituels en faveur du statu quo sont de plus en plus faibles au vu de l'accélération des techniques de communication qui portent maintenant l'information et la formation vers le plus grand nombre de gens possible autour du globe, où qu'ils soient et quelle que soit leur culture. 

Quoique de nature différente, les défis que devra relever l'humanité dans sa vie religieuse sont tout aussi impressionnants. L'idée que la nature humaine a une dimension spirituelle - en réalité que son identité fondamentale est spirituelle - est une vérité qui, pour la grande majorité du monde n'a pas besoin de démonstration. Cette perception de la réalité, signalée dans les plus anciennes traces de la civilisation, fut entretenue pendant des millénaires par chacune des grandes traditions religieuses de l'histoire de l'humanité. Ses réalisations durables dans le domaine des lois, des arts et dans l'amélioration des relations humaines donnent à l'histoire épaisseur et sens. Sous une forme ou une autre, les apports de la religion influencent au quotidien la vie de la plupart des gens sur terre et, comme le montrent les événements dramatiques d'aujourd'hui, les désirs qu'elle éveille sont inextinguibles et incroyablement puissants. 

Il en ressort à l'évidence que n'importe quel type d'efforts visant à promouvoir le progrès de l'humanité devrait mettre à contribution de telles potentialités universelles et créatrices. Alors pourquoi les questions spirituelles que se pose l'humanité ne sont-elles pas au coeur du discours sur le développement ? Pourquoi la plupart des priorités - et même la plupart des convictions qui les fondent - sur le programme de développement international n'ont-elles été jusqu'à maintenant déterminées que par ces conceptions matérialistes auxquelles seule une minorité de la population du monde adhère ? Enfin quel poids donner à une déclaration qui affiche son adhésion au principe de la participation universelle tout en niant, dans les faits, la validité du passé culturel par lequel les participants se définissent ? 

On peut objecter que les questions morales et spirituelles ayant été historiquement étroitement liées aux doctrines théologiques sujettes à controverses mais non soumises aux preuves objectives, elles ne rentrent pas dans le cadre des préoccupations sur le développement de la communauté internationale. Leur accorder la moindre importance reviendrait précisément à ouvrir la porte à ces influences dogmatiques qui ont nourri tant de conflits sociaux et entravé le progrès humain. Ce qui est en partie vrai. Les tenants des différents systèmes théologiques portent une lourde responsabilité, non seulement pour la mauvaise réputation que s'est acquise la religion aux yeux de la plupart des penseurs progressistes, mais aussi pour les inhibitions et les déformations contenues dans l'éternel discours de l'humanité sur le sens du spirituel. Néanmoins, en conclure que la réponse consiste à décourager la recherche des réalités spirituelles et à ignorer les racines les plus profondes de la motivation humaine est un leurre évident. L'histoire récente montre que chaque fois qu'une telle censure a été appliquée, elle a eu pour résultat la prise en main de l'avenir de l'humanité par une nouvelle orthodoxie, une orthodoxie qui soutient que la vérité est amorale et que les faits sont indépendants des valeurs. 

La religion a emporté ses plus grands succès dans le domaine moral de cette existence terrestre. Grâce à ses enseignements et à l'exemple de vies qui en furent illuminées, la plupart des gens, à toutes les époques et en tous lieux, développèrent la capacité d'aimer. Ils apprirent à discipliner l'aspect animal de leur nature, à faire de grands sacrifices pour le bien commun, à pratiquer le pardon, la générosité et la confiance, à utiliser richesses et autres ressources pour servir le progrès de la civilisation. Et pour traduire sur une vaste échelle ces avancées morales en normes de vie sociale, des systèmes institutionnels furent conçus. Même obscurcis par des accrétions dogmatiques et déviés de leur but par des conflits sectaires, les élans spirituels suscités par des personnages transcendants comme Krishna, Moise, Bouddha, Zoroastre, Jésus et Mahomet ont exercé l'influence la plus profonde sur le processus civilisateur de la personne humaine. 

Etant donné que le défi majeur est de permettre à l'humanité d'accéder à la connaissance par une ouverture plus grande, il s'agit d'installer un dialogue constant et dense entre la science et la religion. C'est un truisme - cela devrait l'être aujourd'hui en tous cas - que d'affirmer dans chaque sphère de l'activité humaine et à chaque niveau, que intuitions et découvertes dont dépendent les réussites scientifiques devraient chercher dans le domaine spirituel et éthique les directives pour une application appropriée. Par exemple, ils devraient apprendre à séparer les faits des suppositions, à distinguer entre vision subjective et réalité objective ; et les individus et les institutions ainsi dotés contribueront d'autant plus au progrès humain qu'ils seront consacrés à la vérité et détachés des incitations de leurs intérêts propres et de leurs passions. Une autre faculté que la science doit développer chez tous les peuples est une façon de penser toutes choses en termes d'évolution, y compris le processus historique. Mais si ce progrès intellectuel doit finalement contribuer à promouvoir le développement, il devra se faire dans une perspective affranchie de tout préjugé de race, de culture, de sexe ou de croyance sectaire. De même l'instruction qui permettra aux habitants du monde de participer à la production des richesses ne contribuera au développement que dans la mesure où l'élan généré sera éclairé par cette perception spirituelle : servir l'humanité est la raison d'être de la vie individuelle comme de l'organisation sociale. 

V. L'ÉCONOMIE

C'est à travers la généralisation du savoir, par la démarche d'élever le niveau des capacités humaines, qu'on se doit d'affronter les problèmes économiques avec lesquels l'humanité est en prise. Comme l'expérience des dernières décennies l'a amplement démontré, les efforts et les bénéfices matériels ne peuvent être une fin en soi. S'ils pourvoient aux besoins élémentaires de l'humanité, (habitat, nourriture, santé...) leur valeur réelle réside en ce qu'ils permettent d'élever le seuil des possibilités de compétences humaines. Le rôle le plus important que les efforts économiques doivent entreprendre pour le processus de développement consiste à doter les hommes et les institutions de moyens, en vue d'atteindre l'objet réel de ce développement qui est d'établir des fondations d'un nouvel ordre social où pourront se cultiver les potentialités sans limites, latentes dans la conscience humaine. 

La pensée économique est mise au défi d'accepter sans tergiverser ce but ainsi que le rôle qu'elle doit jouer en encourageant la création de moyens pour y parvenir. Seulement alors l'économie et les sciences voisines dégagées du poids des préoccupations matérialises qui les en détournent, pourront exprimer enfin leur potentiel pour devenir des outils vitaux à la réalisation du bien-être humain dans le plein sens du terme. Ici, plus qu'ailleurs, la nécessité d'un dialogue rigoureux entre le travail de la science et les inspirations de la religion devient évidence. 

Le problème de la pauvreté en est un exemple marquant. Les solutions qui comptent l'affronter prennent appui sur la certitude qu'existent, ou que peuvent être créées par l'effort scientifique et technologique, des ressources matérielles capables d'alléger et finalement d'endiguer un des aspects permanents de la condition humaine. Si l'on n'a pas été soulagé de ce fléau, c'est que les progrès scientifiques et techno- logiques répondent à un ensemble de priorités superficiellement reliées aux vrais intérêts de la majorité de l'humanité. Si on veut, un jour, enrayer la pauvreté de la surface du globe, une révision radicale de ces priorités s'impose. Cela exige une recherche déterminée de valeurs justes, une recherche qui mettra à rude épreuve les ressources spirituelles et scientifiques de l'humanité. Pour se joindre à cette entreprise, la religion verra son apport entravé, tant qu'elle restera prisonnière de doctrines sectaires qui confondent contentement et passivité et qui enseignent que la pauvreté fait partie intégrante de la vie humaine dont on ne se libère que dans l'autre monde. Pour participer avec efficacité à cette lutte pour le bien-être matériel de l'humanité, l'esprit religieux doit trouver dans la source d'où jaillit son inspiration de nouveaux concepts spirituels et de nouveaux principes en accord avec une époque qui cherche à établir l'unité et la justice parmi les hommes. 

Le chômage soulève des problèmes analogues. Dans la pensée contemporaine, le concept de travail a été réduit à une activité lucrative ayant pour but d'acquérir les moyens de consommer des biens. Le système tourne en vase clos : acquisition et consommation permettent de maintenir et d'augmenter la production qui, à son tour, contribue à créer des emplois rémunérés. Certes, prises une à une, toutes ces activités sont nécessaires au bien-être de la société. Mais le caractère de cette conception générale se révèle erroné. Témoin l'apathie que les observateurs sociaux notent partout chez la masse des travailleurs, et la démora- lisation d'une armée de chômeurs qui ne cesse de croître. 

Dès lors, on ne peut s'étonner que des voix s'élèvent pour exprimer le besoin urgent d'une nouvelle "éthique du travail" à l'échelle mondiale. Là encore, seules les découvertes issues d'une interaction créatrice entre les systèmes de connaissance scientifique et religieux pourront produire cette réorientation Si fondamentale des habitudes et des attitudes. A la différence des animaux qui dépendent, pour se nourrir, de ce que leur environnement leur offre, l'être humain exprime ses immenses capacités par un travail productif qui satisfait ses besoins et ceux de ses semblables. Il participe ainsi à son niveau, si modeste soit-il, au progrès de la civilisation. Il accomplit un but qui l'unit aux autres. Si un travail est consciemment entrepris dans un esprit de service à l'humanité, Bahá'u'lláh considère qu'il est une forme de prière, une manière d'adorer Dieu. Chacun a la capacité de se projeter dans cette optique, et c'est à cette capacité inaliénable de l'être qu'une stratégie de développement doit faire appel, quels que soient la nature des buts poursuivis, et les récompenses attendues. Une perspective plus restreinte ne pourra jamais motiver suffisamment les peuples du monde pour qu'ils s'engagent à fournir les efforts immenses que les activités économiques exigeront dans l'avenir. 

Autre défi pour la pensée économique : la crise de l'environnement. Il est aujourd'hui, froidement démontré que les théories fondées sur la croyance que la nature possède une capacité illimitée à répondre à toutes les exigences humaines sont fallacieuses. Une culture qui attache une valeur absolue à l'expansion, à l'acquisition et à la satisfaction des besoins se voit confrontée à une évidence : de tels buts ne suffisent pas, en soi, à déterminer une politique cohérente. D'autre part, toute prise de décision pour tenter de résoudre les questions économiques qui ne tiendrait pas compte du fait que la plupart des problèmes importants sont plus mondiaux que locaux, serait tout à fait inadéquate. 

L'espoir fervent que cette crise morale pourra être résolue, d'une manière ou d'une autre, en déifiant la nature elle-même, n'est qu'un signe évident du désespoir intellectuel et spirituel engendré par la crise. Même si elle est bienvenue, la reconnaissance que la création est un tout organique et que l'humanité a le devoir d'en prendre soin ne suffit pas à influencer la conscience des peuples au point de créer un nouveau système de valeurs. C'est seulement en franchissant un seuil décisif dans la compréhension, à la fois scientifique et spirituelle, que l'espèce humaine aura la force d'assumer les responsabilités que l'histoire lui impose. 

Par exemple, chacun devra tôt ou tard, retrouver la capacité à savoir se satisfaire, à accepter la discipline morale et le sens du devoir, considérés, voici encore peu de temps, comme des traits essentiels de l'être humain. Régulièrement au cours de l'histoire, les enseignements des fondateurs des grandes religions surent imprégner de ces qualités le caractère d'une multitude d'individus qui répondaient à leur message. Ces qualités sont plus vitales encore aujourd'hui qu'hier, mais leur expression doit désormais incarner une forme adaptée à la maturité de l'humanité. Ici encore, la religion va devoir se libérer des obsessions du passé: la capacité à se satisfaire n'est pas le fatalisme, la moralité n'a rien à voir avec le puritanisme mortificateur qui a Si souvent prétendu parler en son nom, et le sens authentique du devoir n'entraîne pas un sentiment d'autosatisfaction mais de respect de soi. 

Le refus persistant fait aux femmes d'obtenir une complète égalité avec les hommes rend plus aigu le problème que la science et la religion ont à traiter dans le domaine économique. Pour tout observateur impartial, aucune réflexion réaliste sur le futur bien-être de la terre et de ses habitants ne peut ignorer le principe fondamental de l'égalité des sexes. Pendant les siècles d'enfance et d'adolescence de l'humanité, cette vérité sur la nature humaine fut largement méconnue : "Femmes et hommes ont été et seront toujours égaux aux yeux de Dieu", voilà ce qu'affirme solennellement Bahá'u'lláh. L'âme rationnelle n'a pas de sexe et quelles que soient les injustices sociales qui aient pu, dans le passé, être dictées par des exigences de survie, elles ne sont plus, à l'évidence, justifiées alors que le genre humain est au seuil de sa maturité. L'engagement à établir la complète égalité entre femmes et hommes, dans tous les domaines de la vie et à chaque niveau de la société, sera la condition du succès des efforts entrepris pour concevoir et appliquer une stratégie de développement mondial. 

En fait, c'est le progrès dans ce domaine précis, celui de l'égalité entre femmes et hommes, qui servira de critère pour évaluer la réussite d'un programme de développement. Etant donné le rôle vital de l'activité économique dans le progrès de la civilisation, celui-ci se mesurera à la vitesse à laquelle les femmes accéderont à toutes les voies de l'effort économique. Il ne s'agit pas simplement d'assurer aux deux sexes une répartition équitable des chances, aussi important que soit cet aspect de la question. Ce défi exige pour être relevé de repenser de fond en comble les questions économiques afin qu'elles intègrent complètement tout un champ de l'expérience et de l'inspiration humaine jusque là exclu. Les modèles économiques classiques, avec leurs marchés impersonnels dans lesquels les êtres humains agissent comme des décideurs individualistes aux choix centrés sur eux-mêmes, ne sont plus adaptés aux besoins d'un monde motivé par les idéaux de justice et d'unité. Les nouveaux modèles économiques que la société verra de plus en plus la nécessité de développer, seront structurés par des sentiments nés d'échanges amicaux et d'expériences partagées, par la certitude que les êtres humains vivent en relation les uns avec les autres, mais aussi par la perception du rôle vital que la famille et la communauté jouent dans le bien-être social. Cette percée intellectuelle - un point de vue résolument altruiste plutôt qu'égocentrique - devra s'appuyer sur les sensibilités à la fois spirituelles et scientifiques du genre humain, et des millénaires de pratique qui ont préparé les femmes à jouer un rôle crucial dans cet effort commun. 

VI. LE POUVOIR

Envisager une transformation sociale d'une telle ampleur revient à se poser la question du pouvoir désigné pour l'accomplir et la question qui lui est liée, de l'autorité pour exercer un tel pouvoir. Là encore, l'unification accélérée de la planète et de ses peuples, comme pour toutes les autres implications du même ordre, crée le besoin urgent de redéfinir ces deux termes familiers. 

Au cours de l'histoire, et en dépit des démentis des théologies et des idéologies, le pouvoir a presque toujours été exercé comme un privilège dont jouissaient certains individus ou groupes. Souvent exprimée en termes de moyens a utiliser contre d'autres, cette interprétation du pouvoir fait partie intégrante de la culture de division et de conflit qui caractérise l'espèce humaine depuis des millénaires et ce, quelle que soit l'orientation sociale, religieuse ou politique qui dominait en une époque et en un lieu donnés. Plus généralement, le pouvoir a été l'apanage d'individus, de factions, de peuples, de classes ou de nations ; plus l'apanage, d'ailleurs, d'hommes que de femmes. Il a permis à ses bénéficiaires de cumuler, de dominer, d'écraser, de résister, de vaincre. 

Les processus historiques qui en découlent ont été à l'origine des reculs terribles qui ont touché le bien-être de l'humanité, mais aussi des avancées extraordinaires de la civilisation. Apprécier les retombées bénéfiques de ces attitudes implique également d'en reconnaître les inconvénients, du moins, les limites évidentes de schémas comportementaux que l'une et l'autre ont produits. Liées à l'usage fait du pouvoir pendant la longue enfance et adolescence de l'humanité, ces habitudes et ces attitudes ont atteint désormais les limites extrêmes de leur efficacité. En un temps où les problèmes urgents sont de nature mondiale, persister dans l'idée que "pouvoir" signifie "avantages" pour certaines catégories de la famille humaine serait non seulement une grave erreur théorique, mais sans aucun intérêt pratique pour le développement économique et social de la planète. Ceux qui y adhèrent - et qui, en d'autres temps, auraient pu l'appliquer en toute confiance - voient aujourd'hui leurs projets s'empêtrer dans d'inexplicables frustrations et obstacles. Le pouvoir, dans son expression traditionnelle de rapport de force, est aussi peu capable de répondre aux besoins futurs de l'humanité que la technique du chemin de fer peut l'être pour placer des satellites en orbite ! 

L'analogie est plus qu'appropriée. Son évolution vers l'âge adulte force la race humaine à se libérer du concept et de l'exercice du pouvoir hérités du passé. Qu'elle puisse s'en libérer montre que, même imprégnée des conceptions traditionnelles, l'humanité a toujours été capable d'imaginer le pouvoir sous des formes répondant à ses espoirs. L'histoire montre d'abondance que - même épisodiquement et de manière plus ou moins habile - des personnes de tous horizons et en toute époque ont su trouver en eux-mêmes une grande variété de ressources créatrices. L'exemple le plus probant est probablement le pouvoir même de la vérité, facteur de changement lié, dans les domaines philosophiques, religieux, artistiques et scientifiques, à quelques-unes des plus grandes percées de l'espêce. Un autre pouvoir évident capable de déclencher une immense réponse humaine est celui représenté par la force de caractère, tout aussi puissante est l'influence de l'exemple qui agit sur des êtres humains ou sur des groupes sociaux. Une autre des forces, pratiquement jamais mise en évidence jusqu'ici, est celle que la réalisation de l'unité fera naître ; pouvoir dont l'influence est "si puissante", selon les paroles de Bahá'u'lláh, "qu'elle peut illuminer le monde entier". 

Dans la mesure où le pouvoir sera exercé selon des principes en harmonie avec les intérêts en perpétuelle évolution d'une race humaine qui mûrit rapidement, les institutions de la société pourront susciter et diriger les potentialités latentes dans la conscience des peuples du monde. Parmi ces principes, il y a l'obligation, pour ceux qui détiennent l'autorité, de gagner la confiance, le respect et le soutien sincère de ceux dont ils aspirent à gouverner les actions ; de consulter, ouvertement et le plus complètement possible, ceux dont les intérêts sont influencés par les décisions à prendre ; de s'assurer objectivement de la réalité des besoins et des aspirations des communautés qu'ils servent ; de tirer bénéfice des progrès moraux et scientifiques pour utiliser au mieux les ressources de la communauté, y compris l'énergie de ses membres. Parmi les principes d'une autorité effective, aucun n'est aussi important que celui de donner la priorité à établir et maintenir l'unité entre les membres d'une société et les membres de ses institutions administratives. Lié à cette priorité se trouve, comme mentionné plus haut, l'engagement à rechercher en toute chose la justice. 

En clair, ces principes ne pourront fonctionner que dans le cadre d'une culture essentiellement démocratique, dans l'esprit et dans la forme. Dire cela cependant ne signifie pas donner son aval à l'idéologie des différents partis qui, partout, s'est abusivement revêtue du nom de démocratie et qui, en dépit de l'importance de ses contributions passées au progrès humain, se trouve aujourd'hui embourbée dans cette apathie, cette corruption et ce cynisme auxquels elle a donné, elle-même, naissance. Pour designer ceux qui devront prendre les décisions collectives de sa part, la société n'a pas besoin de ce théâtre politicien de candidatures personnelles ou de listes de candidats, de campagne électorale ou de pêche aux voix, dont il ne tire aucun bénéfice. Tous les peuples, dès lors qu'ils seront de plus en plus formés et convaincus que leurs intérêts de développement véritable reposent sur les programmes qu'on leur propose, sont en mesure d'adopter des procédures électorales qui affineront la sélection pour le choix de leurs instances de décisions. 

A mesure que s'accélère le mouvement vers l'unification de l'humanité, ceux qui seront ainsi choisis devront toujours plus orienter leurs efforts dans une optique globale. Les élus qui dirigent les affaires humaines, aussi bien à l'échelle nationale qu'à l'échelle locale, devraient, selon Bahá'u'lláh, se considérer responsables du bien-être de l'humanité dans son ensemble. 

VII. UNE STRAT ÉGIE DE DÉVELOPPEMENT MONDIAL

Le devoir de créer une stratégie de développement mondial qui puisse accélérer l'entrée de l'humanité dans l'âge adulte nous met au défi de remodeler radicalement toutes les institutions de la société. C'est à tous les habitants de la planète que ce défi est lancé : l'ensemble des êtres humains, les membres des institutions dirigeantes à tous les niveaux, les personnes qui travaillent dans les organismes de coordination internationale, les chercheurs en sciences exactes et en sciences humaines, tous ceux qui ont des talents artistiques ou qui ont accès aux média, et enfin les dirigeants des organisations non-gouvernementales. La réponse à ce défi doit s'appuyer sur une reconnaissance sans condition de l'unité du genre humain, sur l'engagement à établir la justice comme principe d'organisation de la société, et sur une détermination à exploiter au maximum les possibilités qu'un dialogue systématique entre le génie scientifique et religieux de l'espèce peut apporter àl'épanouissement du talent des hommes. La démarche exige de repenser radicalement la plupart des concepts et des présupposés qui gèrent aujourd'hui la vie économique et sociale. Il faut en même temps associer cette démarche à la certitude que, quelle que soit la durée du processus et quels que soient les obstacles rencontrés, les affaires humaines peuvent être dirigées sur des voies qui servent les besoins réels de l'humanité. 

Seulement si l'enfance de l'humanité a véritablement pris fin et si l'aube de l'âge adulte pointe, cette vision de l'humanité représente quelque chose de plus qu'un autre mirage utopique. S'imaginer, par ailleurs, qu'un effort d'une telle ampleur pourrait être accompli par des peuples découragés et par des nations antagonistes serait faire fi de toute sagesse. C'est seulement si le cours de l'évolution sociale est parvenu à un point décisif, comme l'affirme Bahá'u'lláh, un moment où tous les phénomènes de l'existence sont brusquement poussés vers de nouvelles étapes de leur développement, qu'une telle éventualité devient concevable. La conviction profonde qu'une transformation aussi grande dans la conscience humaine est en cours a inspiré les idées exposées dans cette déclaration. A tous ceux qui y trouvent un écho aux aspirations de leur coeur, les paroles de Bahá'u'lláh apportent l'assurance qu'en ce jour incomparable Dieu a doté l'humanité de ressources spirituelles tout à fait à la mesure du défi: 

"O vous qui habitez le ciel et la terre ! Voici que vient d'apparaître ce qui n'était jamais encore apparu. Voici le jour où les plus précieuses faveurs ont été prodiguées aux hommes, le jour où sa puissante grâce a imprégné toutes les choses créées." 

Les troubles qui convulsent aujourd'hui les affaires humaines sont sans précédent et beaucoup de leurs conséquences sont terriblement destructrices. Des dangers jamais imaginés s'amoncellent autour d'une humanité désorientée. La plus grande erreur, dans cette conjoncture, serait de permettre que la crise actuelle fasse douter du résultat. Un monde est en train de disparaître, un autre se débat pour naître. Les habitudes, les attitudes et les institutions qui, au cours des siècles se sont accumulées sont soumises à des épreuves aussi nécessaires au développement de l'humanité qu'inévitables. Il est demandé aux peuples du monde de faire preuve d'un peu de foi et de se montrer à la hauteur des immenses énergies dont le Créateur de toute chose a doté ce printemps spirituel du genre humain. Bahá'u'lláh lance cet appel : 

"Soyez unis dans vos délibérations, soyez unis dans vos pensées. Que chaque matin soit meilleur que la veille et chaque lendemain plus riche que le jour précédent. Le mérite de l'homme ne réside pas dans l'étalage de sa richesse mais dans le service et la vertu. Prenez soin de purger vos paroles des fantaisies futiles et des désirs matériels et que vos actes soient exempts de toute ruse et de toute méfiance. Ne perdez pas la richesse de vos précieuses vies à poursuivre un penchant mauvais et corrompu ; que vos oeuvres ne servent pas à promouvoir vos intérêts personnels. 

Soyez généreux dans vos jours d'abondance et patients aux heures de malheur. L'adversité est suivie du succès, les réjouissances sont suivies de lamentations. Protégez-vous de l'oisiveté et de la paresse et, jeunes ou vieux, humbles ou grands, intéressez-vous à ce qui est profitable à l'humanité. Ne semez pas les graines de la discorde parmi les hommes et ne plantez pas les épines du doute dans les coeurs purs et radieux." 

Bureau d'Information publique Communauté internationale bahá'íe
Haifa, Israel

PROTECTION DES MINORITES

PROTECTION DES MINORITES

COMMISSION DES DROITS DE L'HOMME Commission de la lutte contre les mesures discriminatoires et de la protection des minorités Quarante‑sixième session Point 18 de l'ordre du jour provisoire

Geneva—19 August 1994

Le Secrétaire général a reçu l'exposé écrit ci-après, qui est distribué conformément à la résolution 1296 (XLIV) du Conseil économique et social.

La Communauté internationale Baha'ie félicite la Sous‑Commission de la lutte contre les mesures discriminatoires et de la protection des minorités et en particulier son Rapporteur spécial, M. Asbjørn Eide, des efforts qu'ils ont déployés pour définir des moyens possibles de faciliter la solution par des voies pacifiques et constructives des problèmes dans lesquels des minorités sont impliquées (E/CN.4/Sub.2/1993/34 et Additifs).

Plus d'une année s'est écoulée depuis l'adoption par l'Assemblée générale de la Déclaration des droits des personnes appartenant à des minorités nationales ou ethniques, religieuses et linguistiques. Aujourd'hui, gouvernements et simples citoyens sont confrontés au défi que pose l'application dans la pratique des normes ainsi fixées. Malheureusement, la réalité de ce que vivent bien des minorités n'a pas grand-chose à voir avec les normes minimales en matière de droits de l'homme énoncées dans la Déclaration. Les membres de ceux-là même de ces groupes minoritaires que la Déclaration devait protéger connaissent toujours les pires souffrances, victimes qu'ils sont d'un certain nombre de violents conflits qui font rage d'un bout à l'autre du monde.

De l'avis de la Communauté internationale Baha'ie, c'est à la fois à la majorité et à la minorité qu'incombe la responsabilité d'assurer l'égalité des droits des minorités. C'est la majorité qui se doit, par souci de justice, de veiller à ce que se produisent les ajustements sociaux et politiques qui permettront aux groupes minoritaires d'exercer le plus complètement possible leurs droits communs et fondamentaux. De leur côté, les groupes minoritaires ont la responsabilité morale de répondre comme il convient aux efforts sincères consentis par la majorité et, ainsi que le dit le Rapporteur, "reconnaître et respecter leurs devoirs à l'égard de la société tout entière" (E/CN.4/Sub.2/1993/34/Add.4, par. 20). Les uns et les autres doivent replacer les problèmes des minorités dans le contexte d'un monde de plus en plus interdépendant. L'intérêt de chacune des parties qui constituent un tel monde ne saurait être mieux servi que par le souci d'assurer la prospérité de l'ensemble, laquelle est impossible à réaliser si certaines parties sont victimes de l'oppression ou de la misère.

Il s'agit donc d'identifier les conditions qui aboutissent à priver certaines minorités de leur droit de représentation et d'exhorter les gouvernements à promulguer une législation qui donnera à ces minorités les moyens de réclamer leur dû et fera droit à leurs griefs. Mais cela ne suffira pas pour garantir aux membres des minorités les mêmes droits qu'à leurs compatriotes. Les mentalités doivent changer. Il faut qu'il y ait une évolution dans la manière dont la majorité considère les minorités opprimées et que ces dernières se libèrent du sentiment d'impuissance provoqué par des années de discrimination.

Cette évolution des mentalités, cependant, il ne dépend pas entièrement des gouvernements qu'elle se réalise, dans la mesure où elle ne peut se faire que sous l'influence de principes spirituels et moraux. La Communauté internationale Baha'ie, pour sa part, est convaincue que le principe qui doit régir toute considération des droits des minorités est celui de l'unicité de l'humanité. Bien souvent, notre ignorance de notre humanité commune encourage les craintes et les haines irrationnelles qui sont facilement nourries par la méconnaissance des autres cultures. Pour aller vers un désir authentique de compréhension mutuelle, de pluralisme dans l'union, dont parle M. Eide (E/CN.4/Sub.2/1993/34, chap. II B), il convient de voir dans la diversité de la famille humaine une source d'enrichissement plutôt qu'une menace.

Nous appuyons l'appel lancé par le Rapporteur spécial pour que, dans les écoles, on enseigne aux élèves à respecter les droits de l'homme et à apprécier la diversité. Comme le suggère M. Eide, "il faudrait faire des droits de l'homme une matière de base universelle dans les études primaires" (E/CN.4/Sub.2/1993/34/Add.4, par. 4). "Les programmes d'études de tous les Etats devraient prévoir l'enseignement de la tolérance à l'égard de tous les groupes. Les groupes majoritaires devraient s'informer de la culture des groupes minoritaires de manière à pouvoir l'apprécier en tant qu'apport enrichissant la société tout entière" (ibid., par. 9 et 10).

Toutefois, pour pouvoir apporter une solution durable aux problèmes des minorités, il faut que l'éducation s'appuie sur un engagement en faveur de principes éthiques et spirituels. L'action de ces principes imprègne les groupes majoritaires comme les groupes minoritaires de la conscience de la responsabilité morale qu'ils ont les uns envers les autres en tant qu'êtres humains. Ce sentiment de responsabilité donne une vigueur accrue à ces vertus civilisatrices que sont la tolérance et la compassion à l'égard de tous les êtres. Il fait que la voix de la conscience se fait entendre avec plus de force et il parle le langage du coeur là où celui de la loi civile est inopérant. L'influence concrète de ces valeurs spirituelles sur l'ordre social ne saurait être trop soulignée. En une période caractérisée par une transition chaotique, une prise de conscience largement répandue de l'unicité de l'humanité permettrait aux minorités d'apparaître comme faisant intégralement partie de la société. Dans ces conditions, les vieilles animosités fondées sur les différences éthniques, linguistiques et religieuses deviendraient obsolètes, ce qui ferait échec à toutes les tentatives pour dresser les groupes les uns contre les autres à des fins politiques.

La Communauté internationale Baha'ie est convaincue que, pour que les efforts immenses déployés par les Nations Unies et les gouvernements en faveur des droits de l'homme portent leurs fruits, il est indispensable de faire appel à la force combinée des influences politiques, juridiques, spirituelles et morales. Pour faire face à ces défis, la Communauté internationale Baha'ie tente pour sa part d'agir parmi ses membres dans le monde entier. Les enseignements de leur foi font aux communautés baha'ies une obligation, non pas simplement d'accepter, mais d'aider, d'encourager et de protéger toute minorité sans considération de croyance, de race, de classe ou de nation. Pour cette raison, les Ecrits baha'is suggèrent que si l'on peut tolérer une forme de discrimination, celle‑ci doit s'exercer en faveur de la minorité. Guidées par les principes unificateurs de l'ordre mondial révélés il y a plus d'un siècle par Baha'u'llah, fondateur de la religion baha'ie, les communautés baha'ies dans le monde entier s'efforcent d'intégrer des gens ayant des origines raciales, nationales et religieuses différentes pour en faire une seule communauté, communauté qui soit à la fois unifiée et diverse.

Appuyant la recommandation du Rapporteur spécial tendant à ce que les minorités soient activement encouragées à participer à la vie de la collectivité (E/CN.4/Sub.2/1993/34/Add.4, par. 12), la Communauté internationale baha'ie tient à dire qu'elle a constaté que la radio pouvait être extrêmement efficace. C'est ainsi que Radio baha'ie en Equateur, par exemple, dessert les populations autochtones de la région rurale de l'Otavalo. Emettant principalement en Quechua, la langue locale, cette station vise à répondre aux besoins de formation spirituelle, culturelle et matérielle exprimés par les auditeurs. Du personnel local a reçu sur place une formation portant sur toutes les opérations nécessaires à la bonne marche d'une station de radio, qu'il s'agisse notamment de l'utilisation du matériel ou de la conception des programmes. Les émissions traitent de sujets divers, parmi lesquels le développement de l'agriculture, l'éducation, la vie spirituelle et la politique. La station encourage et préserve la culture locale en faisant appel à des conteurs de la région et en diffusant de la musique enregistrée lors des festivals annuels autochtones parrainés par la station. De semblables stations ont été créées dans les régions rurales de Bolivie, au Chili, au Panama, au Pérou et aux Etats‑Unis d'Amérique.

La Communauté internationale baha'ie voudrait féliciter l'UNESCO, et en particulier son Bureau international d'éducation (BIE), de sa décision d'organiser une Table ronde oecuménique sur la contribution des religions au développement de la compréhension internationale par l'éducation. Une telle initiative correspond certainement à la recommandation de M. Eide tendant à développer et encourager l'organisation de réunions dont l'objet serait de promouvoir une plus grande compréhension entre les gens (E/CN.4/Sub.2/1993/34/Add.4, par. 69). La Communauté internationale baha'ie se réjouit de participer aux débats de cette Table ronde pendant la Conférence des ministres de l'éducation des Etats membres du BIE en octobre 1994.

La Communauté internationale baha'ie se félicite que la Sous‑Commission ait, par une démarche concrète, mis l'accent sur les moyens de faciliter la solution par des voies pacifiques et constructives des problèmes dans lesquels des minorités sont impliquées. Si les gouvernements ou les organisations civiques le jugeaient utile, la Communauté internationale baha'ie serait prête à faire part de son expérience en matière de création de communautés caractérisées par l'unité et le respect de la diversité.

La place de la famille dans une communauté mondiale

La place de la famille dans une communauté mondiale

Déclaration de la Communauté internationale baha'i à l'occasion de l'Année internationale de la famille,1994

Malta—25 November 1993

La famille est en mutation, au même titre que le monde entier. Dans toutes les cultures, la famille se désintègre, se divisant sous la pression de l'économie et les bouleversements politiques et s'affaiblissant face à la confusion morale et spirituelle.

"Les conditions entourant la famille entourent la nation. Ce qui arrive dans la famille est ce qui arrive dans la vie de la nation. "*

Les baha'is voient ces difficultés comme les signes d'une lutte de l'humanité en vue d'un âge nouveau de développement collectif, un âge de maturité. La famille, en tant qu'unité de base la plus fondamentale de la société doit, dans ce processus, être remodelée et revitalisée selon les principes mêmes qui redonnent forme à la civilisation en tant que telle.

Le principe fondamental pour ce jour nouveau est l'unité de l'humanité. "Le bien-être de l'humanité, sa paix et sa sécurité," déclara il y a un siècle le fondateur de la foi baha'ie, "ne peuvent être atteints à moins que son unité ne soit fermement établie".* L'acceptation de l'interrelation et de l'interdépendance de tous les peuples suppose le renouvellement de toutes les institutions sociales sur terre, y compris la famille.

Unité de la famille

"Si l'amour et l'entente sont manifestes dans une famille, cette famille progressera, deviendra éclairée et spirituelle." *

L'approche baha'ie de l'unité de la famille mêle aux éléments de sagesse traditionnelle des principes avancés et des outils pratiques. L'adhésion à ces enseignements offre un rempart contre les forces de désintégration et un cadre pour la formation de familles solides, saines et unies.

Une relation d'amour entre mari et femme forme la base et la condition sine qua non d'une famille baha'ie. Le mariage, création divine, est là pour unir un couple "à la fois physiquement et spirituellement, de façon à ce que chacun améliore toujours la vie spirituelle de l'autre".* Un homme et une femme, s'étant choisis librement et ayant obtenu le consentement de leurs parents, se marient, selon la loi baha'ie, en présence de témoins désignés par le corps constitué élu de la communauté, l'Assemblée spirituelle locale. Par ces mots "En Vérité, nous dépendons de la volonté de Dieu",* récités à la fois par la mariée et le marié, les deux s'engagent vis-à-vis de Dieu et par là même vis-à-vis l'un de l'autre.

L'une des raisons du mariage est la création d'une nouvelle génération qui aimera Dieu et servira l'humanité. La tâche de la famille est alors d'établir une relation d'amour respectueuse et harmonieuse entre parents et enfants.

L'harmonie et la coopération dans la famille, comme dans le monde, ne peuvent être maintenues qu'en gardant un équilibre entre les droits et les responsabilités. Tous les membres de la famille "ont des devoirs et des responsabilités à l'égard des uns des autres et de la famille elle-même" qui "varient d'un membre à un autre à cause des liens naturels. "*

Les enfants, par exemple, ont le devoir d'obéir à leurs parents. Ils ont aussi le droit qu'on s'occupe d'eux, qu'on les éduque et les protège. Les mères, qui mettent les enfants au monde et sont leurs premières éducatrices, sont en priorité sans que ce soit une exclusivité, responsables de leur éducation spirituelle et de la création d'un foyer plein d'amour. Les pères ont en priorité mais là encore pas exclusivement, la responsabilité du confort financier de la famille et de l'éducation formelle des enfants.

Les standards moraux individuels promus par les enseignements baha'is condamnent les agents qui contribuent à la destruction des familles. L'alcool est interdit aux baha'is de même que tout produit aliénant l'esprit. Aucune forme de violence ou d'abus au sein de la famille ne peut jamais être tolérée. D'après les écrits sacrés baha'is:

"L'intégrité des liens de la famille doit être constamment prise en considération et les droits de chaque membre ne doivent pas être transgressés. "

Bien que fermement dénoncé par Bahà'u'Ilàh, le divorce est permis lorsqu'il y a antipathie entre le mari et la femme. Il ne peut être accordé qu'après une année de patience pendant laquelle le couple vit séparément et cherche toutes les possibilités d'aplanir leurs différents. Ainsi protégés de décisions rapides et de réactions émotionnelles inconsidérées, bien des couples sont capables de reconstruire leur mariage pendant cette année de réflexion. Si néanmoins, une réconciliation s'avère impossible, le couple peut divorcer.

Égalité des sexes

Le principe de l'égalité de l'homme et de la femme transforme les relations dans le mariage baha'i. Étant partenaires à part égale, statut inscrit dans leurs vœux identiques au moment du mariage, ni le mari ni la femme ne domine. La prise de décision doit être partagée.

L'atmosphère dans la famille et dans toute la communauté ne doit jamais "refléter de pouvoir arbitraire, mais un esprit de consultation franche et amicale".*

Les principes baha'is de la consultation sont des moyens de discuter ouvertement, honnêtement et avec tact de tout problème soulevé au sein de la famille. Le but est de permettre "à la vérité d'être révélée"* de façon que le problème soit résolu au bénéfice de tous. Quand on l'utilise dans un couple ou dans une famille, la consultation est un moyen puissant de maintenir l'unité familiale.

La reconnaissance de l'égalité et l'utilisation de la consultation permettent au mari et à la femme une flexibilité qui leur permet de répondre aux demandes d'un monde en transformations rapides. Bien que hommes et femmes aient des capacités et des fonctions complémentaires dans certains domaines, les rôles ne sont pas définis de façon rigide et peuvent être ajustés, quand besoin est, pour répondre aux besoins de chacun des membres de la famille et de la famille entière. Alors que les femmes sont encouragées à poursuivre une carrière, il ne faut pas que ce soit au détriment de leur rôle de mères. Et les pères ne sont pas exemptés de tâches ménagères et des soins aux enfants.

Quand les relations au sein de la famille sont conduites dans le respect de la justice, cette famille devient un facteur important pour amener la paix dans le monde. Quand on refuse aux femmes l'égalité et le respect dans la famille, les hommes et les jeunes gens développent des attitudes et des habitudes nuisibles qu'ils transportent sur leurs lieux de travail, dans la vie politique et enfin dans les relations internationales. Plus il y aura des enfants qui grandiront dans des familles où les droits de tous les membres sont respectés et les problèmes résolus grâce à la consultation, plus les perspectives de paix dans le monde augmenteront.

Éducation et famille

Bien que les enfants reçoivent une éducation formelle à l'école, c'est à la maison qu'on développe le caractère et qu'on forme les attitudes morales et spirituelles. Donc, "on doit enseigner toutes les vertus dans la famille".* Patience, loyauté, fidélité, justice, honnêteté de telles vertus constituant la pierre angulaire de la personnalité. Les vertus citées dans toutes les traditions sacrées comme des éléments communs à la spiritualité sont les reflets de la Divinité en chaque individu.

Bien qu'encourageant les plus grandes qualités et valeurs en chacun des membres de la famille, les parents doivent pourvoir au développement intégré des capacités de leurs enfants qu'elles soient spirituelles, morales, intellectuelles, émotionnelles ou physiques. On doit donc éduquer filles et garçons selon les mêmes critères de base. Si une limite dans les ressources devait amener à choisir, les filles, enseignantes en puissance de la future génération, doivent avoir priorité dans l'éducation par rapport aux fils.

La famille et la communauté

La foi baha'ie a plus de 17 000 corps constitués dans plus de 200 pays indépendants et territoires. Ces communautés vivent, d'une certaine façon, comme des familles élargies.

Les baha'is viennent de tous pays, groupes ethniques, cultures, professions et classes. Bien que les cérémonies de mariage baha'ies varient beaucoup d'une culture à l'autre, les lois du mariage et les engagements sont universels et sont appliqués, que les partenaires soient baha'is ou pas. Les baha'is de par le monde trouvent que les principes et les lois qui donnent une forme particulière à la vie de famille baha'ie mènent à l'amour et l'unité.

Conclusion

Alors que les principes qui précèdent sont progressivement mis en pratique de la part du monde, les familles sont de plus en plus aptes à jouer un rôle dans la construction d'une société mondiale unifiée. Car le lien, destinée à l'avenir, entre la famille, la nation, et une civilisation mondiale, est inéluctable.

"Comparez les nations du monde aux membres d'une famille. Une famille est une nation en miniature. Élargissez simplement le cercle du foyer et vous avez une nation. Élargissez le cercle des nations et vous avez l'humanité."*

* Toutes les citations sont extraites des écrits baha'is

La citoyenneté mondiale: une éthique universelle pour le développement

La citoyenneté mondiale: une éthique universelle pour le développement

Une éthique universelle pour le développement durable

New York—14 June 1993

Une Déclaration par la Communauté internationale baha'ie à la Commission sur le développement durable qui adresse Groupe C: "Éducation, Science, Transfert de Techniques Écologiquement Rationnelles, Coopération et Création de Capacités" Dans l'esprit de l'Action 21, qui est définie comme "un programme dynamique" destiné à "évoluer avec le temps, en fonction des besoins et des circonstances", (1) la Communauté internationale baha'ie offre les propositions suivantes: pour inspirer les peuples du monde à se faire les défenseurs du développement durable, les programmes d'éducation et les campagnes de sensibilisation du public préconisés par Action 21 devraient promouvoir le concept de CITOYENNETÉ MONDIALE.

I. La vision de la citoyenneté mondiale

Le plus grand défi auquel est confrontée la communauté mondiale alors qu'elle se mobilise pour mettre en œuvre Action 21, est celui de libérer les énormes ressources financières, techniques, humaines et morales requises pour le développement durable. Ces ressources deviendront disponibles seulement lorsque les peuples du monde développeront un profond sens des responsabilités pour le destin de la planète et pour le bien-être de la famille humaine toute entière. Ce sens des responsabilités peut émerger uniquement de l'acceptation de l'unité de l'humanité, et seule une vision unificatrice d'une société mondiale paisible et prospère parviendra à le soutenir. Sans une éthique universelle de ce type, les gens seront incapables de devenir des participants actifs et constructifs au processus mondial de mise en œuvre du développement durable. (2)

Tandis que l'Action 21 fournit une structure indispensable de connaissances scientifiques et d'expériences techniques pour la mise en œuvre du développement durable, elle n'inspire pas les gens à s'engager personnellement pour une éthique universelle. Cela ne veut pas dire que l'éthique et les valeurs morales ont été ignorées durant la Conférence des Nations Unies sur l'Environnement et le Développement (CNUED). L'appel en faveur de valeurs unificatrices a été entendu tout au long de cette conférence, et provenait aussi bien de Chefs d'États que de fonctionnaires des Nations Unies, de représentants d'organisations non-gouvernementales (ONG) et de citoyens parlant en leur nom propre. Les concepts de "notre humanité commune," "citoyenneté mondiale" et "unité dans la diversité" y furent tout particulièrement invoqués comme pouvant servir de fondement éthique de l'Action 21 et de la Déclaration de Rio. (3)

La communauté mondiale est ainsi déjà parvenue à un accord élémentaire sur la nécessité d'une éthique universelle qui servirait à revitaliser l'Action 21. Nous suggérons d'adopter le terme de citoyenneté mondiale pour englober la constellation de principes, de valeurs, d'attitudes et de comportements que les peuples du monde doivent embrasser afin que puisse se réaliser le développement durable.

La citoyenneté mondiale commence par l'acceptation de l'unité de la famille humaine et du fait que les nations de la "Terre, foyer de l'humanité" (4) sont toutes liées entre elles. D'une part, ce concept encourage un patriotisme sensé et légitime, et d'autre part il insiste aussi sur une loyauté à plus grande échelle, sur l'amour pour l'humanité dans son ensemble. Cependant, il n'implique pas l'abandon de loyautés légitimes, la suppression de la diversité culturelle, l'abolition de l'autonomie nationale ni l'imposition de l'uniformité. Son emblème est "l'unité dans la diversité." La citoyenneté mondiale englobe les principes de justice sociale et économique, aussi bien au sein-même des nations qu'entre elles, de prise de décisions exemptée d'hostilité à tous les niveaux de la société, d'égalité des sexes, d'harmonie raciale, ethnique, nationale et religieuse, ainsi que de volonté de se sacrifier pour le bien commun. D'autres facettes de la citoyenneté mondiale, qui, toutes, encouragent l'honneur et la dignité humaine, la compréhension, l'amitié, la coopération, la confiance, la compassion et un désir de servir, peuvent être déduites de celles qui ont déjà été mentionnées. Quelques-uns de ces principes (5) ont été formulés dans Action 21, mais la plupart y font défaut. De plus, on n'y fournit aucun cadre conceptuel général dans lequel ils pourraient être harmonisés et promulgués.

La promotion de la citoyenneté mondiale est un moyen stratégique pratique pour faire avancer le développement durable. Tant que le manque d'unité, l'antagonisme et le provincialisme caractériseront les relations sociales, politiques et économiques au sein des nations et entre celles-ci, on ne pourra pas établir de modèle universel et durable de développement. (6) Il y a plus d'un siècle, Bahá'u'lláh a averti que "Le bien-être de l'humanité, sa paix et sa sécurité ne pourront être obtenus si son unité est fermement établie." C'est uniquement sur la base d'une unité authentique, de l'harmonie et de la compréhension entre les divers peuples et nations du monde que peut être érigée une société universelle durable.

Nous recommandons, par conséquent, que la citoyenneté mondiale soit enseignée dans chaque école et que l'unité de l'humanité, c'est-à-dire le principe sous-jacent de la citoyenneté mondiale, soit constamment réaffirmée dans chaque nation.

Le concept de citoyenneté mondiale n'est pas nouveau pour la communauté mondiale. Il est à la fois implicite et explicite dans de nombreux documents, chartes et accords des Nations Unies, y compris dans les mots introductifs de la Charte des Nations Unies elle-même: "Nous, Peuples des Nations Unies..." Ce concept est déjà diffusé à travers le monde, dans toutes les cultures, par diverses ONG, des universitaires, des groupements de citoyens, des personnalités du monde du spectacle, des programmes d'éducation, des artistes et les médias. Ces efforts sont importants mais doivent être multipliés. Il est nécessaire d'organiser une campagne à long terme soigneusement planifiée et orchestrée pour promouvoir la citoyenneté mondiale, une campagne qui comprenne tous les secteurs de la société aux niveaux local, national et international. Elle doit être menée avec toute la vigueur, le courage moral et la conviction que les Nations Unies, leurs États-membres et tous leurs partenaires de bonne volonté pourront réunir.

II. La promotion de la citoyenneté mondiale

La proposition suivante de mener une campagne de promotion pour la citoyenneté mondiale (7) s'inscrit naturellement dans le cadre de travail pour la nouvelle orientation de l'éducation, la sensibilisation du public et la formation au développement durable, qui est présenté dans le chapitre 36 de l'Action 21.

Éducation

L'éducation formelle, non-formelle ou informelle est indéniablement le moyen le plus efficace de modeler les valeurs, les attitudes, les comportements et les connaissances qui composeront l'équipement permettant aux peuples du monde d'agir dans l'intérêt à long terme de la planète et de l'humanité dans son ensemble. (8) Les Nations Unies, les gouvernements et les institutions éducatives devraient chercher à inclure le principe de la citoyenneté mondiale dans l'éducation normale de chaque enfant.

Les détails des activités et des programmes d'éducation incorporant ce principe varieront beaucoup dans chaque nation et d'une nation à l'autre. Cependant, afin que la citoyenneté mondiale soit comprise comme étant un principe universel, tous les programmes devront avoir certains aspects communs. Étant basés sur le principe de l'unité de la race humaine, ils devraient cultiver la tolérance et la fraternité, en valorisant la richesse et l'importance des divers systèmes culturels, religieux et sociaux du monde et en fortifiant les traditions qui contribuent à une civilisation mondiale durable. Ils devraient enseigner que le principe de l'"unité dans la diversité" est la clé de la force et de la richesse aussi bien des nations que de la communauté mondiale. Ils devraient encourager une éthique de service pour le bien commun et faire comprendre les droits ainsi que les responsabilités qu'entraîne la citoyenneté mondiale. Ces programmes et activités devraient s'appuyer sur les efforts positifs du pays et mettre en valeur ses succès tangibles dans le domaine de la création de modèles d'unité raciale, religieuse, nationale et ethnique. Ils devraient souligner l'importance qu'a l'ONU dans la promotion de la coopération et de la compréhension universelles, ses buts, objectifs et programmes universels, le fait que l'ONU est utile à tous les peuples et toutes les nations du monde, et le rôle qu'elle doit assumer dans notre monde qui se rétrécit de jour en jour.

Avant d'entreprendre une campagne pour promouvoir la citoyenneté mondiale, il est nécessaire de développer et de se mettre d'accord sur une compréhension commune de ce concept. La Commission sur le développement durable pourrait créer un groupe de travail ou un comité spécial qui commencerait à développer les lignes directrices du principe de la citoyenneté mondiale et des propositions pour l'incorporer dans les programmes d'éducation formels et non-formels déjà existants. Par ailleurs, la Commission pourrait chercher à se faire assister par le Conseil consultatif de haut niveau sur le développement durable ou par le Comité inter organisationnel sur le développement durable. Le Secrétariat des Nations Unies pourrait même choisir de créer une Unité de la citoyenneté mondiale, similaire à l'ancien Groupe des études pour la paix, ceci afin de développer des lignes directrices et de coordonner la mise en œuvre, dans tout le système de l'éducation, en faveur de la citoyenneté mondiale. Quelle que soit la voie choisie, une très grande priorité doit être accordée à cette tâche.

La citoyenneté mondiale pourrait être incorporée facilement dans toutes les activités suggérées dans le chapitre 36.5. de l'Action 21 pour la nouvelle orientation de l'éducation en vue d'un développement durable. Les quelques exemples suivant illustrent ces possibilités:

  • Les organismes ou table rondes de consultation et de coordination sur l'éducation créées sur le plan national (36.5.c) devraient faciliter l'incorporation de la citoyenneté mondiale dans les programmes d'éducation dans le pays.
  • Les programmes de formation avant un emploi ou en cours d'emploi à l'intention de tous les enseignants, administrateurs et planificateurs de l'éducation, ainsi que des éducateurs non-formels (36.5.d) devraient inclure le principe de citoyenneté mondiale.
  • Les matériaux éducatifs sur le développement durable produits par les organismes de l'ONU devraient encourager la citoyenneté mondiale (36.5.g), tout comme les matériels éducatifs sur les Nations Unies.
  • Action 21 demande "la mise en place d'un réseau international" en vue de soutenir les efforts à l'échelle mondiale favorisant l'éducation pour le développement durable (36.5.k). Ce réseau pourrait à la fois encourager les organismes de l'ONU et les ONG membres à créer des matériaux se fondant sur les lignes directrices pour la citoyenneté mondiale et fournir les moyens de le diffuser.
  • Les gouvernements et les autorités responsables de l'éducation et de la formation ont déjà été appelés à "supprimer les stéréotypes dont les femmes font l'objet dans les programmes d'enseignement" (36.5.m) pour promouvoir le développement durable. Nous aimerions recommander que, dans l'esprit de la citoyenneté mondiale, les stéréotypes fondés sur la religion, la culture, la race, la classe, la nationalité et l'ethnie soient aussi supprimés.

Sensibilisation du public

Il faut que les gens se considèrent comme citoyens du monde et comprennent leur responsabilité personnelle dans la promotion du développement durable (9). Les campagnes visant à rendre le public conscient des défis de la citoyenneté mondiale doivent employer tous les médias et les arts, y compris la télévision, les vidéos, les films, la radio, les réseaux électroniques, les livres, les magazines, les affiches, les tracts, le théâtre et la musique. Ces campagnes devraient profiter du soutien des agences publicitaires, des industries du spectacle, des médias -- traditionnels et non-traditionnels -- du système entier des Nations Unies, de tous les États-membres, des ONG et des personnalités populaires. Elles devraient atteindre les foyers, les lieux de travail, les domaines publics et les écoles. Les lignes directrices de la citoyenneté mondiale mentionnées ci-dessus devraient pouvoir être utilisées par de telles campagnes de sensibilisation du public et devraient servir de référence pour la programmation de tous médias.

La citoyenneté mondiale pourrait être inclue dans les activités présentées dans le chapitre 36.10. de l'Action 21 visant à favoriser largement la conscience et la sensibilisation du public par rapport au développement durable. Les exemples suivants illustrent quelques possibilités:

  • Les organes consultatifs (36.10.a) nationaux et internationaux pourraient encourager les différents médias à adopter les lignes directrices de la citoyenneté mondiale. Les médias ont beaucoup contribué à rendre le public conscient de l'interdépendance à l'échelle mondiale et des énormes défis auxquels est confrontée la communauté mondiale. Ils ont aussi mis en évidence les différences apparemment insurmontables qui nous divisent.

Les médias ont la responsabilité d'aider les gens à comprendre que la diversité n'est pas nécessairement une source de conflits. Ils devraient plutôt montrer que la diversité peut et doit maintenant servir de ressource pour le développement durable. Pour ce faire, les médias peuvent se concentrer sur tout ce qui est entrepris dans un esprit constructif, unificateur et de coopération, et qui donne une preuve que l'humanité est capable de travailler ensemble dans le but de relever les énormes défis auxquels elle est confrontée.

  • En établissant "des liens de coopération avec les médias," (36.10.e), l'ONU doit définir clairement sa propre identité et la promesse qu'elle représente pour la communauté mondiale. L'ONU a été créée sur la base d'idéaux élevés et dans la vision d'un monde progressiste et pacifique. Grâce à la structure de communication et de coopération qu'elle a établie et grâce aux innombrables projets constructifs qu'elle a initiés, elle a contribué de façon importante à ce que compréhension, espoir et bonne volonté se répandent dans le monde. Mais ses œuvres sont peu connues de l'humanité en général.

En employant le concept de citoyenneté mondiale comme un thème d'intégration, l'ONU devrait rendre publics ses idéaux, activités et buts, de manière à ce que les gens parviennent à comprendre le rôle unique et vital que l'ONU joue dans le monde et, par conséquent, dans leur vie. De même, l'ONU devrait promouvoir la citoyenneté mondiale dans toutes ses activités publiques, y compris la célébration de ses étapes historiques et les visites guidées du siège de l'ONU. Chaque document de l'ONU qui traite du développement durable devrait aussi inclure ce principe -- à commencer par le préambule de la Charte de la Terre qui a été proposé. La citoyenneté mondiale doit devenir le point de référence éthique le plus important de toutes les activités de l'ONU.

  • Il faudrait faire usage des services du secteur de la publicité (36.10.e) pour promouvoir la citoyenneté mondiale. Des campagnes pourraient être organisées autour de thèmes tels que:

Nous, peuple des nations unies: célébrant l'unité dans la diversité.

Une seule planète, un seul peuple.

Aussi divers que nous soyons, nous ne formons qu'une seule famille humaine.

Notre avenir commun: l'unité dans la diversité.

  • Il faudrait organiser des concours et octroyer des récompenses pour la promotion de la citoyenneté mondiale (36.10.e).
  • Tout en élevant la conscience publique "à propos des conséquences de la violence dans la société" (36.10.l), les médias peuvent susciter chez les gens le désir de s'engager en faveur de la citoyenneté mondiale en mettant en valeur des exemples d'activités constructives et unificatrices révélatrices de la puissance de l'unité et d'une perspective commune.

Chaque pays devrait être encouragé à destiner une partie de ses ressources à la promotion de la citoyenneté mondiale. Il faudrait aussi considérer l'introduction de la promotion de ce principe parmi les "indicateurs du développement durable" (40.6.) proposés. Les pays pourraient, par exemple, être invités à présenter des rapports sur les efforts fournis dans le but d'accroître la tolérance et l'estime pour les autres cultures, le principe de l'égalité des sexes et le concept de la famille humaine unique grâce aux programmes scolaires, à des spectacles et aux médias.

III. Le défi de la citoyenneté mondiale

En conclusion, la citoyenneté mondiale est un concept aussi dynamique et plein de défis que le sont les événements auxquels se confronte la communauté mondiale. Il serait sage que nous, les peuples et nations du monde, adoptions ses principes sous-jacents et soyons guidés par ceux-ci dans tous les aspects de notre vie -- de nos relations personnelles et inter-communautaires à nos affaires nationales et internationales, et de nos écoles, lieux de travail et médias, à nos institutions juridiques, sociales et politiques. Par conséquent, nous prions instamment la Commission d'encourager tout le système des Nations Unies à incorporer le principe de citoyenneté mondiale dans tout l'éventail de ses programmes et activités.

La Communauté internationale baha'ie, qui depuis plus d'un siècle a œuvré en faveur de la citoyenneté mondiale, serait heureuse de prêter son assistance à la Commission, aux gouvernements, aux ONG et autres organisations afin de faire progresser le développement des concepts contenus dans ce document, de fournir des modèles pratiques d'unité des races, des religions, des nations et d'ethnies pour le développement durable, et de prendre part aux consultations portant sur cette question cruciale. En tant que communauté mondiale comprenant la diversité de l'humanité et partageant une vision commune du monde, la Communauté internationale baha'ie continuera à promouvoir le développement durable en encourageant les gens à se considérer comme les citoyens d'un monde unique, comme les constructeurs d'une civilisation mondiale juste et prospère.

NOTE:

 

  1. Action 21, chapitre 1.6.
  2. L'un des thèmes d'Action 21 qui se répète le plus souvent est celui de l'importance vitale d'une "large participation du public à la prise de décisions", de l'"engagement et de la participation réelle de tous les groupes sociaux", d'"un partenariat social réel", et "des niveaux de coopération nouveaux entre les États, les secteurs clés de la société et les peuples."
  3. L'appel à une éthique mondiale a souvent été soulevé au cours de la CNUED, et cela avec une intensité particulière pendant le Sommet de la Terre et le Forum Mondial, par des Chefs d'États aussi bien que par des représentant de l'ONU et des ONG; dans des documents officiels de la CNUED, des traités ONG, des ateliers, des livres et des spectacles artistiques. Quelques exemples seulement: - les discours faits au Sommet de la Terre par le Président du Brésil, le Président de la France, le Premier Ministre irlandais, le Premier Ministre japonais, le Président de la République des Îles Marshall, le Président des États-Unis du Mexique, le Prince Héritier du Royaume du Maroc, le Premier Ministre du Royaume des Pays-Bas, le Premier Ministre turc, le Premier Ministre de Tuvalu, le Secrétaire d'État du Saint-Siège, et le Secrétaire général de la CNUED, - les traités ONG préparés au Forum Mondial, y compris le Traité de la Jeunesse, la Charte de la Terre, la Déclaration de Rio de Janeiro, la Déclaration Populaire de la Terre, le Traité sur l'Éducation écologique pour des sociétés durables et la responsabilité mondiale, et le Traité sur les Engagements éthiques, - les activités du Forum Mondial, y compris la Série de soirées dans le Parc, reflétant "la diversité culturelle de la Famille Humaine", et le Monument de la Paix, qui porte l'inscription suivante: "La terre n'est qu'un seul pays et tous les hommes en sont les citoyens", - des déclarations et des publications présentés par des gouvernements, des organismes de l'ONU et des ONG lors des différentes sessions du Comité Préparatoire et d'autres événements liés à la CNUED, y compris le Code Universel de Comportement Écologique (symposium ONG/médias, octobre 1990). Entre nos mains: Femmes et Enfants d'abord (Rapport du Symposium CNUED/UNICEF/FNUAP, mai 1991), La Charte de la Terre (Réseau de Citoyens des États-Unis sur la CNUED, juillet 1991), Une Seule Communauté de la Terre (Le Groupe de travail des Communautés religieuses sur la CNUED, août 1991), Prendre soin de la Terre (UICN/PNUE/WWF, octobre 1991), Une Charte de la Terre (Comité international de coordination sur la religion et la Terre, 1991), Agenda Ya Wananchi (Racines de l'Avenir, décembre 1991), Une Ethique écologique ou Charte de la Terre (PNUE-Comité National du Royaume-Uni, février 1992), Principes Relatifs aux Obligations et aux Droits Généraux (document de l'Assemblée générale, A/CONF.151/PC/WG.III/L.28 du 9 mars 1992), Charte de la Terre, Japon (Forum Populaire, Japon, 1992), Charte de la Réparation de la Terre (Fondation de la Réparation de la Terre, 1992), et Notre Pays, la Planète (Sir Shridath Ramphal, 1992).
  4. Déclaration de Rio sur l'environnement et le développement, Préambule.
  5. Par exemple, voir la Déclaration de Rio sur l'Environnement et le Développement, Principes 5, 8, 20, 25; et Action 21, chapitres 1, 2, 3, 23, 24 et 36.
  6. Voir la Déclaration de Rio sur l'environnement et le développement, Principe 25.
  7. Dans le contexte du principe de la citoyenneté mondiale, ce programme devrait être "mené par les divers acteurs selon les situations, les capacités et les priorités différentes des pays et des régions" (Action 21, chapitre 1.6.).
  8. Action 21, chapitre 36.3. affirme que "L'éducation ... doit être considérée comme un processus permettant aux êtres humains et aux sociétés de réaliser leur plein potentiel. L'éducation revêt une importance critique pour ce qui est de promouvoir un développement durable et d'améliorer la capacité des individus de s'attaquer aux problèmes d'environnement et de développement ... L'éducation, de type scolaire ou non, est indispensable pour modifier les attitudes ... Elle est essentielle aussi pour susciter une conscience des questions écologiques et éthiques, ainsi que des valeurs et des attitudes, des compétences et un comportement compatibles avec le développement durable, et pour assurer une participation effective du public aux prises de décisions. Pour être efficace ... l'enseignement ... doit porter sur la dynamique de l'environnement physique/biologique et socio-économique ainsi que sur celle du développement humain (y compris, le cas échéant, le développement spirituel)."
  9. Action 21, chapitre 36.9. attire l'attention sur l'importance "de favoriser largement la sensibilisation du public, comme faisant partie intégrante et essentielle d'un effort d'éducation de portée mondiale visant à affermir les attitudes, les valeurs et les activités compatibles avec un développement durable."

La femme et l'homme: collaboration pour une planète saine

La femme et l'homme: collaboration pour une planète saine

Une déclaration présentée au "World Women's Congress for a Healthy"Planet"

Miami, Floride, États Unis—8 November 1991

"Le bien-être de L'humanité, sa paix et sa sécurité, ne seront assurés que lorsque son unité sera fermement établie". Ces paroles prophétiques prononcées par Bahá'u'lláh dans les dernières décennies du dix-neuvième siècle furent entièrement ignorées par les dirigeants de l'époque. Cependant, en cette décennie finale du vingtième siècle, l'humanité en est arrivée à prendre de plus en plus conscience de son interdépendance; elle est enfin convaincue qu'aucun individu, ni aucune institution ou nation ne peut vivre dans une isolation totale. La crise liée à l'environnement et au développement a conduit beaucoup de personnes à repenser leur vision du monde, les amenant à considérer la terre comme un système unique, dynamique, interdépendant et unifie. En conséquence, la recherche d'un équilibre entre les besoins de la société et les ressources limités de la nature s'est intégrée dans le contexte plus large de la recherche d'équilibre, de paix et d'harmonie au sein de la société elle-même.

L'étroite relation entre l'unité de la race humaine et l'égalité des sexes est rendue explicite par les écrits saints baha'is: "...il faut donner à la femme le privilège d'une éducation égale à celle de l'homme et un plein droit à ses prérogatives. C'est-à-dire qu'il ne doit pas y avoir de différences entre l'éducation du garçon et de la fille afin que la femme puisse développer un pouvoir et une importance égale à celle de l'homme dans l'équation sociale et économique. Alors, le monde obtiendra l'unité et l'harmonie. Dans les temps passés, l'humanité a été imparfaite et inefficace parce qu'elle était incomplète. La guerre et ses ravages ont flétri le monde; l'éducation de la femme sera un grand pas vers son abolition et sa disparition car la femme utilisera toute son influence contre la guerre. La femme élève l'enfant et éduque les jeunes jusqu'à leur maturité. Elle refusera de donner ses fils en sacrifice sur le champ de bataille. En vérité, elle sera le plus grand facteur de l'établissement de la paix universelle et de l'arbitrage international. La femme abolira certainement la guerre parmi le genre humain."

Jusqu'à présent, la plupart des systèmes d'organisation sociale n'ont accordé qu'une place marginale aux femmes. D'une façon générale, les stratégies modernes de développement ont eu tendance à consolider et, parfois, à accentuer les situations d'inégalité. La "Décennie des Nations Unies pour la femme: égalité, développement et paix (1975-1985) " a été lancée pour s'attaquer au problème de l'inégalité des sexes. Les travaux de recherche menés au cours de la Décennie ont rendu plus visible l'apport vital des femmes à la vie sociale et économique de leurs nations. Ces nouvelles recherches ont aussi mis en lumière les fardeaux inutiles portées par les femmes et les obstacles qui les empêchent de participer pleinement à la vie de la société. Bien plus, la Décennie a permis aux femmes de se rassembler et leur a donné des occasions sans précédent de partager opinions et expériences. Les femmes se sont rendu compte que du fait de leur préoccupation commune pour leur propre avenir et pour celui de la famille humaine, elles étaient capables de transcender les barrières nationales, raciales et de classe. La Décennie a aussi servi de catalyseur pour la réactivation d'organisations féminines traditionnelles, et la création de nouvelles Organisations Non-Gouvernementales (ONG) se consacrant aux besoins spécifiques des femmes. Ces ONG ont permis la création d'un vaste réseau de communication entre les femmes, leur donnant la possibilité de définir leurs besoins, de concevoir leurs propres programmes, et de commencer à influencer le processus de prise de décision à tous les niveaux. Grâce aux efforts entrepris pendant la Décennie, les programmes de développement ont commencé à s'attaquer à l'insuffisance des ressources disponibles pour les femmes, telles l'éducation, la technologie et le crédit. Les agences des Nations Unies, les gouvernements et les agences de développement international ont créé des départements chargés de répondre aux besoins et préoccupations des femmes.

Il s'agit aux réalisations majeures qui doivent être consolidées et élargies. Cependant, bien que des progrès aient été enregistrés, les femmes participent encore très peu dans les prises de décision, et les systèmes qui les ont toujours opprimées restent encore pratiquement intacts. Ces systèmes fonctionnent selon les modèles de domination qui ont caractérisé la société pendant des millénaires: les hommes ont dominé les femmes, un groupe racial ou ethnique en a dominé un autre, et des nations ont dominé d'autres nations. Les écrits saints baha'is affirment qu'en dépit de la résistance de l'humanité au changement, "l'équilibre se rétablit déjà". La force perd de son importance alors que la vivacité d'esprit, l'intuition et des qualités spirituelles d'amour et de dévouement, essentiellement féminines, prennent l'ascendant. En conséquence, les temps nouveaux seront moins masculins et plus imprégnés d'idéaux féminins, ou plus exactement, il arrivera un âge ou les aspects masculins et féminins de la civilisation seront plus équilibrés."

S'il est vrai que les femmes doivent développer leurs capacités, et jouer un rôle actif dans la recherche d'une solution aux problèmes du monde, leurs actions n'auront qu'un impact limité sans la pleine coopération des hommes. Les femmes, travaillant ensemble dans l'unité et l'harmonie, ont déjà enregistré beaucoup de succès dans les domaines d'influence qui leur étaient accessibles. Maintenant, elles doivent s'unir aux hommes en tant que partenaires égaux. Quand les hommes manifesteront un soutien sans réserve à ce processus, accueillant les femmes dans toutes les entreprises humaines, reconnaissant la valeur de leur apport et encourageant leur participation, les hommes et les femmes contribueront ensemble à là création d'un climat moral et psychologique favorable à l'émergence de la paix et a l'épanouissement d'une civilisation écologiquement viable.

La transformation nécessaire pour parvenir à une vraie égalité est certainement difficile pour les hommes comme pour les femmes, car tous doivent réexaminer les normes et les habitudes. II faut renoncer au blâme, car on ne peut reprocher à personne d'avoir été façonné par des forces historiques et sociales. Au sentiment de culpabilité il faut substituer la volonté de croissance. Face aux défis immenses se présentant a l'humanité, tous ont la responsabilité de reconnaître que les modèles anciens ne sont plus opérants, et tous devront répondre devant les générations futures des orientations données à la civilisation humaine, et de ses relations avec la planète.

Cependant, le changement est un processus graduel demandant de la patience envers soi-même et autrui, une éducation empreinte d'amour, et du temps. La transition sera plus facile quand les hommes se rendront compte qu'ils ne pourront réaliser leurs potentialités tant que les femmes se verront empêchées de se développer pleinement. En fait, quand les hommes militeront en faveur du principe de l'égalité, les femmes n'auront plus besoin de lutter pour leurs droits. Progressivement, les femmes aussi bien que les hommes abandonneront les attitudes négatives séculaires et adopteront graduellement les valeurs qui mènent à la vraie unité.

De l'avis de la Communauté internationale baha'ie , la nouvelle civilisation mondiale doit se bâtir sur l'engagement de tous envers un nouveau système de valeurs, sur une compréhension commune des droits et des responsabilités, et sur la volonté partagée de servir les intérêts de l'humanité dans son ensemble. Chez les baha'is, l'engagement envers l'émancipation des femmes n'est pas une chose nouvelle, et l'égalité des sexes n'est pas un concept flou. Nous sommes convaincus que l'unification de la race humaine dépend de la réalisation de l'égalité de l'homme et de la femme. Selon les écrits baha'is, l'humanité, ayant traversé les étapes de l'enfance et de l'adolescence tumultueuse, est maintenant au seuil de la maturité. Cette étape verra "la reconstruction et la démilitarisation de tout le monde civilisé, un monde organiquement unifié sous tous les aspects essentiels de sa vie."

Une réglementation internationale pour l'environnement et le développement

Une réglementation internationale pour l'environnement et le développement

Présentée par la Communauté internationale baha'i au Comité préparatoire de la Conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement (CNUED - Sommet Planète Terre).

Genève, Suisse—13 August 1991

Il y a un peu plus de cent ans, Bahá'u'lláh, dans une série de lettres adressées aux dirigeants de l'époque, annonça que l'humanité entrait dans une période de son histoire qui exigerait une restructuration radicale de la vie sur la planète. Il dit que des problèmes jamais envisagés auparavant allaient bientôt surgir, auxquels même les ressources des nations les plus avancées ne permettraient plus de faire face. Ces problèmes ne pourraient être surmontés que par un système fédéral mondial dont l'organe central serait un parlement mondial représentatif ayant plein pouvoir pour créer un code de lois international universellement accepté et applicable. "La terre n'est qu'un seul pays," affirma Bahá'u'lláh, "et tous les hommes en sont les citoyens."

A mesure que l'immensité, la complexité et le caractère urgent des problèmes liés á l'environnement s'imposent à l'attention du public, la logique de cette injonction devient de plus en plus apparente. Les mécanismes et procédures juridiques internationaux existants se révèlent inadaptés, essentiellement parce qu'ils sont basés sur des lois gouvernant les Etats-nations. Il semble clair à la Communauté internationale baha'ie, qu'à moins d'adopter des mesures innovatrices pour la restructuration de l'ordre international, la dégradation de l'environnement à elle seule, avec ses conséquences à long terme sur le développement social et économique, mènera inexorablement à un désastre aux proportions effrayantes.

Le processus actuel d'élaboration d'une réglementation internationale en matière d'environnement, qui ne s'attaque qu'à un problème à la fois, est parcellaire et non systématique. On a adopté des conventions, des traités et des protocoles concernant des questions aussi diverses que la protection de la couche d'ozone et le contrôle du trafic international des déchets dangereux. D'autres conventions portant sur les changements climatiques et sur la diversité biologique sont en cours de négociation. D'autres encore ont été suggérées, portant sur des thèmes tels que la pollution marine d'origine tellurique. Il n'existe pas d'organisme unique responsable de proposer une réglementation internationale sur l'environnement. Les nations n'ont pas non plus convenu d'un ensemble de principes pouvant servir de base à une telle réglementation. De plus, les pays signant les différents instruments juridiques sont rarement les mêmes. Il est alors pratiquement impossible d'harmoniser ou de combiner les accords.

La procédure législative internationale est connue pour être lente, coûteuse et lourde. Quand un problème est identifié des réunions d'experts sont convoquées pour préparer un projet d'accord. L'accord est négocié par les gouvernements intéressés et signé lors d'une réunion plénipotentiaire. Après ce qui est souvent une longue période de ratifications et d'adhésions, la réglementation entre en vigueur, mais uniquement dans les États qui l'ont signée. Un secrétariat est habituellement mis sur pied afin de faciliter et de surveiller l'application de la convention. Si des modifications doivent être apportées à la réglementation, comme pour le Protocole de Montréal, dont les dispositions n'ont pas prévu l'aggravation de la dégradation de la couche d'ozone, la révision peut-être aussi longue que l'adoption. Nombre de pays, dotés d'un effectif limité de diplomates et d'experts, ne peuvent s'engager dans des procédures si longues et coûteuses, d'autant plus que les négociations se multiplient pour répondre aux problèmes pressants liés à l'environnement mondial.

La procédure ad hoc actuelle, pour la réglementation en matière d'environnement, ne peut que devenir plus difficile à manier. On a avancé de nombreuses propositions visant à mettre en place des mécanismes globaux pour créer et soutenir un modèle de développement durable. Certains experts recommandent de renforcer le système actuel des Nations Unies en révisant le mandat d'agences telles que le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE), en restructurant le Conseil économique et social (ECOSOC), ou en chargeant le Conseil de tutelle d'administrer certaines des ressources mondiales. D'autres suggèrent de créer de nouveaux organes tels qu'un conseil de sécurité pour l'environnement, un tribunal mondial de justice environnementale, ou une instance internationale de négociation environnementale chargée de préparer, d'adopter et de réviser la réglementation internationale sur des questions qui demandent une action à l'échelle de la planète.

Aussi bien intentionnées et utiles que soient ces propositions, il semble évident pour la Communauté internationale baha'ie qu'élaborer un modèle de développement durable est une tâche complexe aux ramifications multiples. A l'évidence, cela demande un engagement renouvelé pour apporter des solutions à des problèmes majeurs qui ne sont pas uniquement du domaine de l'environnement. Ces problèmes comprennent la militarisation, les disparités excessives de richesse entre les nations et à l'intérieur de chacune d'elles, le racisme, le manque d'accès à l'éducation, le nationalisme effréné et l'absence d'égalité entre les femmes et les hommes. Plutôt que de mettre en œuvre des actions ponctuelles conçues pour répondre aux besoins des États-nations, il semble clairement préférable d'adopter un accord-cadre à l'intérieur duquel des codes spécifiques internationaux pourraient être promulgués.

Les solutions à long terme font appel à une nouvelle vision d'ensemble d'une société globale, sous-tendue par des valeurs nouvelles. Aux yeux de la Communauté internationale baha'ie, reconnaître l'unicité de l'humanité est la condition première et fondamentale pour réorganiser et administrer le monde tel un pays unique, foyer de la race humaine. La reconnaissance de ce principe n'implique pas l'abandon des loyalismes légitimes, ni la suppression de la diversité culturelle ou l'abolition de l'autonomie nationale. Ce principe demande un loyalisme plus large, des aspirations bien plus élevées que celles qui ont animé les efforts humains jusqu'à présents. Il subordonne clairement les intérêts et les penchants nationaux aux exigences impératives d'un monde unifié. Il est incompatible avec non seulement toute tentative d'imposer l'uniformité, mais aussi toute tendance vers une centralisation excessive. Sa finalité peut être résumée par le concept d' "unité dans la diversité".

Les écrits baha'is envisagent un système fédéral mondial "en faveur duquel toutes les nations du globe devront abandonner, de leur plein gré, toute prétention à faire la guerre, certains droits à lever des impôts, et tous droits à maintenir des armements autres que ceux requis pour la sauvegarde de l'ordre à l'intérieur de leurs territoires respectifs". Cette fédération mondiale sera dotée d'un "corps législatif mondial dont les membres en tant que représentants de l'humanité entière auront le contrôle suprême sur toutes les ressources des nations composantes; corps qui édictera les lois requises pour régler la vie, satisfaire aux besoins, et harmoniser les relations de tous les peuples et de toutes les races. Un exécutif mondial s'appuyant sur une force internationale veillera à l'exécution des décisions prises par ce corps législatif, appliquera les lois qu'il aura décrétées et garantira l'unité organique de la communauté toute entière. Un tribunal mondial jugera et rendra un verdict ultime et obligatoire dans tous les cas de différends qui pourraient surgir entre les divers éléments faisant partie de ce système universel". Dans ce système, "un code unique de droit international - issu du jugement réfléchi des représentants fédérés du monde - disposera, pour ses sanctions, de l'immédiate intervention coercitive des forces conjuguées des unités fédérées...". En même temps, "l'autonomie des États membres, et la liberté personnelle ainsi que l'initiative des individus qui les composent, seront complètement et pour toujours sauvegardées".

La Communauté internationale baha'ie recommande instamment au Comité préparatoire d'envisager des approches empreintes de créativité et d'audace pour la mise en marche de la machinerie législative internationale. Aucun changement véritable n'est possible sans une vision de l'avenir. La Charte de la Terre pourrait contribuer de façon significative à dégager une vision unificatrice de l'avenir, en énonçant avec audace le système de valeurs sur lequel on doit bâtir le futur. En travaillant sur le texte de la Charte, le Comité préparatoire pourrait trouver utile de consulter La Promesse de la Paix Mondiale, une déclaration que la Maison Universelle de Justice a adressée aux peuples du monde pour apporter son soutien à la proclamation par les Nations Unies de l'année internationale de la paix.

Le processus enclenché par la CNUED renforce de manière puissante l'optimisme des baha'is du monde entier quant à l'avenir de l'humanité. Nous avons la conviction que les gouvernements du monde, forts de la reconnaissance universelle des dangers pesant sur la planète, peuvent décider d'agir avec courage dans l'intérêt de la race humaine dans son ensemble. Le résultat pourrait non seulement fournir la clef des problèmes d'environnement et de développement auxquels nous sommes actuellement confrontés, mais représenter de plus un immense pas en avant dans l'érection d'un système fédéral capable de relever les multiples défis auxquels doit faire face une humanité en voie d'intégration rapide.

La charte de la Terre

La charte de la Terre

Présentée par la Communauté internationale baha'i au Comité préparatoire de la Conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement (CNUED - Sommet Planète Terre).

Genève, Suisse—5 April 1991

La Communauté internationale baha'ie se réjouit de la proposition du Secrétaire général de la Conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement (CNUED), qu'une "Charte de la Terre" soit un des six principaux points à examiner à la CNUED à Rio de Janeiro, au Brésil, en Juin 1992. De fait, une entente sur "les principes qui doivent régir les relations des peuples et des nations entre eux et avec la planète" sera essentielle "pour assurer notre avenir commun en termes aussi bien d'environnement que de développement". Nous saisissons donc cette occasion pour faire part de notre opinion sur les éléments à prendre en considération pour l'élaboration du projet de Charte.

Nous sommes convaincus que tout appel en faveur d'une action mondiale pour l'environnement et le développement doit s'inspirer de valeurs et de principes universellement acceptés. De même, la recherche de solutions aux graves problèmes mondiaux liés à l'environnement et au développement doit dépasser les propositions technico-utilitaires pour s'attaquer aux causes profondes de la crise. Dans une perspective baha'ie, les vraies solutions exigent une vision de l'avenir qui soit universellement admise et fondée sur l'unité et la coopération spontanée entre les nations, les races, les croyances et les classes de la famille humaine. Les éléments suivant s'avèrent essentiels: l'engagement envers un modèle moral plus élevé, l'égalité des femmes et des hommes, et le développement de l'art de la consultation pour un fonctionnement efficace des groupes à tous les niveaux de la société.

La Charte de la Terre de la CNUED peut prendre pour référence, et s'inspirer de nombreuses déclarations sur l'environnement, y compris la Déclaration de Stockholm sur l'environnement (1972), la Déclaration de Nairobi  (1982), la Charte mondiale de la nature (1982), et des documents plus récents tels que le Code de conduite universel de l'environnement (Bangkok, octobre 1990).

De toute évidence, une déclaration de la CNUED ou une Charte de la Terre tirerait profit d'une consultation élargie avec les organisations gouvernementales et non gouvernementales. C'est donc avec plaisir que la Communauté internationale baha'ie offre les éléments suivants pour être éventuellement insérés dans une telle déclaration de principes.

Pour réorienter l'individu et la société vers un avenir durable, nous devons réaliser que:

* L'unité est essentielle si des peuples différents doivent œuvrer pour un avenir commun. La Charte de la Terre devrait identifier les aspects de l'unité qui constituent un préalable à la réussite d'un développement durable. Dans une perspective baha'ie, "Le bien-être de l'humanité, sa paix et sa sécurité sont inaccessibles à moins que, et jusqu'à ce que, son unité soit fermement établie."

* L'exploitation effrénée des ressources naturelles n'est qu'un symptôme d'une maladie générale de l'esprit humain. Aussi, toute solution à la crise de l'environnement et du développement doit s'appuyer sur une approche favorisant l'équilibre et l'harmonie spirituels à l'intérieur de l'être humain, dans les relations entre individus et dans les rapports de l'homme avec l'environnement dans son ensemble. Le progrès matériel doit être au service non seulement du corps, mais aussi de l'intellect et de l'esprit.

* Les transformations requises pour réorienter le monde vers un avenir durable demandent un degré de sacrifice, d'intégration sociale, d'actions désintéressées et d'unité d'intention rarement atteint dans l'histoire de l'humanité. Ces qualités ont pu atteindre leur plus haut degré de développement grâce au pouvoir transformateur de la religion. C'est pourquoi les communautés religieuses mondiales ont un rôle majeur à jouer en éveillant ces vertus chez l'individu, en libérant les aptitudes latentes dans son esprit et en le poussant à agir dans l'intérêt de la planète, de ses peuples et des générations futures.

* Rien, si ce n'est un système fédéral planétaire guidé par des lois universellement acceptées et appliquées, ne permettra aux États-nations de gérer conjointement un monde toujours plus interdépendant et en rapide mutation, garantissant ainsi la paix et la justice sociale et économique pour tous.

* Le développement doit être décentralisé afin de permettre à toutes les communautés de participer à la formulation et à la mise en œuvre des décisions et des programmes qui touchent leur vie. Une telle décentralisation n'exclut pas nécessairement un système et une stratégie globaux. Au contraire, elle peut garantir l'adaptation des processus de développement à la foisonnante diversité culturelle, géographique et écologique de la planète.

* La confrontation et la domination doivent laisser place à la consultation, afin que prévale la coopération au sein de la famille des nations lors de la conception et de l'application de mesures qui préserveront l'équilibre écologique de la terre.

* Ce n'est que lorsque les femmes seront les bienvenues dans tous les domaines de l'activité humaine, environnement et développement compris, qu'un climat moral et psychologique sera créé dans lequel pourra naître et prospérer une civilisation pacifique, harmonieuse et durable.

* L'éducation universelle est une cause qui mérite d'être soutenue énergiquement car aucune nation ne peut réussir sans que l'éducation soit accordée à tous ses citoyens. Elle favoriserait la prise de conscience de l'unité du genre humain et du lien primordial entre l'homme et la nature. Par la notion de citoyenneté mondiale, elle peut préparer les jeunes du monde aux changements organiques de la structure de la société qui découlent du principe d'unité.

La Communauté internationale baha'ie se tient prête à collaborer à l'élaboration plus poussée et à la promotion d'une Charte de la Terre en consultation avec d'autres organismes intéressés.

Rapport sur le statut de la femme dans la communauté baha'ie

Rapport sur le statut de la femme dans la communauté baha'ie

Vienna—1 May 1990

Domaine principal d'activités:

La Communauté internationale baha'ie, une Organisation non gouvernementale (ONG) ayant 151 organisations affiliées nationales et plus de 20'000 affiliées locales s'occupe de la promotion de la paix mondiale et favorise le développement spirituel, social et économique de ses communautés dans le monde entier. Les activités baha'ies sont animées par la conscience inébranlable de l'unité de la race humaine, un principe qui implique une transformation fondamentale de toutes les relations humaines, y compris les relations entre femmes et hommes. Selon les baha'is, le parachèvement de l'égalité des sexes est un des pré-requis les plus importants, mais aussi le moins reconnu, de la paix.

Description générale des activités concernant la condition de la femme et son amélioration:

Les baha'is considèrent que l'émancipation de la femme est un processus évolutif qui exige un certain temps pour se défaire des attitudes traditionnelles longtemps maintenues et adopter des modèles de vie unificateurs. Les communautés baha'ies à tous les niveaux -- local, national et international -- favorisent ce processus par des programmes et des activités contribuant à l'amélioration de la condition de la femme.

Les institutions baha'ies encouragent la participation des femmes dans tous les aspects de la vie communautaire, y compris la planification et la prise de décision dans le domaine du développement. Elles prônent l'égalité des chances pour l'éducation des filles et des garçons et soutiennent des projets de développement socio-économique dans le but de répondre aux besoins des femmes. De plus, elles instaurent l'égalité des sexes, aussi bien dans la communauté baha'ie que dans la société en général, grâce aux moyens de communications de masses et à un large éventail d'activités dont des conférences, des groupes de consultation de femmes, des séminaires et des ateliers.

La Communauté internationale baha'ie a pris pleinement part aux activités de la Décennie des Nations Unies pour la femme. Ses représentants assistent aux sessions de la Commission de l'amélioration de la condition de la femme et travaillent dans les Comités de la condition de la femme des ONG à New York, Genève et Vienne.

Activité actuelle dans ce domaine bénéficiant d'un statut prioritaire, but de cette activité, résultats obtenus à ce jour:

l. Participation sur pied d'égalité:

Du fait que la participation des femmes sur pied d'égalité dans tous les aspects de la vie communautaire est un but de toutes les institutions baha'ies, les communautés baha'ies, à tous les niveaux, s'engagent à augmenter le nombre de femmes nommées dans les conseils consultatifs et élues, dans les conseils directeurs, ainsi qu'à inclure toutes les femmes dans la consultation communautaire, qui est le processus général dans lequel est intégrée toute la communauté et par lequel les baha'is élaborent des plans et prennent des décisions. Les groupes de consultation pour les femmes, par exemple, sont instaurés dans le but d'éduquer les femmes et de les encourager à participer, sur pied d'égalité, avec les hommes dans l'établissement de communautés justes, où règne la paix.

Résultats: des statistiques récentes montrent une participation substantielle des femmes dans les organes administratifs baha'is. En 1988, 27% des personnes élues pour servir dans des conseils nationaux étaient des femmes. En 1989, 25% des membres des corps continentaux de conseillers et 29% de leurs corps auxiliaires étaient des femmes. Lors du Congrès mondial baha'i en 1988, les sessions plénières, dans lesquelles participaient des membres de plus de 140 Conseils nationaux baha'is, étaient présidées par des membres féminins des conseils consultatifs.

2. Cours d'alphabétisation:

Les cours d'alphabétisation pour les femmes et les filles, activité cruciale tenue pendant de nombreuses années dans les communautés baha'ies, ont été déclarés priorité universelle dans le plan de développement de six ans (1986-1992) de la Communauté internationale baha'ie. De plus, en 1989, l'organe directeur international baha'i a invité chaque conseil national et local à apporter son soutien à l'Année internationale de l'alphabétisation et à réaliser l'objectif d'éliminer l'analphabétisme de la communauté mondiale baha'ie. Le but des classes d'alphabétisation baha'ies, qui sont ouvertes à la communauté dans son ensemble, est de permettre aux femmes de développer et d'utiliser toutes leurs capacités, aussi bien dans leurs rôles traditionnels de mères et d'éducatrices des enfants que dans leurs nouveaux rôles de participantes à part entière dans l'amélioration des conditions de vie de leurs communautés et du monde.

2.1. Nouveaux projets:

De nouveaux projets d'alphabétisation pour les femmes, commencés au niveau local en réponse à l'Année internationale de l'alphabétisation, démontrent à quel point le processus de développement baha'i est dynamique. Premièrement, le conseil directeur international baha'i établit une priorité (Année internationale de l'alphabétisation) et lance un appel à prendre des mesures. Cet appel déclenche à son tour différentes initiatives nationales et locales, et ces initiatives sont alors soutenues et coordonnées, grâce à des ressources internationales et nationales. Au Cameroun, par exemple, huit baha'is se sont déclarés volontaires pour donner des cours d'alphabétisation et ont demandé au conseil directeur national baha'i de les aider à obtenir du matériel. Au Zimbabwe, plusieurs femmes baha'ies ont été formées, grâce à un programme gouvernemental, à donner des cours d'alphabétisation dans un institut permanent, parrainé par le conseil national baha'i. Au Malawi, six écoles fondées et dirigées par des conseils locaux baha'is sont supervisées par un Comité national baha'i des écoles privées et le Ministère des Services Communautaires du gouvernement, qui fournit aussi les manuels et organise régulièrement des cours de formation pour les professeurs. En Haïti, cinq centres d'éducation familiale gérés par des baha'is, centres qui suivent le programme de stimulation pour enfants de trois à cinq ans lancé par l'UNICEF, offrent maintenant des cours d'alphabétisation aux adultes, en majorité aux femmes qui accompagnent leurs enfants.

2.2. Projets en cours:

Des programmes d'alphabétisation baha'is pour les femmes et les filles intègrent l'alphabétisation dans la formation communautaire dans les domaines de la santé, de l'artisanat, de l'agriculture, et de la résolution des problèmes familiaux et communautaires aussi que dans l'acquisition des principes spirituels. Les résultats ont été gratifiants dans un certain nombre de pays, notamment le Kenya, l'Inde, le Zaïre et le Panama.

Résultats au Kenya: ces cinq dernières années, les baha'is du Kenya ont mené à bien des programmes qui invitent les femmes à prendre fait et cause pour la santé, l'agriculture, l'éthique et l'enseignement des tâches domestiques aux enfants. Au cours du processus d'apprentissage et d'enseignement de ces matières, les femmes elles-mêmes acquièrent les connaissances essentielles de la lecture et de l'écriture. Une série de manuels pour les mères, élaborée au Kenya pour ces programmes, a été distribuée aux communautés baha'ies intéressées du monde entier et est traduite actuellement en 26 langues.

Résultats en Inde: les femmes de l'Inde sont en train de surmonter à la fois le préjugé de caste et de leur condition traditionnellement inférieure grâce à des activités éducatives de leurs conseils baha'is locaux. Le "Faizi Vocational Institute for Rural Women" ("Institut de formation professionnelle Faizi pour les femmes rurales") à Indore et les programmes de large portée de la "New Era School" ("L'Ecole de la nouvelle ère") à Panchgani sont des exemples réussis d'approches faites par la population elle-même en matière d'éducation pour les femmes.

A l'Institut de formation professionnelle Faizi", les classes d'artisanat sont complétées par des cours d'alphabétisation et des discussions informelles quotidiennes qui développent l'expression, aiguisent le raisonnement et éveillent la conscience aussi bien face aux problèmes qu'aux solutions. Les élèves qui savent lire et écrire donnent des cours d'appui aux analphabètes, des informations sur la santé et l'hygiène s'ajoutent à des discussions sur l'éducation spirituelle et morale des enfants, et on présente des techniques utiles dans les villages, comme par exemple un four qui consomme peu de combustible et ne fait pas de fumée. Des membres masculins respectés de la communauté nationale baha'ie parlent avec les hommes de la communauté du principe de l'égalité sexuelle et enjoignent aux maris à être fiers des talents de leurs épouses.

"L'École supérieure de la Nouvelle ère" à Panchgani a commencé ses activités en 1984 avec 30 centres d'alphabétisation où venaient s'instruire 900 adultes, dont 750 femmes. Depuis lors, le programme s'est étendu à 100 centres dans 60 villages. Grâce à ces classes d'alphabétisation, de nombreux adultes apprennent les rudiments de la santé, la nutrition, l'hygiène et qu'il est important d'envoyer leurs enfants à l'école. Pour beaucoup d'étudiants, il en résulte des diminutions de dots pour les mariages, l'élimination de la consommation de boissons alcoolisées, l'adoption de nouvelles techniques agricoles, l'emploi de nouvelles variétés de semences et l'amélioration de leur situation sociale.

Résultats au Zaïre: le "Projet Bayanda" au Zaïre constitue l'un des efforts ayant remporté le plus de succès dans le domaine de l'alphabétisation que les baha'is aient mis sur pied jusqu'à ce jour. Les gens qui ont bénéficié de ce projet n'avaient eu que peu ou pas d'occasion d'aller à l'école. Néanmoins, depuis 1987, plus de 2500 étudiants ont terminé le cours d'alphabétisation, 70% d'entre eux étant des femmes et des jeunes filles. De plus, après avoir suivi les cours d'alphabétisation, 15 enfants de Bayanda ont été intégrés dans des classes de l'école publique locale où ils faisaient partie de 10% des meilleurs élèves.

Résultats au Panama: le Centre Culturel Guaymi au Panama a placé les activités en faveur de l'amélioration de la condition de la femme au premier plan. Le succès le plus remarquable du Centre Culturel Guaymi a été obtenu récemment en collaboration étroite avec le gouvernement. Le Ministère de l'Éducation a en effet choisi le Centre Culturel Guaymi comme siège de ses programmes d'alphabétisation. Au cours du processus de création des manuels d'alphabétisation, les professeurs baha'is ont convaincu les fonctionnaires du Ministère que, pour l'acquisition d'aptitudes, des concepts basés sur des principes d'élévation spirituelle seraient plus durables que ceux bases sur la production d'aliments, la propriété foncière, etc. Ils retravaillent maintenant tout le programme.

Au cas où un mécanisme national pour l'amélioration de la condition de la femme reçoit un certain soutien de votre organisation, veuillez citer des exemples.

En 1989, les communautés nationales baha'ies ont annoncé que les activités en faveur de l'amélioration de la condition de la femme étaient en augmentation. Parmi les 151 conseils nationaux, plus de 50 ont nommé des comités de femmes et plus de 100 ont rendu compte d'activités en faveur des femmes. Certains de ces comités de femmes ont des contacts avec leurs gouvernements, beaucoup d'entre eux travaillent avec des organisations à buts similaires et tous se sont donné pour tâche d'éveiller la conscience de la nécessité de la participation des femmes à égalité avec les hommes dans tous les domaines des activités humaines.

Sous quelle forme les ONG nationales reçoivent-elles de l'aide?

La Communauté internationale baha'ie, du fait qu'elle forme un réseau de communautés nationales et locales extrêmement diverses, est convaincue que, bien que les priorités mondiales soient fixées par le conseil directeur international, les plans en vue de projets de développement spécifiques doivent provenir de la base, des populations locales.

Le bureau de représentation auprès des Nations Unies de la Communauté internationale baha'ie, procure une information régulière aux organisations nationales affiliées  sur les activités des Nations Unies concernant les priorités des communautés baha'ies. Partout où il le faut, la Communauté internationale baha'ie facilite les relations entre les organisations nationales affiliées et des agences des Nations Unies telles que l'UNICEF et l'OMS. Les affiliées nationales reçoivent aussi des conseils sur les sources possibles de soutien aux projets qu'elles ont choisi d'entreprendre.

Comment les contacts sont-ils pris et gardés avec les organisations de base, dans les pays en voie de développement?

La Communauté internationale baha'ie garde les contacts avec les organisations affiliées locales en passant par leurs conseils directeurs nationaux, en envoyant des consultants en développement baha'is où c'est nécessaire et en facilitant les contacts avec les autres ONG et les agences des Nations Unies. Les communications se font par des lettres circulaires, la publication trimestrielle de la Communauté internationale baha'ie, One Country,  le Service de nouvelles internationales baha'ies, et directement par poste, téléphone, fax et courrier électronique.

Publications récentes (études, etc.) centrées sur les questions féminines:

Une compilation des écrits baha'is sur le thème de la femme a été préparée en 1986, puis publiée en de nombreuses langues pour être distribuée dans le monde entier.

En 1989, l'Association pour les études baha'ies a promu la recherche sur les questions féminines à la lumière des enseignements baha'is, en choisissant pour thème de sa Conférence internationale annuelle "La participation maximale des femmes à égalité avec les hommes". On peut obtenir des cassettes de nombreuses présentations faites pendant la conférence. Certaines des études scientifiques produites pour la conférence sont publiées dans le cahier trimestriel "Journal of Baha'i Studies" ou seront publiées sous forme de monographies.

De récentes bourses d'études ont également permis d'étudier au moins sept biographies de femmes baha'ies éminentes et un ouvrage regroupant des essais par des femmes et des hommes sur leurs luttes personnelles en matière d'égalité sexuelle. De plus, de nombreuses organisations affiliées nationales ont publié des livres, des compilations, des études et des cassettes sur le divorce, le mariage et la vie de famille, dans le but d'aider aussi bien les hommes que les femmes à apprendre à gérer l'égalité.

Publications régulières (bulletins, etc.) centrées sur les questions féminines:

En 1989, 446 bulletins et magazines ont été publiés par des communautés baha'ies. Du fait que l'égalité sexuelle est une question centrale dans la vie des communautés baha'ies et du fait que l'on considère que les questions féminines font partie des responsabilités des hommes aussi bien que des femmes, ces questions ont été fréquemment traitées dans ces publications et ont parfois fait l'objet d'un numéro complet.

One Country, le bulletin trimestriel de la Communauté internationale baha'ie, a attiré l'attention internationale sur l'Institut Faizi en Inde, les fours sans fumée au Kenya, les femmes et le développement dans le Pacifique Sud, la formation d'agents de santé primaires (en majorité des femmes) au Tchad, ainsi que sur une coalition d'ONG, d'agences des Nations Unies, et d'organisations intergouvernementales " Partisan de la sécurité alimentaire en Afrique: Alléger le fardeau des femmes."

Commission des droits de l'homme

Commission des droits de l'homme

Commission des droits de l'homme, quarante-cinquième session.

20 January 1989

Point 8 de l'ordre du jour: question de la jouissance effective, dans tous les pays, des droits économiques, sociaux et culturels proclamés dans la déclaration universelle des droits de l'homme et dans le pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, et étude des problèmes particuliers que rencontrent les pays en développement dans leurs efforts tendant à la réalisation des droits de l'homme.

Communication écrite présentée par la Communauté internationale baha'ie, organisation non gouvernementale dotée du statut consultatif de la catégorie II.

Le Secrétaire général a reçu la communication ci-après, qui est distribuée conformément à la résolution 1296 (XLIV) du Conseil économique et social.

Points 8 a) et 8 b) de l'ordre du jour

La Communauté internationale baha'ie est convaincue que: "le droit à un niveau de vie suffisant" et "le droit au développement" sont réalisables, mais qu'ils nécessitent la pleine utilisation et l'entière coordination de toutes les ressources matérielles et humaines de la planète. Elle adhère donc sans réserve à la Déclaration sur le droit au développement, adoptée en 1986, qui fixe les critères par rapport auxquels, toutes les nations peuvent mesurer leurs progrès sur la voie de la réalisation de ces objectifs. En outre, elle se félicite des initiatives prises par la Commission et par son Groupe de travail d'experts gouvernementaux quant à la définition de mesures concrètes propres à assurer la mise en œuvre de la Déclaration.

Le droit à un niveau de vie suffisant et le droit au développement sont à la portée des États. Les baha'is considèrent que les progrès scientifiques et techniques de ce siècle capital, témoignent d'un grand bond en avant dans l'évolution sociale de l'humanité et fournissent les moyens de résoudre les problèmes pratiques qui en découlent. Ils permettent en fait de gérer les complexités de la vie d'un monde uni.

Cependant, des barrières subsistent. Doutes, malentendus, préjugés, soupçons et intérêts égoïstes étroits assaillent les nations et les peuples dans leurs relations les uns avec les autres. Malheureusement, les arbitres des affaires humaines ont eu tendance, au lieu d'épouser la nation de l'unité de l'humanité et de promouvoir le développement de l'harmonie entre les différents peuples, à défier l'État, à subordonner le reste de l'humanité à une nation, une race ou une classe, à essayer de supprimer toute discussion et tout échange d'idées, ou à abandonner sans pitié des millions de personnes qui meurent de faim aux mécanismes d'une économie de marché qui aggravent manifestement le sort de la majorité de l'humanité, tout en permettant à quelques-uns de vivre dans une opulence sans précédent.

Les baha'is estiment que pour éliminer les "effets que l'ordre économique international injuste, existant actuellement dans l'économie des pays en développement, et l'obstacle que cela constitue pour la mise en œuvre des droits de l'homme et des libertés fondamentales", la notion d'unité de l'humanité doit être universellement proclamée et acceptée et ses vastes implications reconnues.

Selon les baha'is, la reconnaissance de l'unité de l'humanité n'exige pas moins que la reconstruction et la démilitarisation du monde. L'humanité doit tendre vers un monde organiquement uni dans tous les aspects essentiels de la vie, qu'il s'agisse de l'appareil politique, des aspirations spirituelles, du commerce ou des finances, tout en étant d'une diversité infinie quant aux caractéristiques nationales des éléments interdépendants qui le composent. Pour les baha'is, l'unification de la race humaine et de la planète n'est pas simplement un vœu pieu. Bien au contraire, c'est le défi primordial de l'histoire à son stade actuel et la condition fondamentale nécessaire pour résoudre la plupart des problèmes sociaux.

Point 8 c) de l'ordre du jour

Le point de vue baha'i quant à la participation populaire au développement repose sur une conception tout aussi stimulante de la nature et du but de l'existence humaine. Selon les baha'is, l'être humain n'est ni une créature déchue, ni purement et simplement le produit de forces socio-économiques. L'âme rationnelle est un phénomène doté d'un potentiel illimité, sur les plans intellectuel, spirituel, émotionnel et moral. Servir l'humanité est l'un des principaux éléments qui favorisent l'épanouissement des capacités individuelles.

Dans ce contexte, la Communauté internationale baha'ie considère la participation populaire comme étant essentielle au développement et à la pleine réalisation de tous les droits de l'homme. Elle estime que, grâce à une éducation fondée sur le principe du service de l'humanité, on éveillera et on entretiendra la motivation qui, associée à l'acquisition de compétences pratiques et de connaissances techniques, ouvrira des possibilités de développement, qu'il est impossible encore d'imaginer, au sein des États et entre eux. Les programmes éducatifs au niveau de la communauté, en particulier, peuvent aider les jeunes à acquérir confiance en eux et les compétences nécessaires pour contribuer au processus de développement de leurs communautés respectives.

En outre, la Communauté internationale baha'ie considère qu'il est particulièrement important de promouvoir la participation au sein des groupes qui ont traditionnellement été opprimés et négligés, comme les peuples autochtones et les femmes, pour qu'ils puissent assumer leur rôle légitime dans la prise des décisions qui les touchent directement en matière de développement.

La participation active des femmes, à laquelle appelle l'article 8 de la Déclaration sur le droit au développement, est capitale pour le processus de développement. Dans la plupart des sociétés, les femmes se sont vu confier un rôle inférieur dans l'ordre social, bien qu'elles accomplissent l'essentiel des tâches quotidiennes. Les femmes devraient être non seulement autorisées mais encouragées à jouer un rôle de premier plan dans la formulation de solutions aux problèmes que rencontrent les communautés auxquelles elles appartiennent. Les programmes de développement doivent donc avoir pour objectif l'amélioration de la condition de la femme.

Dans le cadre du processus de développement, il est indispensable de favoriser la croyance authentique en l'unité de l'humanité, la prise de conscience de l'interdépendance mondiale et l'engagement moral de service, tant dans les pays en développement que dans les pays développés. D'une part, cela crée un sentiment de respect de soi et d'autonomie parmi les peuples qui ont été opprimés. D'autre part, cela révèle et contrecarre les pratiques économiques injustes et les systèmes d'exploitation dans les sociétés où ils existent, permettant ainsi à ces sociétés de recouvrer leur intégrité et de mieux s'acquitter de leurs obligations internationales

Observations finales

L'approche baha'ie du développement part du principe qu'à notre époque, tous les peuples, dans la mesure où ils peuvent se consulter sur leurs besoins dans un esprit d'unité, peuvent trouver en eux-mêmes la direction de leur développement et les moyens d'y parvenir. Étant donné qu'il s'agit d'une méthode applicable au niveau de la communauté, les valeurs et les besoins matériels ne sont pas artificiellement séparés les uns des autres, l'éducation a d'importantes implications morales aussi bien que pratiques. Apprendre à prendre des décisions est tout aussi important que les avantages matériels qui découlent de ces décisions. Les initiatives baha'ies en matière de développement se distinguent dans le monde par les caractéristiques suivantes : intégration des aspects moraux et pratiques, unité des points de vue qui permet une grande souplesse d'application et, par-dessus tout, capacité d'éveiller et d'entretenir les motivations.

Les projets de développement baha'is ne représentent qu'une très petite fraction de ceux qui sont actuellement en cours d'exécution dans le monde entier et leur succès est d'ordre systématique et qualitatif plus que quantitatif. La Communauté internationale baha'ie estime que le modèle communautaire, que les baha'is ont construit au prix d'efforts considérables au cours des décennies écoulées gagnerait à être étudié avec soin par d'autres, dans le domaine du développement.

Droits de l'homme concernant l'invalidité

Droits de l'homme concernant l'invalidité

Commission des droits de l'homme. Sous-commission de la lutte contre les mesures discriminatoires et de la protection des minorités, quarantième session. Point 7 de l'ordre du jour: droits de l'homme concernant l'invalidité. Communication écrite présentée par la Communauté internationale baha'ie, organisation non gouvernementale dotée du statut consultatif (catégorie II) Le Secrétaire général a reçu la communication ci-après, qui est distribuée conformément à la résolution 1296 (XVLIV) du Conseil économique et social.

Geneva—6 August 1988

La Communauté internationale baha'ie accueille avec satisfaction le remarquable travail réalisé par M. Leandro Despouy, rapporteur spécial, dans le cadre de son étude sur les droits de l'homme et l'invalidité. À notre avis, l'étude de M. Despouy apporte une contribution importante aux efforts déployés sur la voie d'un plus grand respect des droits fondamentaux de l'homme et des personnes handicapées.

Dans la communication écrite que nous avons présentée au titre de ce point à la Sous-commission lors de sa trente-huitième session, distribuée sous la cote E/CU.4/Sub.2/1985/NGO/3, nous donnions l'avis des baha'is sur la discrimination qui frappe les personnes handicapées, ainsi que sur la question du placement en institution. Dans la présente communication, nous aborderons un autre thème, qui figure dans l'étude de M. Despouy, à savoir les droits économiques, sociaux et culturels qui concernent les personnes frappées d'incapacité.

Outre le fait qu'ils sont en butte à une discrimination ouverte dans de nombreux secteurs de la vie quotidienne, les handicapés se heurtent à des obstacles particuliers lorsqu'ils veulent réaliser pleinement leurs possibilités de contribuer à la vie économique, de sociale et culturelle la société. Il est évident que ces personnes ont des besoins particuliers, auxquels il faut répondre pour leur permettre d'exercer les droits auxquels ils peuvent prétendre, mais la question de la réadaptation va au-delà des soins de santé primaires. La réadaptation exige la mise en place d'un milieu social de soutien où la personne handicapée puisse acquérir des compétences, utiliser ses talents et participer à la vie de la société au maximum de ce que lui permet son handicap. Telles sont les raisons pour lesquelles nous approuvons pleinement la déclaration que fait M. Despouy dans son rapport préliminaire, à savoir que "la manière la plus efficace d'atténuer les effets de la situation actuelle est d'assurer la pleine et égale participation des personnes handicapées dans tous les domaines de la vie sociale".

Par exemple, dans le domaine de l'éducation, les établissements préscolaires, primaires et secondaires pourraient prévoir des programmes spéciaux destinés à aider les enfants handicapés à étudier malgré leur handicap, et il faudrait mettre à leur disposition des moyens qui leur permettent de participer à ces programmes d'enseignement, notamment des services de transport. Ces programmes devraient dans toute la mesure du possible être intégrés au programme général d'enseignement, afin que les enfants handicapés ne soient pas, sans raison, isolés des autres enfants ni socialement stigmatisés. Il est capital que les enfants handicapés apprennent à se considérer comme des membres actifs de leur groupe d'âge, et qu'ils soient considérés comme tels. De plus, il est essentiel d'obtenir la participation et le soutien actif des familles au processus d'éducation, comme nous allons le voir plus en détail ci-dessous.

Il faudrait que les programmes d'enseignement, non seulement aident les enfants handicapés à faire face aux problèmes pratiques dus à leur incapacité, mais cherchent aussi à développer leurs talents et leurs dons particuliers. Il faudrait en particulier offrir aux enfants handicapés la possibilité de mettre en valeur leurs talents naturels, car développer leurs talents et leurs aptitudes est l'un des plus sûrs moyens de les valoriser à leurs propres yeux, de leur donner confiance en eux-mêmes grâce à leurs réalisations, et aussi de les faire contribuer au bien-être de la société.

L'une des plus grandes difficultés que rencontrent les personnes handicapées pour faire valoir leurs droits a trait au droit - et au devoir- de travailler. Trop souvent, la société classe les handicapés dans la catégorie de ceux qui ne peuvent pas travailler et dont l'aptitude au travail est amoindrie, ou les cantonne dans un rôle de dépendance passive. Il est indéniable que toute personne handicapée a des limites qui restreignent les options professionnelles qui s'offrent à elle. Mais son invalidité peut souvent être surmontée, et peut orienter le choix d'une activité de manière à utiliser les atouts de la personne. De plus, les baha'is ont la conviction que le travail est une forme d'adoration et un moyen de s'épanouir sur le plan spirituel. Par conséquent, le droit de travailler au service des autres hommes est un droit fondamental pour tous. Il est particulièrement important pour les personnes handicapées de pouvoir occuper un emploi rémunéré et socialement utile, car, en raison de leur infirmité, elles risquent facilement de se sentir socialement inutiles. Par conséquent, il faut leur offrir des moyens spéciaux d'acquérir des compétences qui leur permettent de se présenter sur le marché du travail, peut-être grâce à des programmes de formation spécialement conçus à leur intention, et on devrait aussi leur donner la possibilité d'utiliser leurs compétences dans des lieux de travail qui leur soient accessibles et favorisent leur intégration totale.

Un droit social qui est particulièrement important pour les personnes handicapées est le droit à la liberté de religion. Il faut noter que les infirmités sont un rappel de la fragilité de notre existence et de notre condition mortels - rappel que les membres de la société préfèrent ignorer. La religion peut jouer un rôle majeur en aidant la personne handicapée à comprendre le sens spirituel de sa vie, à voir son infirmité sous un angle positif, et à reconnaître que son incapacité physique ou mentale n'altère pas nécessairement son caractère essentiel d'être humain. Les baha'is pensent que la religion doit être libérée de toute superstition et qu'elle doit vivre en harmonie totale avec le savoir et le progrès scientifique. Il est arrivé trop souvent que des superstitions d'origine religieuse dépassées, stigmatisent socialement ceux qui souffrent d'infirmités, liant implicitement leur infirmité à des forces "mauvaises" et inférieures, ou les associant à la culpabilité. Lorsque la croyance religieuse est libérée de la superstition et s'accorde avec la science, la religion devient une source d'inspiration pour les personnes handicapées et les aide à profiter pleinement des progrès de la médecine, tout en favorisant chez elles l'épanouissement d'une conception positive de la vie qui s'inspire de la reconnaissance de ses fins spirituelles.

Enfin, les baha'is pensent que les familles des personnes handicapées peuvent jouer un rôle capital en les aidant à réaliser toutes leurs potentialités. Avoir le sentiment d'appartenir à une famille et être acceptée par les membres de sa propre famille offre à la personne handicapée l'appui et l'encouragement dont elle a tellement besoin pour acquérir le sens de sa propre dignité et de sa propre valeur. Pour les baha'is, la famille est la cellule de base de la société, c'est dans la famille que se forme la conception que l'enfant a du monde, et c'est là qu'il reçoit sa première éducation. Si l'enfant handicapé reçoit amour, encouragement et appui sincère de la part de sa famille, et qu'on lui inculque parallèlement le sens de sa responsabilité à l'égard de la société, il sera beaucoup mieux préparé à vivre son infirmité d'une manière positive et à contribuer au bien-être de la collectivité. Comme il arrive fréquemment que le handicap doive d'abord être accepté par la famille pour que celle ci puisse offrir affection et encouragement à celui qui est handicapé, il importe que les membres de la famille reçoivent le type d'éducation que nous proposons dans la communication écrite présentée à la Sous-commission lors de à sa trente-huitième session. Une éducation visant à aider les membres de la famille à mieux comprendre la nature de l'infirmité et à apprécier les dons et les talents particuliers de celui d'entre eux qui est handicapé.

Une fois de plus, nous exprimons notre appui à M. Despouy pour le travail très important dont il s'est chargé.

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